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Critiques Express

Gang Master    (1982)
 Le chef d'un gang meurt et choisit son fils pour lui succéder et bouter les mongols hors de ce beau pays qu'est la Chine. Pendant la cérémonie d'investiture, un couple fait irruption et accuse le nouveau chef en question d'être un mongol lui même...

 Au début des années 80, la Shaw Brothers subit de plein fouet le succès de la compagnie de Raymond Chow. Les Wu Xia Pian ne font plus recette, et la compagnie tente tant bien que mal de survivre en se lançant dans tous les genres, y compris les œuvres délirantes telles que Buddha’s Palm ou Holy Flame of the Martial World. Gang Master constitue plutôt un retour aux sources, avec une intrigue à mi chemin entre ce que faisait Chang Cheh et le cinéma de Chu Yuan. Ce mélange de viscéral et de cérébral est finalement plutôt classique, mais son efficacité est redoutable.

De toutes manières ; un film dont le héros est campé par Austin Wai, c'est suffisamment rare pour qu'on s'y intéresse, surtout quand l'une de ses rares incursions dans le rôle principal s'appelle The Final Test, actionner sf délicieusement nihiliste. Quand en plus il est appuyé par Ku Feng, Chen Kuan Tai et Jason Pai Piao, il n'y a plus à hésiter. Mais le casting, aussi fournis que talentueux, est loin d’être le seul atout de ce Kung Fu Pian.

Bénéficiant d'une intrigue très bien écrite et sachant exploiter tous ses personnages, Gang Master est une des excellentes surprises de la shaw début 80's. Les complots et autres retournements de situation sont bien plus intriguants que dans un Lady Assassin, et les combats sont au moins aussi nombreux. Les chorégraphies sont plus sages que dans ce dernier, mais aussi plus techniques et effectuées avec une maîtrise admirable. Aucun affrontement ne se ressemble, et ils s'enchaînent toutes les 7 minutes environ, ne laissant jamais le rythme faiblir. Il faut dire qu’avec un tel casting d’acteurs martiaux, on est en droit d’attendre le meilleur. Et en effet, Austin Wai, s’il n’a pas la grâce d’un Yuen Biao ou l’agilité d’un Hsiao Ho, reste un excellent acrobate, et sa maîtrise est évidente dans toutes les joutes martiales auxquelles il participe. Chen Kuan Tai n’est pas en reste, et, à la manière de The Master, il se montre plus souple et plus ample que jamais. Lui dont le style paraît souvent un peu balourd comparé à d’autres acteurs, démontre une aptitude évidente à l’acrobatie, même si les figures les plus complexes ne sont pas à sa portée, n’ayant pas de formation d’acrobate.

Pourtant, et contrairement à bon nombre de productions de ce genre, l'intrigue n'est jamais reléguée au second plan. La dramaturgie est vraiment appuyée avec talent. La réalisation est d'ailleurs exemplaire, alternant les scènes au montage épileptiques pour faire monter la tension, les moments plus calmes pour installer l'émotion, et un équilibre idéal entre montage nerveux et lisibilité irréprochable lors des combats.

Le casting est parfaitement employé, avec un Austin Wai tout à fait crédible, un Ku Feng meilleur que jamais, et surtout un Chen Kuan Tai plus vrai que nature. Jason Pai Piao ne démérite pas, mais ce n'est pas une surprise. Ce film rappelle dans une moindre mesure les Election de Johnnie To, avec cette course au bâton et les intrigues qui la caractérisent.

Gang Master n'atteint pourtant pas, malgré ses très nombreuses qualités, l'excellence de What Price Honesty ?. En effet, quelques touches d'humour, peu nombreuses heureusement, viennent plomber un peu la dramaturgie. De même, si les combats sont magnifiques, on regrettera l'abus de câbles à quelques reprises, notamment lors de l'escalade d'une colonne.

Mais ces reproches sont vraiment anecdotiques quand on a un film de cette qualité, à ne pas rater!
Léonard Aigoin 10/27/2009 - haut

From Here To Prosperity    (1986)
 Un escroc vivant en Thaïlande doit honorer une promesse en vengeant la mort d'un d'un ami policier. Il croisera sur sa route un autre escroc fuyant hong kong et le disciple de ce dernier qui l'aideront à piéger l'assassin.

 Dans Desperado de Robert Rodriguez, Quentin Tarantino racontait, le temps d’un caméo, une blague aussi fine qu’efficace. Il était question d’un pari et d’un homme qui urinait sur un barman et son comptoir. Cette blague est en fait la scène d’introduction du personnage de David Chiang dans From Here To Prosperity.

Plus connu pour ses rôles chevaleresques chez Chang Cheh que pour ses prestations comiques dans les kung fu comedy d’Eric Tsang, l’ancien comparse de Ti Lung retrouve ici une star incontestée du rire, l’inénarrable Richard Ng. Réunir dans une comédie David Chiang et Richard Ng suffit à attirer l'attention. D’ailleurs leur association fonctionne mieux que le duo Richard Ng/Ti Lung, qui avait en sa défaveur un remake plaisant mais sans originalité des Fugitifs avec Pierre Richard.

