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Ip Man 3    (2015)
 Hong Kong 1949, Ip Man (Donnie Yen) est maintenant un maitre établit et respecté dont la tranquillité se trouve compromit lorsqu’il s’interpose aux exactions d’un gang qui cherche à s’emparer d’une école à des fins de spéculation foncière. Les affrontements vont en empirant jusqu’à ce que le maitre doit confronter le chef du gang un fier à bras américain appeler Frank (Mike Tyson). Parallèlement, Ip Man a également à faire face à un autre maitre de Wing Chun (Max Zhang Jin) qui cherche à s’imposer en le défiant. Finalement Ip Man se retrouve également confronter à la maladie de sa femme (Lynn Xiong) qui est attente du cancer.

 Après la sortie de Ip Man 2 en 2010, Donnie Yen affirma ne pas être intéressé à participer à un troisième film à cause de la surexposition du personnage. Pourtant, quatre années plus tard, il accepta de jouer à nouveau le grand maitre du Wing Chun. Si Wilson Yip, réalisateur des deux premières productions, tient à nouveau la barre de la mise en scène, la chorégraphie est cette fois-ci assurée par nul autre que le grand Yuen Woo-ping. Ip Man 3 marque ainsi les retrouvailles après plus de vingt ans, entre Donnie et Woo-ping qui l’avait introduit comme vedette en 1985 avec Drunken Tai Chi. Ils n’avaient pas travaillé ensemble depuis Wing Chun en 1994.

Au départ, l’idée pour ce troisième opus était de le centrer sur la relation entre Ip Man et son disciple le plus célèbre : Bruce Lee. Wilson Yip avait même affirmé son intention d’utiliser la technologie CGI pour recréer la vedette. L’opposition des héritiers de Lee mit fin à cette idée, bien que Bruce fait quand même un petit caméo sympathique dans le film, interprété par Danny Chan Kwok Kwan l’acteur, qui depuis Shaolin Soccer s'est spécialisé à jouer le Petit Dragon. Ip Man 3 reprend également une gimmick employé jadis dans le film de Bruce Lee : Way of the Dragon, un duel de gladiateurs entre la vedette chinoise et un champion occidental. Alors que dans ce film Bruce affrontait le champion kick-boxeur Chuck Norris, Ip Man 3 lui montre Donnie Yen faisant face au boxeur poids lourd Mike Tyson.

Le 3ème film reprend essentiellement la formule scénaristique des deux premiers, mais en les ajustant différemment. Une fois de plus Ip Man doit donc faire face à un challenger chinois, à un étranger agressif et à une maladie de sa femme. Toutefois, contrairement au schéma des deux films précédents et aux attentes suscitées par le rôle de Tyson, l’étranger n’est pas l’ultime adversaire du héros. De plus, malgré la présence d’un policier anglais condescendant et corrompu, l’esprit chauvin prévaut dans les autres films. Ip Man est presque absent du troisième. Le véritable cœur du film repose sur sa relation avec son épouse atteinte du cancer qui donne éventuellement au récit une tournure plus intime et touchante. L’heure n’est plus à régler des comptes aux brutes étrangères ou à donner une leçon à un rival, mais à passer le plus de temps possible avec l’être aimé. Cela donne l’opportunité à Donnie Yen etLynn Xiong Dai Lin, jouant à nouveau le rôle de l’épouse, de faire voir les meilleurs moments dramatiques de leurs personnages de la série.

Cette nouvelle approche dramatique ne signifie pas que les affrontements soient négligés loin de là, bien que ce soit surtout dans la seconde moitié du film que se trouvent les combats les plus mémorables. Après une suite de combats de rue assez générique, les scènes d’action décollent vraiment avec une bagarre générale dans un chantier naval rempli d’obstacles à surmonter et de truands à assommer. Suivent ensuite trois superbes duels, fort distincts tant dans le type d’adversaires rencontrés (un tueur Muay thaï, un boxeur, un maître Wing Chun) que l’endroit où ils se déroulent (une cage d’ascenseur suivit d’un escalier, un entrepôt, un won). Mike Tyson est l’adversaire du deuxième duel, une rencontre de titans dans laquelle Ip Man doit adapter ces techniques pour affronter un adversaire beaucoup plus puissant que lui physiquement.

Toutefois, le vrai grand affrontement du film est le troisième duel : Ip Man contre un autre maitre en Wing Chun (joué par Max Zhang Jin). C’est le premier film de kung-fu que je connaisse qui présente un affrontement final entre deux maitres de ce style. Le duel se déroule en trois temps (bâton, couteau papillon et mains nues) et présente dans des démonstrations tonitruantes, mais articulées, les multiples facettes du Wing Chun.

Si le changement de chorégraphe de Lee Siu-hung à Yuen Woo-ping n’a pas modifié l’approche réaliste des combats, il m’a semblé par contre que le calibre de la mise en scène et du montage est un cran plus relevé que dans les films précédents surtout dans l’ultime affrontement avec quantités de mouvements de caméra tourbillonnants. Cette première collaboration entre Yuen Woo-ping et Wilson Yip tient vraiment toutes ses promesses et la virtuosité du duel final ajouté à l’angle touchant de l’histoire, clôt la trilogie Ip Man sur une note plus que satisfaisante.

On a fait grand cas de la présence de Mike Tyson dans le film et de son duel contre Donnie Yen, mais en fin de compte il n’apparait que dans trois ou quatre scènes incluant celle de l’affrontement. Comme la présence d’un boxeur noir avec des tatouages maoris fait un peu incongrue dans le Hong-Kong des années 50, les apparitions limitées de Tyson sont bénéfiques au film. Même s’il est un chef de gang agressif, Tyson, n’est pas présenté de façon hideusement caricaturale comme l’ont souvent été les antagonistes noirs dans des films d’action hongkongais (Tiger cage I et II, Righting Wrongs, Don't Give A Damn !). Pratiquement aucun cas n’est fait de sa race ou de ses origines.

L’autre grand adversaire d’Ip Man, joué par Max Zhang Jin, est aussi présenté de façon nuancée. Ce n’est pas un mauvais bougre, il cherche juste à faire sa place tant à la force de ces poings qu’avec des coups de gueules. Tant les personnages de Zhang et de Tyson sont accompagnés de leurs rejetons (tout comme l’était déjà le personnage de Sammo Hung dans le deuxième film) afin de les adoucir.

Comme de coutume dans un film martial, Ip Man 3 traite les faits historiques à la légère. Le film s’ouvre ainsi avec un Bruce Lee âgé de 19 ans cherchant à devenir un disciple de Ip Man. En fait, à cette époque le Petit Dragon était déjà un disciple du maitre depuis longtemps et 1959 marque plutôt l’année de son départ aux États-Unis. Au moins, le film souligne les dons de danseur de Bruce qui était le champion local de danse Cha-cha- cha. La plus grosse fausseté historique du film est de montrer Ip Man être au coté de sa femme. Malheureusement dans la vraie vie, le couple vivait séparé depuis qu’Ip Man avait dû s’exiler à Hong-Kong en 1949, alors que son épouse et leurs enfants étaient eux restés en Chine continentale.
Heureusement, une appréciation des films Ip Man ne repose pas sur l’exactitude historique, mais sur leurs qualités de divertissement. Malgré quelques petites bourdes liées à la présence gimmick de Tyson et Bruce Lee, le film remplit largement ses buts. En fait parce qu’il n’est pas plombé pas le chauvinisme et est bien équilibré entre dimension narrative, martiale et dramatique je considère Ip Man III comme le titre le plus satisfaisant et abouti parmi tous les films portant sur le personnage que j’ai vus.