La réalisation est confiée à un habitué du genre, Philip Chan. Acteur dans les Pom Pom (il a également réalisé le deuxième opus) ou dans Winners and Sinners de Sammo Hung, l’homme connaît son travail. Que ce soit pour enchainer les gags ou mettre en scène des scènes d’action spectaculaires, Chan est l’homme de la situation. Sans faire preuve de génie, il réalise en honnête artisan un travail efficace et jouissif.

Basé sur un humour purement hongkongais From Here To Prosperity enchaîne les situations cocasses à un rythme effréné. Difficile de s'ennuyer pour peu qu'on adhère à ce genre de divertissement. L’aspect technique est plutôt médiocre, comme dans la majorité des productions de l’époque. On sait à quoi s'attendre dans ce genre de divertissement, et ce n'est clairement pas de ce côté qu'on ira chercher satisfaction. Mais il serait dommage de se laisser rebuter par de tels aspects! L’humour n’est jamais répétitif, les situations sont plutôt originales, on a un peu l’impression de voir un pré Ocean Eleven du pauvre, avec des arnaques et des escroqueries bien trouvées.

Le casting repose avant tout sur son duo, mais on a également le plaisir de voir Wu Ma dans un petit rôle, Melvin Wong dans une apparition plus conséquente, quelques caméos comme ceux de John Sham et Philip Chan... Du point de vue de l’action, elle n’est pas abondante, mais reste très satisfaisante. Entre un combat de groupe qui permet à David Chiang de retrouver les épées et une fusillade homérique à la fin, il y a de quoi faire. Le final tranche d’ailleurs un peu avec l'ambiance bon enfant du métrage, et s'avère assez efficace.

Mais c’est incontestablement Le duo titre qui fait tout le sel du film. Richard Ng nous livre une fois de plus une prestation fabuleuse (voir son plaidoyer pour s'extirper d'une exécution certaine) et suffit largement à justifier la vision du film. David Chiang n'est pas en reste, et dans un rôle rappelant sa filouterie dans The Loot, nous montre qu'il peut être particulièrement décontracté et drôle. L'alchimie est parfaite, la dernière scène en étant le meilleur exemple.

Une comédie particulièrement jouissive, et un divertissement à ne pas manquer pout les fans de Richard ou Dave!
Léonard Aigoin 10/27/2009 - haut

Final Test    (1987)
 Dans le futur, le nouveau chef de la sécurité d'une entreprise découvre que les employés sont drogués afin d'être plus productifs. Parviendra-t-il à mettre fin à ces méthodes douteuse?

 En 1980, Peter Hyams, à qui l’on doit le très sympathique Time Cop avec Jean Claude Van Damme, s’essaie déjà à la science fiction avec le thriller Outland. Le film met en scène Sean Connery en agent de sécurité sur une station spatiale. Le héros enquête sur des morts bizarres et se retrouve bientôt la cible de mercenaires. Prenant place dans des décors claustrophobiques, le film de Hyams est intéressant mais un peu mou.

Réalisé en 1987 par Lo Kin, "The final Test" est un remake à peine caché du film de Hyams, mais s'avère nettement plus prenant que l'original sur plus d'un point. Austin Wai reprend le rôle de Sean Connery et ne s'en sort pas trop mal. Bien sûr, il n’a pas la présence de l’ancien Bond, et son peu d’expérience en tant qu’acteur principal se ressent, mais il donne le meilleur de lui-même et parvient à rendre son personnage attachant.

On a également le plaisir d'apercevoir Chin Siu Ho dans la poursuite-fusillade d'intro qui dure près de 10 minutes, Yuen Wah en directeur d'usine complètement froid, et Blacky Ko en pervers junkie à moitié punk. Petit caméo surprise d'Eric Tsang en chef de mission également, et de Billy Lau qui fait du Billy Lau.

Le casting est donc avant tout composé de seconds couteaux, mais tout le monde fait son travail avec conviction et enthousiasme. Les rôles ne sont pas écrits pour prétendre à des interprétations inoubliables, mais l’ensemble est tout à fait dans le ton.

Si les moyens ne sont pas ceux du film américain, le scénario privilégie ici l'action, pour notre plus grand plaisir. La moitié du métrage est en effet réservée à l'action. Principalement axée sur les combats à mains nues, elle s'oriente sur les fusillades homériques dans la longue introduction et le très long final. La diversité est au rendez-vous, et dans l'ensemble, c'est d'un niveau très agréable. Même si le gros de l'action se trouve au début et à la fin, il n'y a pas de ventre mou, car le reste du film est ponctué de combats, le rythme est donc très élevé. La dernière partie prend d’ailleurs un ton aussi surprenant que bienvenue, se transformant en véritable survival dans l’espace. Un genre peu habituel à Hong Kong, et c’est bien dommage quand on voit ce final spectaculaire.

Face au propos relativement sombre du film (qu'on ne mettra pas entre les mains de tout le monde, car avec la politique actuelle, cela pourrait donner des idées à certains), le réalisateur fait le choix de parsemer de quelques petites touches d'humour son récit, pour ne pas le rendre noirissime. L'ensemble reste cependant nihiliste et désespéré.

A ce titre, on appréciera les décors exploités avec intelligence. S'ils n'ont pas le degré de détails de l'original, leur sobriété leur confère une ambiance oppressante et un sentiment de claustrophobie marquée qui conviennent parfaitement au style du film. Seul regret, l'idée de départ ne conduit pas à des scènes chocs qui mettraient en exergue l'aliénation dont sont victimes les ouvriers, ce que l'original prenait plus le temps de faire. Mais on s'ennuyait ferme dans Outland, alors qu'on est plus que diverti dans The Final Test.

Pour une fois, le remake reste plus en mémoire que l'original, qui avait de plus fait le choix du vieux happy end.... Une très bonne surprise, et une incursion réussie dans un genre peu connu à HK, pour nous changer un peu de nos habituels films de sabres ou polars urbains.
Léonard Aigoin 10/27/2009 - haut

Aces Go Places III : Our Man From Bond Street    (1984)
 A Paris, sur la Tour Eiffel et dans La Seine, King Kong (Sam Hui) ne peut pas lutter contre ses instincts : il va donc une fois de plus essayer de voler un gros diamant, mais il est vite pourchassé par des bad guys. Heureusement, la Reine Elisabeth II d'Angleterre qui passait par là dans son sous-marin va sauver notre héros et lui confier la délicate mission de récupérer les joyaux de la couronne.

 Sam Hui, Karl Maka, un duo qu’on ne présente plus et qui rempile pour une troisième aventure. Exit Eric Tsang, et bonjour Tsui Hark à la réalisation. Considéré par beaucoup comme l’un des plus grands réalisateurs de Hong Kong, l’enfant terrible est en tout cas l’un des plus créatifs. Une affirmation qui parait difficile à défendre à la vision de ce troisième opus. Et ce même en prenant en compte le fait qu’il s’agit d’un pur film de commande. En effet, là où Eric Tsang insufflait un rythme enlevé à un divertissement jamais ennuyeux, Tsui Hark se perd dans du vaudeville cantonnais ennuyeux et sans génie.

Et pourtant on pouvait attendre le meilleur avec une scène d’introduction du meilleur effet. Les « Aces go places » commencent toujours très fort, et cet épisode n’est pas une exception. Tour Eiffel, méchants Bondiens, « sosie » de Sean Connery, apparition de la reine d’Angleterre…. La folie semble être une fois de plus au rendez-vous. Malheureusement, le rythme va retomber comme un soufflé et le film va rapidement s’embourber dans l’humour lourd sans rien de nouveau à proposer. Pourquoi changer une recette qui a fait ses preuves, me direz-vous, sauf que la lassitude s’installe bien vite.

Et ce n’est pas l’incursion de « Baldy junior » qui changera cet état de fait. L’enfant est des plus agaçant et ne sert ni l’intrigue, ni l’humour. Là où le trio de Pom Pom avait trouvé une dynamique qui évoluait naturellement de film en film, les personnages de Aces Go Places restent désespérément figés. L’humour est redondant, les situations sentent le déjà vu, et les scènes d’action se font cruellement attendre. Et quand action il y a, on regrette amèrement l’énergie et l’inventivité du second volet. Corey Yuen a beau avoir une approche plus moderne que Liu Chia Yung, il livre ici des poursuites et des affrontements bien moins efficaces que ce qu’a pu nous offrir le vétéran auparavant.

On sait que Tsui Hark est capable du meilleur comme du pire. De ce point de vue, Aces Go Places 3 n’est pas sans rappeler une autre grosse déception made in Tsui Hark : The Master. Ici, l’ensemble fonctionne un peu mieux, malgré tout, car le réalisateur n’a qu’à appliquer une recette déjà connue, ce qui limite les dégâts. Mais ce procédé trouve vite ses limites, en créant un sentiment permanent de frustration (puisqu’on a vu largement mieux ailleurs à la même époque).

Les acteurs appliquent également à la lettre ce qu’ils ont fait auparavant, sans rien changer, peu aidés, comme on l’a vu plus tôt, par un scénario sans intérêt. C’est d’autant plus regrettable qu’on ne retrouve même pas l’alchimie qu’ils partageaient jusque-là. Quelques nouvelles têtes sont censées apporter un vent de fraicheur, comme les caméos de Peter Graves ou Richard Kiel, mais cette succession d’apparitions fait plus gadget qu’autre chose, ajoutant un peu plus à la mascarade. Rien ne permettra jamais au film de décoller, jusqu’à un final aussi court que décevant.