À noter enfin que Lo Meng reprend son rôle de maitre martial le temps de manger une volée. Lee Siu-hung n’est peut-être plus le chorégraphe du film, mais lui aussi fait une brève apparition. Le légendaire Leung Kar-yan (aka Beardy) a un rôle secondaire dans le film, 26 ans après être avoir joué Leung Jaan le premier maitre Wing Chun du cinéma dans le classique de Sammo Hung; Warriors Two
Yves Gendron 2/28/2016 - haut

Crossing    (2014)
 Vers 1949, craignant l'arrivée des communistes au pouvoir, certains cherchent par tous les moyens à fuir la Chine (pour Taiwan ?). Les paquebots à Shanghai ou d'autres villes côtières sont ainsi pris d'assaut. Dans ces tumultes, une histoire d'amour...

 The Crossing : le diptyque testament de John Woo

Gros échec au box-office chinois, le dernier film de John Woo n'a depuis suscité qu'indifférence chez nous. C'est d'autant plus injuste que le vieux maître livre sans doute l'un de ses derniers films, une œuvre somme, relecture de son parcours de cinéaste, une proposition de cinéma certes anachronique et déséquilibrée, mais foncièrement généreuse et ambitieuse.

Si le Titre The crossing désigne la traversée, d'un bateau ici en l’occurrence, il renvoie également à la notion de croisement. Croisement de destin dans une Chine en proie aux guerres civiles à la fin des années 40 et qui verra son basculement dans le communisme. Mais The Crossing est surtout le croisement entre l'amour de John Woo pour le cinéma classique hollywoodien et son œuvre phare : Une balle dans la tête. Film maudit, gros échec au box office, resserré à moins de 2h sous la pression des distributeurs, Une balle dans la tête voyait 3 amis plonger dans une spirale infernale de violence, de désillusions et de destins brisés. Le diptyque The Crossing reprend cette idée en l'élargissant à toute une société prise dans la tourmente de l'histoire qui va irrémédiablement la broyer pour la recomposer. Mais si Une balle dans la tête s'ancrait dans le polar et le film de guerre, The Crossing s'inscrit dans la fresque historique à la David Lean.

Et la première partie du film réussit plutôt bien ce programme. En convoquant toutes ces grandes figures stylistiques et thématiques (les scènes de combats montées par David Wu, une scène de danse, les colombes au ralenti), John Woo plonge 3 couples dans les affres de la guerre civile. Batailles, victoire, défaite, illusions, séparations, survie, fuite… La première partie mêle intelligemment grande et petite histoire en jouant comme sait si bien le faire le réalisateur sur un sentimentalisme très fleur bleue et une violence très crue.
Après une fin très forte de la première partie (que l'on ne dévoile pas pour ceux qui n'ont pas vu le film), la deuxième partie est sortie 7 mois plus tard. Et malheureusement, les 2 nouvelles heures viennent mettre en péril la cohérence de l'édifice. John Woo se sent en effet obligé de consacrer sa première demie-heure à la réintroduction de tous les personnages en mêlant des images de la première partie avec de nouvelles. Le dispositif fonctionne mal. C'est bien trop elliptique pour un spectateur qui n'aurait pas vu la première partie et bien trop longuet pour celui qui en a la connaissance.
Puis le récit reprend la spirale infernale. Sauf que la belle mécanique s'enraille. D'abord parce que les drames personnels deviennent le centre d'intérêt du réalisateur qui passe une grande partie de son temps à filmer les larmes de ses protagonistes. La spirale se mue alors en surenchère de mauvaises nouvelles, de souffrances et d'horreurs. Le naufrage, promesse initiale du film, n'est finalement qu’anecdotique. Un malheur de plus dans des destins déjà tellement brisés… Son seul intérêt réside alors dans ce jusqu'au boutisme avec lequel John Woo dépeint l'horreur de la condition humaine. Enfant enfermé dans le bateau en train de couler et qui crie derrière le hublot à l'aide, adultes qui se noient en arrachant les gilets de sauvetage aux plus faibles…

De fait cette deuxième partie empêche au diptyque d'atteindre le statut de chef d’œuvre. Mais elle permet de mettre en lumière la démarche du réalisateur. Oser un cinéma extrême qui pousse les curseurs de la violence, de la cruauté, du romantisme et de la mélancolie au point de mettre en péril l'équilibre de son récit. Si Une balle dans la tête avait bénéficié de son montage initial, ne serait-il pas tombé dans ce même travers d'un baroque poussé jusqu'à l'écroulement de sa structure ? The Crossing nous montre à quel point le cinéma de John Woo est un cinéma de funambule en déséquilibre permanent qui n'hésite pas à risquer la chute.

The Crossing est une œuvre somme, représentative de ce que John Woo fait de mieux, de sa rage, de ses errances jusqu'au-boutistes. On pourra bien sûr préférer un cinéma plus sage et plus équilibré. Mais ce serait nier le fondement même du cinéma chinois, et hongkongais en particulier, ce goût pour l'excès, ce refus de l'équilibre et du classique. Et de ce point de vue, The Crossing, parce qu'il incarne cette proposition de cinéma est un testament précieux.
Laurent Henry 2/8/2016 - haut

Sand Pebbles    (2015)
 Trois cousins, l’un élevé en chine continentale, l’autre au Canada et la dernière à Hong Kong, se retrouvent confiés à leur grand-mère le temps que l’épidémie cesse. Confinés dans l’appartement de cette dernière, ils apprennent bon gré mal gré à se connaître davantage.

 Dans le cadre d’une industrie cinématographique hongkongaise qui peine à retrouver la splendeur perdue des années 1980/1990, le retour d’anciens réalisateurs de cette époque ne peut que générer un certain espoir. Malheureusement, les différentes tentatives qui ont eu lieu jusqu’ici ont méchamment douché ces attentes. Ainsi, aussi bien le Baby Blues de Po Chi Leung ou le Z Storm de David Lam ont été de cruelles déceptions. Contrairement aux deux metteurs en scène sus-cités, à la tête de budgets relativement important, Clifford Choi, un des anciens membres de la nouvelle vague, revient par la petite porte. Sand Peebles est un petit budget, avec pour seule actrice connue la vénérable (mais bien peu bankable) Nina Pau. Autant dire qu’il n’y a pas de miracle à attendre du film en ce qui concerne son exploitation commerciale… Mais cela n’empêche pas Sand Peebles d’être une des rares réussites de cette mode du come-back.

Le film se passe durant l’épidémie de SARS. Trois cousins, l’un élevé en chine continentale, l’autre au Canada et la dernière à Hong Kong, se retrouvent confiés à leur grand-mère le temps que l’épidémie cesse. Confinés dans l’appartement de cette dernière, ils apprennent bon gré mal gré à se connaître davantage.

Au cours d’une carrière forte de 10 réalisations, Clifford Choi a démontré avoir une belle sensibilité envers la jeunesse (Encore, Teenage Dreamers, Grow Up in Anger) et le sort des immigrés (Hong Kong, Hong Kong, Amnesty Decree). Il n’est donc pas surprenant que ces thèmes soient au cœur de Sand Peebles. Ce qui l’est davantage, c’est que Choi ait réussi à capter la réalité contemporaine de ces sujets. Car, entre les années 1980 et aujourd’hui, les choses ont bien évolués en la matière.