A réserver uniquement aux inconditionnels de Tsui Hark ou de la saga, mais même eux risquent d’être déçus.
Léonard Aigoin 10/22/2009 - haut

Stoner    (1974)
 Un vilain personnage a mis au point une pilulle du bonheur, un aphrodisiaque sous forme de drogue. Arrrivée en Australie, celle-ci fait des dégats dans la jeunesse, dont la soeur de l’agent fédéral Stoner.Joint par une super agenr du FBI, ils vont essayer de mettre fin aux agissements de ce mégalomane dangereux. C’est ainsi qu’ils se retrouvent dans la forteresse où ils se retrouvent prisonniers et soumis à la torture...

 Stoner est un film qui partait sous les meilleures auspices : monté sur le nom de trois stars du cinéma d’action censées lui assurer les publics occidentaux (George Lazenby), hongkongais (Bruce Lee) et japonais (Sonny Chiba), il devait révolutionner le genre et rapporter à ses investisseurs de conséquents revenus. Sa distribution internationale était entre les mains de la Warner Bros. et la communication en place, avec un slogan percutant « It's Lee, It's Lazenby, It's Bruce vs. Bond ». Son titre d’alors, The Shrine of Ultimate Bliss.
Malheureusement, quelques jours avant le premier tour de manivelle, fans et financiers incrédules apprirent la mort soudaine de Bruce Lee… La légende veut que Sonny Chiba fût mis au courant de la nouvelle à bord d’un avion le menant sur le lieu de tournage ; à peine atterri, il repartit pour le Japon. Ne restait alors que George Lazenby, débarqué – de son propre chef - de la franchise James Bond cinq ans auparavant (après le pourtant remarquable Au service Secret de Sa Majesté / On Her Majesty’s Secret Service, 1969), et qui n’était apparu, depuis lors, que dans un médiocre film d’action parodique anglais (Universal Soldier de Cy Endfield, 1971, dans lequel aurait dû jouer Jimi Hendrix s’il n’était pas mort d’une overdose !), un honnête giallo franco-italien (Qui l’a vue mourir ? / Chi l'ha vista morire ? d’Aldo Lado, 1972) et, en 1973, un épisode de la très longue série télé anglaise Play For Today (325 épisodes de 75 minutes de 1970 à 1984 !). George pensait (re)lancer sa carrière internationale grâce à The Shrine of Ultimate Bliss en partageant le haut de l’affiche avec son professeur d’arts martiaux Bruce Lee. Mais la mort de ce dernier et le contrat qu’il venait de signer avec la Golden Harvest pour trois longs métrages le contraignirent à jouer dans ce qui resterait du projet initial, c’est-à-dire pas grand-chose…
Avec le départ de la Warner Bros., le film se privait d’une distribution internationale et du budget marketing qu’avait prévu le studio hollywoodien (on évoque le chiffre de 10 000 000 $). En conséquence, Raymond Chow n’eut d’autre alternative que de revoir également le budget de production à la baisse : de 10 000 000 $, un record pour une production asiatique, celui-ci passa à 850 000 $ ! Pire, il dut faire entrer le rival Run Run Shaw dans le financement du film…
Maintenant privé de Bruce Lee et Sonny Chiba, le long métrage voit son scénario modifié, ainsi que son titre, devenu Stoner. George Lazenby reprend le rôle écrit pour Bruce Lee tandis qu’Angela Mao reprend celui initialement attribué à George !

Stoner (George Lazenby) est un policier australien qui enquête sur un trafic de drogue à Sydney. Devenant un danger pour les criminels, ils kidnappent sa fiancée, Mélanie, et lui font subir une overdose de « pilules de la joie » afin de l’impressionner. Malheureusement pour eux, le résultat n’est pas celui escompté et Stoner décide de partir sur leurs traces à Hong Kong.
Pendant ce temps, une policière taïwanaise, Li Shao Hu (Angela Mao), est également chargée d’enquêter sur des trafiquants de drogue qui utilisent de gigantesques cargos pour faire voyager leur poison entre Taipei et Macau. Elle parvient à rejoindre l’île qui leur sert de quartier général et s’avère être le repaire du cerveau derrière l’organisation, Mr Big (Wang In Sik).

Dès l’ouverture du film, cela ne fait aucun doute, les prétentions artistiques de ce bon vieux Raymond Chow ont été revues à la baisse : le spectateur se trouve devant une pure œuvre d’exploitation ! Une espèce de gourou vaudou (Samuel J. Peake), juché sur une estrade, enjoint ses fidèles, hommes et femmes à moitié nus, à prendre des pauses lascives, voire plus si affinités… Apparaît alors une femme en culotte, Melanie (Rose Romanolee), qui se jette aux pieds du gourou et lui réclame des « pilules de la joie ». S’ensuit alors une orgie qui s’achève par la mort de la femme, droguée. La séquence est longue, vulgaire et complètement dispensable, du racolage pleinement assumé. Stoner – curieux nom pour un policier des narcotiques ! – arrive alors sur les lieux de la mascarade pour y trouver le cadavre de sa « belle ».
Autre beau moment d’exploitation, le repaire de Mr. Big tout droit sorti d’un comics américain avec le bureau-pupitre du méchant qui tourne devant une carte du monde sur laquelle des dizaines de petites lampes clignotent…

Le personnage de Stoner, incarné donc par l’ancien et fugitif « deuxième James Bond » George Lazenby, est décalqué d’une figure très à la mode au box office en ce milieu des années 70 (à défaut d’au sein de la critique bien pensante), l’inspecteur Harry Callahan. Macho dans sa relation avec les femmes - elles passent vite à la casserole -, il est entêté, a la réplique cinglante, frappe plus qu’il ne parle et porte une grosse moustache (même s’il la rasera bizarrement au cours de l’aventure, peut-être du fait de la pelade – alopecia areata – qu’il attrapera pendant le tournage !). Lazenby est fort à l’aise dans les scènes d’action et, bien qu’il n’utilise pas vraiment le kung-fu, n’a pas à rougir de sa performance. Il est cependant évident que face à des athlètes comme Sammo Hung et ses collègues, rapidité et dextérité lui seraient fatales en temps normal… (Le spectateur notera avec amusement la différence de taille entre George et ses opposants !)
Bruce Lee n’étant plus de l’aventure et le public restant friand d’arts martiaux, Raymond Chow eut l’idée d’engager Angela Mao pour adjoindre aux gentils une vraie pratiquante, quelqu’un qui pourrait s’opposer avec sérieux à Sammo Hung et Wang In Sik. Grâce à ses étonnantes capacités martiales, le spectateur retrouvera ses marques à l’occasion de beaux combats dans un bateau ou dans de sombres ruelles, et surtout au cours d’un final de premier ordre qui vient quelque peu redorer le blason du film.
Angela Mao partage donc la vedette avec George Lazenby et mène son enquête en parallèle, situation aboutissant à la coexistence de deux films, deux aventures qui ne semblent jamais se croiser, en tout cas jusqu’au deux tiers du métrage. C’est finalement à partir de cet instant que Stoner démarre réellement, alors qu’ils pénètrent dans un temple où les méchants ont élu domicile. Capturés, on va leur administrer de la « drogue de la joie » (et Stoner sera « stone ») et les enfermer dans une cage, comme de vulgaires lapins…
Le reste du casting est composé de toutes les gloires, petites et grandes, de la Golden Harvest (un seul absent, Jimmy Wang Yu, qui se rattrapera dans The Man From Hong Kong en reprenant le rôle initialement dévolu à Bruce Lee) : Sammo Hung – également crédité en tant que chorégraphe -, Betty Ting Pei – en rupture de la Shaw Brothers et amante présumée du Petit Dragon -, Wang In Sik, Wilson Tong… et les apparitions de Yuen Biao, Yuen Wah, Ching Siu Tung.
A la mise en scène, on retrouve une valeur sûre de la Golden Harvest, Huang Feng, ancien assistant-réalisateur transfuge de la Shaw Brothers auquel Raymond Chow permit de diriger son premier film (ironiquement, il tournera son dernier long métrage pour Run Run Shaw en 1979 !). Plus à l’aise dans les films en costumes que dans les récits contemporains, son travail est honnête à défaut d’enthousiasmant.

Au final, Stoner s’avéra une excellente opération financière pour Raymond Chow ; on estime à 25 millions de dollars les recettes mondiales pour son exploitation en salles et à 15 millions de dollars celles de son exploitation vidéo (chiffre de la fin des années 80). Qu’en aurait-il été avec une distribution internationale et Bruce Lee au générique ?
Les investisseurs ne s’y sont alors pas trompés : moins de deux mois après la sortie du film sur les écrans hongkongais, des studios anglais et australiens étaient en relation avec la Golden Harvest pour coproduire le prochain long-métrage de George Lazenby, The Man From Hong Kong, film dont le budget devait être encore plus important que celui de Enter The Dragon (record de l’époque pour un film « partiellement » asiatique). Celui-ci et le suivant, A Queen's Ransom se verront distribuer dans le monde entier, privilège auquel ne pouvaient alors prétendre que les longs métrages de Bruce Lee.
David-Olivier Vidouze 9/25/2009 - haut

Beyond Our Ken    (2004)
 Une jeune femme éconduite (Gillian Chung) va trouver la nouvelle fiancée (Tao Hong) de son ex petit ami (Daniel Wu) pour lui faire une révélation : celui-ci a publié sur Internet une photo d'elle nue après l'avoir quittée. Elle va alors lui demander assistance pour pénétrer au domicile de l'indélicat et effacer de son disque dur l'ensemble des clichés existants. (DOV)


 Après un Men Suddenly In Black original, même si n’allant pas au bout de son concept, Edmond Pang s’est bâti une réputation élogieuse parmi les réalisateurs Hongkongais actuels. Sachant apporter un regard neuf à un cinéma désormais balisé, il fait partie des cinéastes ayant envie de changer les canons de réalisation. Génie pour les uns, arnaque pour les autres, Pang divise. Mais peu importe le côté où on se situe, on ne peut pas nier ses tentatives de faire autre chose.