Hong Kong a traditionnellement été une ville de passage. Ce n’est qu’après 1949 qu’une identité hongkongaise tel que nous la connaissons aujourd’hui s’est formée. En même temps que cette culture locale s’est créée, la vision de l’immigration a évolué, tout spécialement l’immigration venant de la Chine. De victime, l’immigré Chinois est devenu une menace. Avec Sand Peebles, Choi remet les choses à l’échelle humaine. Oui, les différences culturelles et de langages mènent à de multiples difficultés et autres quiproquos. Mais, une fois ces problèmes confrontés, ces différences deviennent une force, une richesse aussi bien pour l’entourage proche que la société dans son ensemble. Un fait qui s’applique d’ailleurs aussi bien aux immigrés en provenance de la chine que d’ailleurs. C’est ce processus qu’illustre le récit. Obligés de cohabiter ensemble, chapeautés par leur attachante grand-mère, les trois jeunes vont s’affronter, chacun voulant conserver ses petites habitudes, mais finiront par s’ouvrir, s’apprécier et se soutenir les uns les autres face aux obstacles de la vie, le SARS en tête. Les bonnes intentions sont évidentes et pourraient faire tomber le film dans une sorte de leçon de morale digne d’une publicité gouvernementale. Mais Clifford Choi réussit à éviter l’écueil en injectant une bonne dose d’humour et par une confiance sans faille dans son sujet et ses personnages.

Le petit budget de l’entreprise impacte hélas le plaisir qu’on peut prendre à voir le film de l’ancien membre de la nouvelle vague. Des problèmes sur le mixage du son, une reconstitution de l’époque du SARS approximative et des prestations d’acteur très inégales empêchent une immersion complète dans le récit. Mais ces scories ne sont pas suffisantes pour brouiller le joli message que fait passer Sand Peebles. Un message rare dans le cinéma hongkongais actuel et donc d’autant plus précieux.
Arnaud Lanuque 6/18/2015 - haut

Special Id    (2013)
 Sunny (Andy On), membre de l’organisation de Xiong (Collin Chou), veut prendre le pouvoir sur ce dernier. Il lui faudra pour cela mettre hors d’état Chan (Donnie Yen), qui est en fait un flic infiltré dans l’organisation.

 En 10 ans, Donnie Yen est passé au sein du cinéma d’action hongkongais du solide second couteau à la star incontestée du genre. Non content d’enchaîner des rôles de premier plan (Ip Man en tête) l’acteur a donné un énorme coup de fouet au genre martial en développant dans ses chorégraphies le MMA (Mixed Martial Arts). Pour l’amateur venu voir de bons combats, SPL ou Flashpoint délivraient une qualité d’action assez élevée.

Depuis 3-4 ans, Donnie Yen a davantage privilégié les films en costumes avec un style de combat plus classique. L’arrivée du projet Special ID a fait l’office d’une bouffée d’air frais : l’acteur revenait dans un polar où il affrontait une autre star du genre action : Vincent Chiu Man Chuk (The blade), dans des joutes impliquant le MMA, le tout filmé par un petit maître du divertissement hongkongais de la fin des années 80-début 90 : Clarence Ford. Mais finalement, toutes les qualités supposées de Special ID vont s’avérer être ses plus gros défauts.

Premier accro : Vincent Chiu Man Chuk a quitté le tournage du film, pour diverses raisons selon les sources. Le duel entre l’acteur et Donnie Yen n’aura pas lieu. A la place, Andy On (New police story, True legend) joue le méchant de service. Si physiquement, l’acteur se débrouille très bien, niveau jeu, nous sommes à l’opposé de la sobriété. A l’image de tout le casting.

En effet, Clarence Ford n’a jamais brillé par une grande direction d’acteur. L’homme est avant tout un excellent technicien qui tournait rapidement des divertissements typiques de la folie du cinéma d’action Hongkongais d’il y a 20 ans. Mais les critères de qualité ont évolué. Time Warriors et Dragon from Russia ont beau être de solides films d’action, réalisés aujourd’hui, ils ne posséderaient pas le statut de petit classique dont ils bénéficient (trop marqué par l’époque où ils ont vu le jour).
Clarence Ford a conçu Special ID comme il concevait ses films dans le passé : techniquement correctement ficelé mais un total manque de rigueur au niveau du jeu des acteurs ou de l’histoire.

Tout le monde dans Special ID est en roue libre. Le pire étant les scènes dialogués entre Donnie Yen et les malfrats, détestables au possible (l’acteur y est encore plus poseur et frimeur que dans Flashpoint).
Mais après tout, qu’est-ce que le casting avait à défendre ? Une énième histoire de flic infiltré dans un gang, le tout saupoudré d’une romance avec le-dit flic. C’est tout.

A l’époque, si Flashpoint avait séduit les amateurs, c’était avant tout pour ses extraordinaires scènes de combat. L’histoire, les acteurs, on ne peut guère affirmer que le film de Wilson Yip était réussi. Mais comparé à Special ID, le métrage était d’un autre niveau.

Le film de Fok, en plus de posséder quelques carences au niveau du rythme, n’est jamais intense et s’embourbe dans des scènes romantiques entre Yen et une policière (les interminables scènes sur le toit d’immeuble).

Il n’y a que l’action qui pouvait sauver le film de la déception totale. Entre-aperçu dans la bande annonce du film visible sur le net en juillet 2013, elle faisait office d’un spectacle total. Mais déjà, deux mois plus tard, un extrait de deux minutes avait légèrement refroidi un grand nombre de personne. L’efficacité des films de Wilson Yip ne semblait pas être totalement présente (montage quelque peu hasardeux).

A l’arrivée, Special ID n’est pas une nouvelle référence du cinéma martial mais propose néanmoins de beaux combats. Le problème évoqué plus haut concernant le montage n’est pas seul à mettre en cause. Le véritable défaut des combats provient de l’approche MMA de Donnie Yen. Si ce dernier nous a offert avec le final de Flashpoint la scène ultime en la matière (parfaite fusion du free fight et de la chorégraphie classique hongkongaise), sur Special ID, il a conçu des affrontements beaucoup trop techniques et marqués MMA. En résulte un petit manque de vitesse, de fluidité et d’impact. Les joutes se contentent trop souvent à des corps à corps ou des prises de soumission, sans la patte hongkongaise qui leur aurait donné un cachet supplémentaire.

Le final entre Donnie Yen et Andy On en est la scène symptomatique. Bien que plaisante, elle est loin du niveau de l’affrontement entre l’acteur et Collin Chou dans Flashpoint. Le combat est néanmoins violent, intense et d’une durée assez conséquente. Il est en revanche précédé d’une superbe poursuite en voiture orchestré par le spécialiste Bruce Law (Extreme crisis) qui constitue une bonne mise en bouche avant le final.
A noter que pour les amateurs de bandes martiales, le combat contre Ken Lo (Drunken Master 2) au début du film constitue un petit plaisir certain, même si l’aspect MMA handicape là encore quelque peu l’affrontement.