Sur le thème classique du triangle amoureux, Pang ne livre pas une comédie romantique comme on pourrait l’attendre, par exemple. D’ailleurs, il parait réducteur de définir Beyond Our Ken par un genre unique. Comédie, Thriller, chronique sentimentale…. Le film est un peu tout ça à la fois, parfois un peu moins, parfois un peu plus. Bâtie entièrement autour du duo d’actrices principales, l’intrigue ne s’embarrasse pas de personnages ou de lieux superflus. Hormis les figurants, il n’y a pas plus d’une dizaine d’acteurs, et les décors ne sont guère plus nombreux. Un procédé qui n’effrayera par quiconque a eu l’occasion de voir un film de la trempe de Memento. Mais restons réaliste, Beyond Our Ken ne partage rien d’autre avec ce film. La réalisation quant à elle ne multiplie pas les effets et reste sobre.

Cette simplicité technique permet une étude de caractères approfondie. Et c’est la plus grande force de Beyond Our Ken : des personnages écrits et construits, plus que des corps qui débitent des dialogues qui se veulent virtuoses (procédé dont certains réalisateurs ont fait leur spécialité).

Mais Pang parvient à éviter l’ennui en introduisant des scènes de filature et une ambiance de suspicion prenante. Ce qui est une qualité peut néanmoins être ressenti comme un défaut : on a tendance à attendre plus que ce que l’histoire a à nous proposer au final, et les quelques rebondissements sont des plus prévisibles. De fait, attendre de Beyond Our Ken plus qu’une simple tranche de vie partagée par deux jeunes femmes expose le spectateur à une amère déception.

Sans que le film ne verse dans l’esbroufe, la multiplication des genres pourrait être interprétée comme une volonté d’impressionner, alors qu’elle est l’une des facteurs de construction des relations.

L’ensemble se tient plutôt bien, même si au final il n’y a rien de remarquable, et encore moins de révolutionnaire. Les ambitions sont plus modestes qu’on pourrait le croire, et en ce sens, elles sont atteintes.

Mais un film se reposant principalement sur ses personnages ne serait rien sans des acteurs dignes de ce nom. Si on passera sur Daniel Wu, qui fait plus de la figuration qu’autre chose, on retiendra en revanche les deux actrices principales. L’une comme l’autre savent apporter le petit détail en plus qui fait du personnage une personne, sans jamais trop en faire.

Beyond Our Ken n’a rien d’un grand film, mais il constitue une petite réussite pour peu qu’on le regarde pour ce qu’il est.
Léonard Aigoin 9/23/2009 - haut

Night Corridor    (2003)
 Un photographe vivant à Londres se rend à Hong Kong pour l’enterrement de son frère jumeau. Sur place, il retrouvera une mère hystérique et des démons pas si passés que ça.

 Julian Lee est écrivain. Night Corridor est l’adaptation d’une de ses nouvelles, qu’il réalise lui-même, il rentre donc dans la définition de film d’auteur. Tout comme The Accident, du même réalisateur, il s’agit d’un drame, qui parait encore plus sombre. L’univers de Lee semble donc particulièrement noir. Mais Night Corridor n’est pas qu’un drame. Il s’agit également d’une incursion dans le registre fantastique.

Si le Japon a su se tailler une réputation flatteuse dans ce genre au cours des deux dernières décennies, on ne peut pas dire que les auteurs Hongkongais se soient illustrés avec autant de succès.

Alors Night Corridor est-il le film en mesure de prouver que l’ancienne colonie britannique peut devenir le nouveau territoire du cinéma fantastique ? Etant donné l’investissement à tous les niveaux de Daniel Wu (qui en plus d’être l’acteur principal est également producteur du film), et la passion de Lee pour défendre son œuvre, on est en droit d’attendre un scénario profond et riche pour un film intense.

L’incursion du fantastique dans le quotidien n’est pas sans rappeler la saga Silent Hill, et surtout sa source d’inspiration, L’échelle de Jacob, d'Adryan Lyne. Les photographies qui illustrent le générique évoquent immédiatement les créatures fantasmagoriques de ces œuvres, et l’ambiance pesante, chargée de secrets, se prête tout à fait à une représentation abstraite des tourments des personnages.
L’utilisation appuyée du tableau "Le Cauchemar" d’Heinrich Füssli est en effet référencé, et que la compréhension la plus minimale passera par des recherches après la vision du film. Dès lors, Night Corridor n’est plus un film qu’on regarde, mais une œuvre en kit, dont le film n’est qu’une pièce parmi d’autres.
Ce choix pourrait se justifier sur un film trop long pour développer toutes ses idées (encore qu’il resterait l’option de réaliser une suite). Mais sur un film d’1 heure 10, cela fait davantage penser à de la paresse de la part du réalisateur, et l’impression d’être escroqué devient tenace. Le manque de moyens explique peut être ce choix, mais n’excuse pas le manque de rigueur de l’ensemble.

Au-delà du sensationnalisme des fantasmes (l’inceste souhaité, l’homosexualité latente qui explose, les attouchements non punis qui continuent de hanter), le scénario n’a rien à proposer et se contente d’enchaîner les clichés au travers d’allusions et d’images baroques.
La quête identitaire tourne vite court et l’utilisation de l’occulte semble singer, sans la modestie que mériterait le projet, l’approche ésotérique du Angel Heart D’Alan Parker.
Le plan final achève de faire de Night Corridor une vaste plaisanterie qui se prend trop au sérieux étant donné son manque de contenu.

Du point de vue du casting, ce n’est pas beaucoup mieux. Daniel Wu y croit et se donne à fond, mais son jeu n’est pas naturel. Kara Hui quant à elle est tout simplement grotesque. Ne s’élevant jamais au-delà de la caricature (peu aidée, il est vrai, par un personnage mal écrit), elle impose son ridicule avec une telle énergie qu’on est vite consterné. Son personnage n’est là que pour permettre à Julian Lee de justifier son dégoût pour la gente féminine. L'auteur se contente également d’enfoncer des portes ouvertes avec le personnage du prêtre (très bien interprété par Eddie Ko).

Durant tout le film, on se demande s’il n’y a pas une part d’autobiographie, et jusqu’à quel point. En ce sens, Night Corridor, grande victimisation de son personnage principal, ressemble plus au procès qu’intenterait un enfant à ses démons qu’à une prise de recul sur la vie et ses épreuves. L'argument du fantastique parait alors n’être qu’un artifice puéril pour ne pas attaquer frontalement les persécuteurs.

Si on peut discuter longuement de Night Corridor, ce n’est malheureusement pas à propos de la richesse de son scénario, mais plutôt de ce qu’il semble dévoiler de son auteur.

L’aspect fantastique, aussi bâclé que superflu apparaît complètement gratuit. L'aspect chronique familiale ne brille guère plus et reste approximatif.

Night Corridor aurait pu être un bon film, un film important même, mais il reste un projet personnel (dans le mauvais sens du terme), prétentieux malgré son manque de profondeur et de maîtrise, et qui parvient à ennuyer sur une durée de moyen métrage.
Léonard Aigoin 9/23/2009 - haut

Rock n' Roll Cop    (1994)
 Après un hold-up sanglant perpétré à Hong-Kong par un gangster notoire (Yu Rong Guang), Hung (Anthony Wong), flic de son état, est envoyé en Chine populaire pour l'arrêter. Il va faire équipe avec un policier du cru, ayant lui aussi une dent contre la malfaiteur, ce dernier ayant tué quelques temps auparavant son ami. La situation se complique lorsque la fiancée actuelle du criminel s'avère être l'ex d'un des 2 flics.

 Si Kirk Wong n’a jamais eu le statut d’un John Woo, d’un Tsui Hark ou d’un Ringo Lam, le réalisateur reste une figure appréciable et appréciée du cinéma Hongkongais. Parfois acteur offrant des compositions aussi hallucinées que mémorables, c’est surtout en tant que réalisateur qu’il a su marquer les mémoires. Capable du classique parsemé d’éclats de fureur dont il est friand (True Colours ou Gunmen), c’est le tryptique Crime Story/Organized Crime & Triad Bureau/Rock'n Roll Cop qui en fera un réalisateur avec une vision.

Crime Story restera le film dans lequel Jackie Chan n’est plus le clown acrobate star, mais un véritable acteur qui vit son rôle (sans les mimiques exagérées d’un Heart Of Dragon ou les pleurs artificiels d’un Shinjuku Incident). OCTB, parfois appelé le Heat de Hong Kong a marqué les amateurs par l’intensité de son récit et l’âpreté de ses fusillades.

Rock'n Roll Cop vient conclure la trilogie en abordant frontalement les relations sino-hongkongaises. D’un point de vue technique, on observe le même soin que pour les deux autres films : photographie léchée, montage sec et nerveux qui rend la tension palpable, scènes d’action brutales et réalistes, et utilisation d’un filtre bleu qui donne un cachet particulier à l’ensemble.

Le scénario, vraiment conventionnel, n’atteint jamais la puissance émotionnelle des autres films du tryptique. On en oublie presque que ce film aussi est censé être basé sur des faits réels. Fini également le rythme haletant qui rend la chasse à l’homme trépidante. Kirk Wong semble vouloir poser davantage son récit, certainement afin d’accentuer l’empathie pour ses personnages. Malheureusement, le jeu forcené de Yu Rong Guang n’élève jamais son rôle au-delà de la caricature.

Les autres personnages manquent cruellement de profondeur, et ce n’est pas le jeu insipide des acteurs qui viendra y changer quoi que ce soit. Anthony Wong reste le meilleur acteur, mais livre une prestation décevante quand on sait ce dont il est capable.

Finalement, ce flic n’a de rock n’roll que son attitude vaguement rebelle, ses méthodes restant relativement sages. Sa guitare, il s’en sert pour jouer des ballades, aussi ternes que le reste de la bande originale, alors que les deux films précédents bénéficiaient d’excellentes mélodies.