Special ID ne constitue qu’un véhicule de plus pour Donnie Yen. Aucune originalité, aucune prise de risque. Le film est sur des rails bien balisés pour sa vedette. Avec un réalisateur solide capable de le diriger et lui tenir tête, Yen peut donner de bonnes prestations (Wu Xia, Ip Man).
Clarence Ford n’étant pas de cette trempe là, Special ID n’est qu’un Donnie show où tout le monde sur-joue. Sorte de sous-Flashpoint, le film est un polar mineur d’où surnage néanmoins 3-4 séquences d’actions assez bien ficelées (à l’heure actuelle, c’est clairement le haut du panier en matière d’action). Mais en poussant l’aspect MMA au maximum, Donnie Yen ne retrouve pas complètement l’efficacité d’SPL et Flashpoint.
Denis Gueylard 1/20/2014 - haut

Dog King And Snake King    (1974)
 Maitre Li, un éleveur de chiens de combat, et Maitre Tchang Kai, qui est lui dans l’élevage de serpents, se querellent constamment depuis des années. Leurs chamailleries puériles contrarient l’amour liant le fils du premier avec la fille du deuxième. En plus du kung-fu, chaque patriarche emploie fréquemment leurs bêtes dans leurs chicanes entrainant des affrontements féroces entre reptiles et molosses. L’arrivée d’un collecteur de taxes et de ses fiers à bras va changer la donne et amener les deux bougons à s’allier pour se secourir réciproquement, de même que leurs enfants.

 Imaginez une kung-fu comédie opposant Louis de Funès et Bud Spencer. C’est un peu l’impression que j’ai eue avec Cobra Karaté, film kung-fu taiwanais datant de 1974 centré sur l’antagonisme comique entre deux patriarches : l’un petit, grincheux et grimaçant alors que l’autre est un gros ours bourru et colérique. Un rapprochement facilité par le fait que j’ai visionné une version du film doublée en français datant d'au moins trente ans.

L’antagonisme comique entre les deux bougons est un deux gimmicks du film. Le second est l’emploi de chiens (des bergers allemands pour la plupart) et de serpents (incluant des cobras) que chaque famille utilise contre l’autre et plus tard contre le collecteur de taxes et ses sbires.
Film martial comique datant d’une époque où l’émergence de la kung-fu comédie était encore lointaine, Cobra Karaté donne l’impression d’être un drôle de petit ovni, d’autant plus que ni son metteur en scène ou ces vedettes sont des noms reconnus. C’est que bien que la présence d’éléments comiques dans les films kung-fu du début des années 70 soit fréquent, des films kung-fu essentiellement comiques étaient par contre assez rares (Back Alley Princess datant de 1973 étant l’un des seuls exemples que je connaisse). Ceci dit, bien que le film soit essentiellement une comédie, tous les affrontements n’impliquant pas les patriarches ont l’apprêtée costumière des films martiaux de l’époque et plus d’un personnage meurt sous les coups. Les amis des bêtes pourraient également ne pas trop apprécier certaines scènes où les bestioles du film sont visiblement mises à mal.

En fait, Dog King and Snake King (Le roi des chiens et le roi des serpents titre anglais original du film) a été réalisé par Li Kuang Tsang. Cet acteur, actif entre 1955 et 1979, aura également mis en scène une dizaine de productions dont un film de Bruce exploitation;Bruce Lee, We Miss You. Dans Cobra Karaté, il incarne également le patriarche éleveur de chiens. Ne connaissant rien de Li ou de son travail, il m’est impossible de dire si l’approche comique de Cobra Karaté est unique à ce film ou si on la retrouve dans d’autres de ces productions. C'est certainement une idée originale pour l' époque mais exploiter de manière un peu inégale.

Le calibre comique peu élevé, la transparence des artifices pour faire paraitre les bestioles dangereuses (avec des acteurs jouant grossièrement la terreur) et l’absence manifeste de vrai kung-fu chez les deux patriarches sont les lacunes les plus évidentes du film. Malgré ces manques, Cobra karaté bénéficie quand même de personnages bien campés (surtout le Louis de Funes taiwanais, Ai Tsai Tsai, est rempli de combats furibonds (dont un avec des yoyos d’acier) et la trame musicale enjouée contribue à l’élan truculent des péripéties. Et puis aussi risible qu'elles soient, les scènes avec les bêtes ne sont pas sans un certain charme loufoque tout comme le doublage français du film.

D’une durée de 70min à peine, la version française du film aura été coupée de quelques scènes (pratique courante dans les films kung-fu doublé français des années 70-80). L’une des scènes manquantes voit l’héroïne attaquer ces adversaires aux nunchakus).

Au final Cobra Karaté s’avère un sympathique petit nanar, successible d’être surtout apprécié par les vieux amateurs de film kung-fu doublé à la recherche de plaisir nostalgique.
Yves Gendron 12/23/2013 - haut

Man Of Tai Chi    (2013)
 Pour éviter le rachat et la destruction du monastère où son maître lui enseigne le Tai Chi, Chen Lin-Hu (Tiger Chen Hu), un jeune expert en kung fu, se décide à participer à des combats clandestins payés, organisés par un riche occidental, Donaka Mark (Keanu Reeves) pour pouvoir remettre le monastère aux normes.

 Matrix fut un tournant majeur dans la carrière de Keanu Reeves. Impossible de le nier. Mais ce qui était moins facile à deviner, c’est à quel point les combats chorégraphiés par des équipes hongkongaises allaient le marquer. Passées les interviews promos où l’acteur congratulait le chorégraphe de la trilogie, Yuen Woo-Ping, la surprise fut réelle quand il décida de faire de sa première réalisation un film d’arts martiaux.
Bien qu’étonnante, l’orientation choisie par l’acteur respire la sincérité. Alors qu’il aurait été plus facile de situer le film sur le territoire américain avec un artiste martial occidental, des lieux et des codes propres à la culture U.S., Keanu Reeves a choisi de localiser son film en Chine, de tourner à la fois avec des dialogues américains, cantonais et mandarin et de composer son casting de 90% d’acteurs Asiatiques.
Bien évidemment, l’homme choisi pour orchestrer les joutes n’est autre que Yuen Woo-Ping, celui-là même qui régla les affrontements de l’acteur dans la trilogie Matrix et qui régla plusieurs classiques du genre (Kill Bill, Tigre et Dragon, Fist of Legend,Drunken Master).

Alors Man of Tai Chi, réelle surprise ou fausse bonne idée ?

Si l’œuvre délivre quantité d’actions de qualité et offre de réels bons moments, l’impression qui en ressort au final est mitigée.
L’univers des combats clandestins a maintes fois été approché par le cinéma occidental ou oriental (Le bagarreur, Full Contact, Le Cogneur de Harlem, Blood and Bone, Fatal Contact…). Man of Tai Chi respecte les codes du genre à la lettre avec des lutteurs marqués par leurs styles de combat, leurs tenues et leurs sadismes. Rien de fondamentalement nouveau. Ce qui l’est plus, c’est l’impact psychologique de ces combats sur le héros du film. Tiger Chen Hu campe un lutteur droit, prêt à sacrifier sa morale en s’adonnant à des affrontements illégaux pour sauver le monastère de son maître de Tai Chi. Si le personnage est banal (pour ne pas dire plat), Keanu Reeves lui réserve 2-3 séquences intéressantes.

En parallèle de ses combats clandestins, Hu-Chen, participe à un tournoi de Wushu officiel. Si l’homme utilise au début le Tai Chi de la façon la plus pure qui soit (mouvements amples et circulaires, utilisations des mains pour pousser son adversaire sans le blesser grièvement), au fur et à mesure qu’il prend goût à ces duels illégaux, il n’utilise plus le Tai-Chi dans la compétition officielle mais privilégie la force physique (au contraire de la force souple) jusqu’à broyer la jambe d’un adversaire. Suite à cette séquence, l’homme retrouvera la paix intérieure en affrontant violemment son maître qui utilisera le Tai-Chi pour lui montrer la voie à prendre.

Des moments intéressants, bien mis en scène qui font preuve d’originalité dans un film avare en la matière. En effet, si Man of Tai-Chi se montre sur le papier un projet prometteur, atypique et risqué pour Keanu Reeves, il n’est au final rien de plus qu’une série B stéréotypée. Durant la première heure, les combats sont légions, le (faible) déroulement scénaristique n’avançant qu’aux coups des affrontements. Heureusement, avec Woo-Ping, la qualité est présente. Très peu câblées, les chorégraphies sont techniques, spectaculaires (voir l’affrontement contre l’expert de Mixed Martial Arts), soutenues par un filmage toujours lisible et un montage précis. De ce point de vue là, Keanu Reeves tient toutes les promesses, les combats sont réussis.

Idem pour les passages mettant en avant le Tai Chi. Woo Ping ayant déjà utilisé cette discipline à plusieurs reprises dans ses réalisations (Drunken Tai Chi, Tai Chi Master, Tai Chi 2), les combats ou démonstration de cet art concourent là-aussi à la réussite du film sur le plan de l’action.

Saluons la performance martiale de Tiger Chen Hu qui s’impose comme une valeur à suivre dans le film d’arts martiaux. Cascadeur à plusieurs reprises pour des films déjà chorégraphiés par Yuen-Woo Ping (Matrix Reloaded, Le Maître d’Armes, House of Fury), l’acteur occupe pour la première fois le rôle principal d’une production. Même si son jeu est un peu fade (défaut qui peut être corrigé dans de futures productions), ses talents physiques sont irréprochables.

Malheureusement, passé une heure, ce qui n’était qu’un produit bis limite bourrin mais jamais déplaisant, s’embourbe dans une enquête policière ridicule et des choix plutôt curieux. Comme pour justifier la présence de stars hongkongaises au générique (le film étant une co-production avec la Chine), Keanu Reeves déroule une intrigue policière où des acteurs connus interviennent plus ou moins longuement (Karen Mok, Simon Yam, Max Lee) mais sans jamais se trouver être utile voire primordial au récit. Même le personnage de Karen Mok, qui traque sans cesse le personnage de Keanu Reeves sans avoir les preuves nécessaires pour l’arrêter ne mène finalement à rien (voire se montre gênant lors de son accident de voiture en CGI proprement immondes), si ce n’est casser le rythme du film.
Les combats se font plus rares et certaines scènes tournent au ridicule (pourquoi avoir fait venir la star Indonésienne de Merantau et The Raid, Iko Uwais, pour au final avoir droit à un non-combat !).

Mais le pire reste l’acteur Keanu Reeves lui-même. Outre une prestation de bad guy tout droit sortie d’une série Z, fronçant constamment les sourcils, peinant à exploiter un personnage ambigu qui prend plus de plaisir à voir l’issue fatale d’un combat que de compter ses gains (hormis le « Finish Him » qu’il lance à deux reprises à ses combattants, hommage involontaire mais jouissif à la saga de jeux vidéo Mortal Kombat), la star commet l’erreur fatal de se mettre en scène pour l’ultime combat du héros. Là où les duels auraient dû aller dans un crescendo spectaculaire, le final se montre la scène martiale la moins intéressante du film. Dix années ont passé depuis la fin de l’aventure Matrix, Keanu Reeves n’est même plus aussi convaincant dans que Matrix Reloaded, du coup, ses mouvements lents, ses coups de pieds hésitants font que le rythme du combat peine à convaincre l’amateur venu voir un spectacle martial de qualité. Dommage de finir le film sur une mauvaise impression.

Keanu Reeves a joué l’originalité sur le papier. Dans les faits, son film se montre efficace durant sa première heure, l’acteur-réalisateur (bien aidé par son chorégraphe Woo-Ping) alignant un nombre conséquent de combats efficaces. De mauvais choix scénaristiques et visuels lors de la dernière partie font que Man of Tai Chi est un film inégal.

Saluons néanmoins le premier effort de Keanu Reeves derrière la caméra, qui semble annoncer pour la star une deuxième carrière digne d’intérêt.
Denis Gueylard 10/16/2013 - haut

Five Super Fighters    (1979)
 Les maîtres du kung-fu ont tous peur de recevoir la correction de leur vie, car « le Correcteur » est dans la région. L’une de ses victimes, un vieil expert de la technique du singe s’est plongé dans l’alcool. Ses trois disciples décident apparemment de le laisser tomber. Mais en réalité, ils sont partis à la recherche de nouvelles techniques qui permettraient de vaincre le Correcteur, et ainsi de gagner le respect de leur sifu.

 L'année 1979 a été marquée par la domination des kung-fu comédies de Jackie Chan, Sammo Hung, Yuen Woo-ping, Karl Maka et Lau Kar-wing qui à leur tour auront suscité quantités d'émules produits tant par les petites compagnies indépendantes que les gros studios Shaw Brothers. Au delà de la «requête» de faire des films kung-fu plus comiques donnée par les dirigeants de la Shaw à Lau Kar-leung leur cinéaste martial le plus éminent, les premières tentatives de ces studios pour faire dans la kung-fu comédie furent une paire de films : Monkey Kung Fu et Five Super-fighters. Ceux-ci furent mis en scène par John Law Ma qui avait été l'un des réalisateurs les plus prolifique et versatile des Shaw avec un casting consistant pour la plupart en de jeunes acteurs/cascadeurs martiaux issus de l'opéra de Pékin tout comme Jackie, Sammo et Woo-ping.

Sur la trentaine de films que John Law Ma avait réalisés jusqu'à cette date, trois seulement avait été des films martiaux (incluant la biographie romancée de Bruce Lee : Bruce Lee and I) mais il avait également tourné des comédies à succès : ce qui peut avoir été considéré comme des qualifications suffisantes par les dirigeants de la Shaw pour lui faire mettre en scène des film martiaux comiques. Son premier essai fut Monkey Kung Fu, lancé en mai 79 et mettant en vedette trois nouveaux venus : Tony Ching Siu Tung, Hau Chiu-sing et Kwan Feng avec les deux premiers acteurs chorégraphiant également les combats du film. S’étant classé en 53eme position dans le box-office local, Monkey ne semble pas avoir été un succès. Si Hau et Kwan restèrent pour le deuxième film Five Super-fighters, dans les rôles respectifs du maître et du méchant, les kung-fu kids étaient maintenant joués par un trio d'acteur/cascadeurs élevés à des premiers rôles pour l'occasion : Austin Wai, Tony Leung Siu-hung et Ng Yuen Jun. La chorégraphie des combats était également assumée par un nouveau sur les plateaux de la Shaw : Hsu Hsia qui avait été auparavant l'un des principaux collaborateurs de Yuen Woo Ping notamment dans ses premières kung-fu comédies.

Five Super-fighters joue la carte de la formule comique par excellence de la kung-fu comédie : celle du kung-fu kid irrévérencieux et d'un maître truculent. Excepté qu'ici, le film ne présente pas un, mais trois kids et encore plus de maîtres (au moins sept) chacun avec une technique de combats différente : maniement du bâton, le poing du singe, celle de la grue et des coups de pieds. Conséquence de cette multiplication, les combats et scènes d’entraînement sont fort nombreux, plus d'une vingtaine, et grâce au talent des acteurs et du chorégraphe, sont d'un calibre très relevé, plein de rebondissements et de variétés. Le film mérite vraiment son titre anglais de Five Super-fighters (Cinq super-combattants) et se termine avec un affrontement monstrueux de 12 minutes où les kung-fu kids et leur premier maître viennent régler royalement leur compte face à un méchant qui ne se laisse pas imposer.

Au delà du calibre des combats, l'une des principales qualités du film est le scénario qui, malgré les nombreuses trames et personnages, parvient à raconter le récit avec vivacité et fluidité (il est de Sze To On l'un des scénaristes les plus habile et prolifique de ciné kung-fu). Le dynamisme de la mise en scène est également recommandable, remplie de zooms expressifs, de travelings élégants et de plans fort bien composés, le travail d'un réalisateur ayant du métier et un certain flair visuel.

Malgré toutes ses bonnes qualités, Super-fighters souffre quant-même d'une sérieuse lacune. Aussi flamboyants que soient les acteurs avec leurs acrobaties martiales, la plupart n'ont qu'un charisme très moyen et jouent des personnages qui bien que solidement campés sont tout à fait superficiels et clichés. Le trio des kung-fu kids par exemple, aussi frondeurs soient ils, ont si peu de personnalité distincte qu'ils sont pratiquement interchangeables. On pourrait également reprocher à Super-Fighters de présenter certains personnages et situations avec de certains potentiels dramatiques (le Correcteur, la veuve martiale, le maître aveugle) mais le film est si axé sur l'action qu'ils ne sont que survolés, ce qui est un brin dommage. Concernant le personnage du Correcteur par exemple, on est en droit ce de se demander pourquoi celui-ci est si enclain à vouloir corriger le moindre pratiquant martial qu'il croise, mais la question n'est jamais élucidée et son emploi se résume à n'être qu'un gimmick de scénario. En fin de compte, le seul personnage qui tire un tant soit peu son épingle du jeu est le premier maître du trio qui suite à une défaite cuisante se trouve déchiré entre l’apitoiement pathétique et une combativité revancharde. C'est le seul personnage qui soit vraiment intéressant.

Pour toute la virtuosité de la chorégraphie et des comédiens martiaux, le manque de personnalité des personnages et le caractère dérivatif et surfait des situations de comédie est indicatif du fait que le film est le travail de techniciens habiles plutôt que de créateurs inspirés. Il manque à Super-Fighters une véritable étincelle spontanée et originale qu'un retrouve dans les films de Jackie et cie. PourJohn Law Ma et Sze To On, le film n'a été manifestement qu'une commande.

Ceci dit, au delà du spectacle martial offert par Super-fighters et malgré ses limites, le principal mérite du film est de faire découvrir et apprécier les talents d'une poignée d'acteurs martiaux demeurés méconnus jusque là : Austin Wai, Tony Leung Siu-hung (frère puiné de Bruce Leung Siu-lung) Ng Yuen-jun, Hau Chiu-sing et Kwan Feng. Du lot, c'est ce dernier qui impressionne le plus. Un expert tant en coups de pied, qu'en armes blanches avec un kung-fu des plus tranchant Kwan Feng est un véritable démolisseur martial à la Johnny Wang Lung-wei mais en plus acrobatique, capable de se mesurer à trois, voire quatre adversaires simultanément et de les aplatir comme des mouches.

Bien qu'il ait fait un peu mieux que Monkey Kung Fu au box-office, Five Super-Fighters ne se classa qu'en 46eme position. John Law Ma devait par la suite réalisé une kung-fu comédie de plus pour la Shaw Brothers : Boxer from the Temple mettant en vedette l'un des kids de Super-fighters : Ng Yuen Jun avant de quitter les studios et essayer de fonder sa propre compagnie. Cette entreprise ne semble pas avoir eu long feu puisque la filmographie de Lo s’interrompt dès 1981. Super-Fighters ne semble pas non plus avoir fait grand choses pour la carrière de ces vedettes : du lot, c'est Austin Wai qui fit sans doute la meilleure carrière comme acteur mais dans des séries wuxia à TV. Tony Leung Siu-hung lui fit une carrière substantielle, mais derrière la caméra comme chorégraphe, Hau ne fit qu'une poignée de films avant de disparaître. Kwan apparut dans une quarantaine de films jusqu'à la fermeture des Shaw avant de disparaître lui aussi.

Master (1980) et Lion Vs Lion furent d'autres essais de la Shaw Brothers à la kung-fu comédie, réalisés tout deux par des chorégraphes issus de l'opéra de Pékin : Tony Liu Jun Guk et Hsu Hsia. Si ces films firent un peu mieux au box-office que les films de Lo Mar, ils n'en n'étaient pas moins à la traîne, loin derrière les films de Jackie Chan et Sammo Hung. En fait, même si le studio continua de produire des films martiaux parfois fort enlevés, la Shaw ne regagna jamais l'initiative dans le cinéma martial.

Quant à Five Superfighters, il demeure un film d'exploitation efficace et spectaculaire mais dont le manque de personnalité fait qu'on l'oublie rapidement une fois consommé. Ceci dit, il donne quand-même un peu le goût de voir d'autres films martiaux du metteur en scène et de ses vedettes.
Yves Gendron 11/17/2012 - haut

Downtown Torpedoes    (1997)
 Quatre experts en vol industriel sont recrutés de force par la MI 5 (la CIA Britannique) afin de former la ATM (Advanced Tactical Mercenaries) une équipe chargée de dérober des plaques de fausse monnaie. Mais la mission va mal tourner et les membres de la ATM vont devoir tout mettre en œuvre pour prouver leur innocence et récupérer ses fameuses plaques.

 Le triomphe planétaire de l’adaptation cinématographique de la série culte Mission Impossible en 1996 avec Tom Cruise en tête d’affiche n’est clairement pas passé inaperçu à Hong Kong. Toujours prompt à recycler les idées des autres, l’industrie locale ne s’est ainsi pas privée de mettre sur pied une œuvre qui lorgne très fortement du côté du film de Brian De Palma.

Downtown Torpedoes, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est mis en scène par Teddy Chen, réalisateur aujourd’hui bien connu grâce notamment au succès de sa dernière réalisation « Bodyguards And Assassins » Bien loin du style très pompeux de ce dernier, Teddy Chen livre ici une réalisation tout ce qu’il y a de plus quelconque, sans véritable personnalité. La mis en scène est celle d’un artisan appliqué. Ni plus, ni moins. Le film manque parfois un peu de rythme et semble en permanence en mode pilotage automatique mais bénéficie toutefois de scènes d’actions particulièrement efficaces. Ces dernières ayant été chorégraphiées par Stephen Tung. Beaucoup moins connu qu’un Yuen Woo-Ping ou qu’un Ching Siu-Tung, Stephen Tung n’en reste pas moins un chorégraphe talentueux. Il a d’ailleurs collaboré à plusieurs reprises avec Tsui Hark, pour « The Blade » ou « Seven Swords » notamment. Plus récemment, on lui doit les combats du très réussi « Reign Of Assassins ».

Le casting est essentiellement composé de jeunes stars en devenir. C’est ainsi que les quatre rôles principaux sont interprétés respectivement par Takeshi Kaneshiro (« House Of Flying Daggers »), Jordan ChanYoung And Dangerous »), Charlie YoungThe Lovers ») et Ken Wong (« Gorgeous ») dont c’est ici le premier rôle au cinéma. Un quatuor jeune donc mais qui fonctionne plutôt bien grâce à des personnages intéressants et plutôt bien écrits malgré un scénario convenu. Seul bémol à mettre à l’actif de Charlie Young qui semble mal à l’aise et, contrairement à ses partenaires masculins, son jeune âge ne lui permet pas d’être crédible. Signalons également la présence du fameux Alex Fong dans le rôle du bad guy de service. Un rôle qui tient presque plus du caméo qu’autre chose tant sa présence à l’écran est pour le moins réduite.

S’il ne fera pas vraiment date dans l’histoire du cinéma d’action hongkongais, Downtown Torpedoes n’en reste pas moins un honnête divertissement. Mis en scène sans génie mais avec efficacité, le film a en plus le mérite de s’éloigner de son modèle américain grâce notamment à un scénario qui met en avant un véritable travail d’équipe et non juste une superstar du box office. Rien que pour ça, il mérite d’être redécouvert.
Jean-François Gendron 7/5/2012 - haut

Teddy Girls    (1969)
 Après une bagarre dans un club, Josephine Siao est envoyée en prison. Mais derrière ces agissements se cachent une personnalité trouble liée à un passé douloureux.

 Patrick Lung ne jouit pas encore dans nos contrées de la réputation des grands maîtres du cinéma de Hong Kong. La faute ? Sûrement un désintérêt de la critique française pour le cinéma local avant que la vague kung fu post-Bruce Lee et évidemment les Cahiers du cinéma de 1984 n'ouvrent quelque peu la voie. Mais là où le cinéma japonais (popularisé en occident dès le début des années 50, après Rashômon) a permis aux critiques de redécouvrir la cinématographie nationale, remontant jusqu'à des cinéastes tels que Shozô Makino, Daisuke Itô, voire même beaucoup plus tôt avec Tsunekichi Shibata, toute la cinématographie hongkongaise "pré-Shaw Brothers-couleur-arts-martiaux-King Hu-Chang Cheh" n'a pas encore véritablement trouvé de public (même de niche) et encore moins de diffuseurs. La Cathay ? La Union Film ? La Great Wall ? On attend encore leurs rétrospectives à la cinémathèque (monsieur Rauger, si vous me lisez...). Alors, il est certain qu'une grande partie de la production a disparu, mais il reste toujours des choses à dire sur ces centaines de films restant. Et de ce côté là, le cinéma urbain et le polar des années 60 et 70 reste grandement oublié. Dommage pour Patrick Lung, c'était un des meilleurs artisans du genre.

Teddy Girls commence pourtant fort. Dès les premiers plans, le spectateur est plongé dans les swinging sixties : boule à facette, musique rock, coiffures Vidal Sassoon, tout est là pour nous donner envie de se déhancher. Pour se faire une idée, imaginez l'ambiance pop du Temptress of a Thousand Faces de Jeong Chang-Hwa, mais avec les décors de studio de la Shaw Brothers en moins. Ici, Hong Kong, on vous le montre ! Josephine Siao, tête d'affiche du film, arbore un regard affuté. Enfant à problème, elle exprime par un regard que sous ses allures de fille sage (jolie robe jaune pastel, queue de cheval bien nouée) elle est aussi enragée que la Meiko Kaji des Stray Cat Rock. Il ne suffit que d'une étincelle, un soir, un homme venant peloter son amie dans un nightclub, pour que la féline explose et fasse jaillir la rage qu'elle renferme. A comportement violent, environnement adapté : la voilà envoyée en centre de correction pour jeunes délinquants. A partir de là, nous voilà dans un gentil "women in prison" (tiens tiens! Dire que Stray Cat Rock: Sex Hunter date de 1970 et La femme scorpion de 1972. Je dis ça, je ne dis rien!) où la jeune fille se fait dans un premier temps accueillir avec tous les honneurs du nouveau venu (on est cependant encore loin des touches sadiques du film de David Lam). Elle devient donc la cible de Nancy Sit. Mais attention, en 1969, la victimisation ne vas pas plus loin que de se faire coller un papier dans le dos et jeter du riz au visage (bon, et peut-être se fait-elle tabasser une ou deux fois).

Par la suite, tout devient plus relax, des amitiés se forgent (notons la présence de la réservée, mais un peu peau de vache quand même, Lydia Shum). Le film fait presque penser à du Inspector Wears Skirts. Pour preuve, les recrues... pardon, les pensionnaires font un défilé de mode printemps/été 69. Tout ça, probablement parce que Kenneth Tsang, ici directeur de la prison, a toujours été un mec sympa. Heureusement, il reste quand même une enflure dans cette histoire: Lung Kong himself ! Cela tombe bien, puisque grâce à lui, le dernier acte du film sera une vraie tragédie. Pendant que le père de Josephine Siao se meurt sur son lit de mort (c'est le lit tout indiqué pour mourir, pas moyen de se tromper), sa chère épouse se trouve dans le lit conjugal avec Patrick Lung (on ne meurt pas là où l'on dort, ça devrait se savoir!). Plus loin dans le film, c'est au tour de la veuve de se donner la mort. Pas de doute, pour Josephine (c'est aussi le prénom de l'héroïne du film), c'est ce vieux loup de Lung Kong qui la lui a donné. A partir de là, évasion, vengeance et tout le toutime. Au milieu de tout cela, le réalisateur et scénariste glisse une réflexion, discrète certes, mais présente. Questionnant le système, Patrick Lung interroge la pertinence des centres correctionnels pour délinquants juvéniles mais également les inégalités devant la loi mais surtout la pression exercée par l'environnement social. Tout cela s'achève par un regard entre stupéfaction et perplexité, constatant l'impuissance de la société à remédier à ses propres maux. Cela n'évite cependant pas quelques facilités dont un monologue très didactique de Kenneth Tsang évoquant les conséquences de la société industrielle.

Évidemment, ce qui interpelle dans ce film, c'est sa maitrise formelle. Et à ce jeu là, il est nécessaire d'évoquer le monteur, un certain Yeung Pak-Wing, qui, peut-être sous l'impulsion de Patrick Lung (historiens du cinéma, voilà une enquête à mener!), maîtrise l'art du montage cut et de la répétition. Les scènes d'euphorie sont proprement incroyables pour l'époque. La danse comme la violence. Lors de certaines scènes de combat, on pense parfois à la crudité jazzy de Kinji Fukasaku. Hélas, tout n'est pas toujours maîtrisé et certains affrontements relèvent plus du tirage de maillots et des éclaboussures que de la brutalité. Mais le film ne se distingue pas que par son hystérie. Dans l'ensemble, c'est même un film très intériorisé, qui se contient avant d'exploser. Pour donner corps à ces pulsions latentes, Patrick Lung démontre une réelle maîtrise de la mise en scène. Certains plans sont proprement hallucinants. Pour introduire un flashback, le réalisateur choisit de plonger Josephine dans ses souvenirs. Pour cela, elle fixe la télévision où deux amants s'embrassent. La caméra traverse alors l'écran de télé (un cadre se tenant entre la caméra et le plateau) pour nous faire plonger avec Joséphine dans ses traumas. Un choix de mise en scène audacieux (ou dépassé, pour certains abreuvés aux CGI), mais qui synthétise totalement la psychologie du personnage.

Teddy Girls est une œuvre importante. Des films de jeunes délinquants, il y en a eu une pelleté à l'époque, à Hong Kong (The Delinquent de Chang Cheh et Kuei Chih Hung) comme au Japon (Crazed Fruit, qui déjà surfait sur la mode des films de jeunes rebelles américains) et celui-ci fait partie des pépites quelque peu oubliées. Il serait donc bien dommage de passer à côté d'un des meilleurs films du réalisateur de Story of a Discharged Prisoner.
Anel Dragic 6/27/2012 - haut

Casino Raiders 2    (1991)
 Lorsque son maître se fait tuer, Andy Lau décide de le venger. Des bas fonds de Hong Kong jusqu'au tables de jeu, il s'associera à Dave Wong pour mettre fin aux agissements de ses adversaires.

 Replonger le spectateur dans le "ciné HK" de 1991 est une expérience nostalgique, une madeleine de Proust qui le propulse à une époque où les acteurs, les technologies cinématographiques et les manières de filmer étaient bien différentes. Qui pourrait croire un seul instant qu'un film comme Casino Raiders 2, s'il était fait aujourd'hui, puisse être pris au sérieux ? Et pourtant, c'est bien de cette manière que le spectateur nostalgique voit et aime ces films. Deux ans après un premier opus plus ou moins sympathique, mais totalement oubliable, Johnnie To donne une suite à Casino Raiders. Une suite ? Façon de parler puisqu'à part le titre, le milieu du jeu et Andy Lau, il n'y a pas de véritable rapport entre les deux opus. Le cadre y est complètement différent, les personnages aussi, et Andy tient également un autre rôle que celui du premier, ce qui est logique puisque son personnage y mourrait.

Après avoir enchainé les comédies et petits drames, Casino Raiders 2 marque une date dans la filmographie de Johnnie To, puisqu'il signe là son premier vrai film d'action (peut-on vraiment lui attribuer la paternité de The Big Heat ?) mais également sa première collaboration avec Andy Lau. Casino Raiders 2 s'éloigne de son modèle, et ce sous plusieurs aspects. Outre le fait qu'il s'agit d'une fausse suite plaçant le spectateur dans un cadre différent, cet opus fait le grand écart avec le premier volet tant en ce qui est de l'atmosphère que la tonalité de l'ensemble. Wong Jing et Jimmy Heung livraient déjà une œuvre tragique, mais beaucoup plus crue, alors que Johnnie To adopte une approche résolument plus dramatique. Dans la lignée d'A Moment of Romance que Benny Chan réalisa en 1990, Johnnie To choisit de faire de son film un pur mélodrame. Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère le bougre ! Casino Raiders 2 aurait tout aussi bien put s'appeler "One Hundred Moment of Romance" tant les scènes larmoyantes s'enchainent les unes derrière les autres. Si vous ne souhaitez pas en savoir plus sur l'intrigue, je ne peux que vous conseiller d'abandonner la lecture de l'article à la fin de cette phrase, maintenant si cela ne vous dérange pas (car après tout l'intrigue de la grande majorité des séries B HK importe peu) abordons tout ce qui fait le sel de cette séquelle (qu'il ne faut pas confondre avec No Risk, No Gain - Casino Raiders the Sequel).

Pour l'histoire, Andy est le disciple de Lau Siu Ming. Un jour, le vieil homme se fait tuer par une bande de triades; raison suffisante pour que le jeune homme décide de venger son maître... par les cartes ! Parallèlement, Dave Wong tente de récupérer sa fille et d'échapper à ses problèmes avec les triades. Les deux amis vont alors s'associer pour mettre fin aux agissements de leurs ennemis. Comme il a été dit plus haut, Casino Raiders 2 est en tout point plus romantique que l'original. Le film est fortement inspiré par A Moment of Romance, et il semble peu probable que le choix d'Andy Lau et Jacqueline Wu Chien Lien au casting, duo star du film de Benny Chan, soit une coïncidence. Casino Raiders 2 est le genre de film que l'on ne regarde pas pour son intrigue (prétexte), mais davantage pour chaque scène individuellement. Le film est parsemé de passages versant dans l'excès larmoyant et la surenchère dramatique. On sait les cinéastes hongkongais un peu sadiques, et les voir infliger autant de cruauté à leurs personnages prête tout autant à pleurer qu'à sourire. Il suffit de voir la fille de Dave Wong, élevée comme un animal par des "tuteurs" peu scrupuleux. On a alors un peu de peine pour la petite Chan Cheuk Yan qui prend décidément cher à chacun de ses rôles (c'était la gamine trainée par les cheveux lors d'une poursuite en bagnoles dans Fatal Termination). Ici, la petite est battue et attachée à un poteau comme n'importe quel chien. Difficile de rester sérieux face à la situation et au mélo kitsch de la réalisation de Johnnie. Devant un tel déchainement de violence, on peut se poser la question de savoir quelle approche adoptera Johnnie To. Le réalisateur dépeint ici une violence plutôt crue de la manière la plus romantique qui soit, amplifiée par les chorégraphies brutales de Tony Ching Siu Tung, aux antipodes du style drapé aérien que l'on aime lui attribuer. To parvient également à instaurer une atmosphère et une tension à l'ensemble, grâce à un montage et un usage de la musique très efficace.

Car c'est à la fois la grande force du film, mais également ce qui fait qu'un spectateur d'aujourd'hui aurait beaucoup de mal à entrer dans le "trip". Et pourtant, même pour l'amateur de cinéma de Hong Kong des années 90, il est bien difficile de rester de marbre devant tant d'élan romantique sur fond de cantopop : tristesse, violence, déchirement,... autant d'évènements exacerbés par la musique. Le film ne se contente pas d'être excessif uniquement dans sa mise en scène. Le scénario n'est pas en reste et se prête également à transcender l'ensemble. Comment garder tout son sérieux lorsque l'on voit Andy Lau perdre au jeu, sortir du bar en slip sur le ton le plus dramatique qui soit, tout cela sans une once de second degré ? Comment ne pas prendre un plaisir coupable lorsqu'on le voit tenter de réanimer sa fiancée qui venait de se faire noyer de manière barbare, le tout au ralenti avec des explosions en arrière plan ? Ou encore : Comment ne pas adorer le cinéma de Hong Kong de l'époque quand on y voit Dave Wong se couper la main pour récupérer sa fille ? C'est pourtant pour tous ces aspects que l'on adorera le film, plus que pour n'importe quelle autre raison "valable" pour un cinéphile moins averti.

Comme il a été dit plus haut, cette suite est très différente du premier opus. Tout d'abord parce que le scénario de Tsang Kan Cheung (Royal Warriors, My Heart Is That Eternal Rose) s'intéresse moins aux scènes de gambling qu'à la dramaturgie. Même ce qui est annoncé dans l'introduction comme la base de l'intrigue (une sombre histoire d'artefact ayant appartenu au dieu du jeu) est vite relégué au second plan, laissant une plus grande place aux personnages et à leurs soucis respectifs. Car il s'agit avant tout d'un film de personnages, exploitant au maximum la présence de son excellent casting. Andy Lau y est plus "stylish" que dans le premier opus, bien qu'il ait un rôle moins important. A côté de ça Anthony Wong est au sommet de sa laideur, affublé d'une moustache et d'une queue de cheval le faisant ressembler à Danny Trejo. Tous les personnages sont réunis pour s'entrechoquer lors d'affrontements "physiques" ou cartes sur table. Et bien que le gambling soit moins présent, le film offre malgré tout un final assez réussi, bien qu'en dessous du premier volet.

Casino Raiders 2 est un excellent divertissement qui demandera toute l'affection du spectateur pour remporter son adhésion. Plutôt que d'essayer d'entrer dedans par un jugement des qualités artistiques (bonnes ou mauvaises, peu importe), essayez plutôt de vous faire prendre par les sentiments, et peut-être découvrirez vous qu'il y a au fond un grand romantique qui ne demande qu'à verser sa larmichette devant quelques scènes dramatiques bercées par de la cantopop des années 90.
Anel Dragic 1/17/2012 - haut

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