Du point de vue des scènes d’action, on ne peut pas dire que le film soit inoubliable non plus. Quelques éclats de violence viennent pimenter un peu le récit, comme on pouvait s’y attendre avec le réalisateur, mais l’ensemble reste mou du genou. Deux scènes méritent le détour, sans pour autant faire du film un incontournable. La scène de filature tente de renouer l’exploit de celle qu’offrait Crime Story, et il faut avouer que la tension est au rendez-vous. Le final est plutôt brutal et bien amené, mais reste également en deçà des attentes.

Alors que Kirk Wong avait réalisé un sans fautes avec les deux premiers volets de sa trilogie des faits réels, livrant des œuvres percutantes et marquantes, Rock'n Roll Cop reste trop classique pour prétendre clore la trilogie magistralement. Mis à part le final aussi brutal que prenant et une scène de filature impressionnante, rien ne différencie ce film du flot de polars sortis à la même époque.
Léonard Aigoin 9/23/2009 - haut

Hong Kong Godfather    (1985)
 S’il est un terme qui semble définir Johnny Wang Lung Wei à la perfection, c’est celui de dur à cuire. Il suffit de voir ses prestations de sadiques dans les kung fu pians de la Shaw Brothers pour s’en convaincre. Et pour ceux à qui ça ne suffirait pas, il ne serait pas inutile de se pencher sur certaines des réalisations du bonhomme. Le très rock n’roll Angry Ranger en est le meilleur exemple, avec un Ben Lam qui a enfin l’occasion de montrer ce dont il est capable, à coups de machette, de pied, de poing, de chaise, de balai…

Hong Kong Godfather, film quasiment introuvable aujourd’hui, bénéficie d’un statut culte, et l’anticipation qui précède sa vision n’en est que plus importante. Alors Hong Kong Godfather, buzz mérité, confirmation de l’efficacité de Johnny Wang Lung Wei, ou supercherie ? Eh bien il semblerait que surévaluer un film que peu de monde a vu soit à la mode.

Comme son titre l’indique, l’intrigue se déroule dans le monde des triades et décrit les luttes de pouvoir inhérentes à ce milieu. Il est question d’amitié, de famille, de trahison… Mais malgré ces thématiques fortes, ne vous attendez pas à du Chu Yuan ou du Chang Cheh dans un contexte moderne.

Ici, tout est tellement plat, que la tentation de regarder autre chose ne quitte presque jamais le spectateur. Et la qualité du média n’est pas seule en cause, loin de là. Techniquement, le film est en retard de dix ans (et pourtant les standards des polars de l’époque n’étaient pas franchement élevés), avec une photographie inexistante et un rythme soporifique.

L’intrigue est sans enjeux, sans tension dramatique, on a plus l’impression d’assister à une succession de scènes destinées à combler le vide entre les (rares) scènes d’action qu’à une histoire construite. Certaines personnages apparaissent et disparaissent sans raison, et l’ennui est constant. Les acteurs font pâle figure, et leur look très connoté n’est pas un facteur permettant de les prendre au sérieux.

Hong Kong Godfather n’est même pas assez bis pour être un bon nanar jouissif. Ce serait un ratage complet sans les quelques éclats de violence qui parsèment le film. Les affrontements se font à la machette dans des geysers de sang. On est face à du combat de rue dans ce qui se fait de plus violent et de plus brutal. Le sang peint littéralement les murs. Les quelques combats qui précèdent le climax sont courts, peu nombreux, mais d’une intensité hallucinante. C’est bien simple, tout le monde y passe. Certains passages gores avec des enfants rappellent d’ailleurs au spectateur qu’il n’est pas devant un téléfilm de M6 (méprise compréhensible), mais bien devant un polar de Hong Kong.

Le final dure une bonne dizaine de minutes et rappelle par contre bien les massacres à la Chang Cheh, avec nos trois héros armés de machettes contres une armée de gardes dans le centre commercial qu’on retrouvera dans Mercenaries From Hong Kong. Johnny Wang Lung Wei s’invite même pour distribuer quelques mandales à Leung Kar Yan. Voir de tels acteurs dans un final de cette tenue est un régal, mais tout le reste est tellement long, mauvais, irritant que ce final à lui seul parvient difficilement à faire pardonner les nombreuses fautes de goût.

En effet, les scènes hors action sont tellement mauvaises que les quinze minutes d’action ne suffisent pas à faire de Hong Kong Godfather un bon film. On peut même difficilement parler de film tout court.

Un conseil, ne vous imposez pas la vision pénible du film et gardez la télécommande en main jusqu’au prochain combat.

Un final culte pour un film qui ne l’est pas.

Le film 3/10
Le final 9/10
Léonard Aigoin 9/22/2009 - haut

Coolie Killer    (1982)
 Une petite équipe de tueurs se fait massacrer durant un raid de nuit orchestré par un gang rival. Ko en est le seul survivant. Mais peut-être a-t-il été trahi. Après s’être remis de ses émotions, il jure de se venger et cela risque de faire mal....

 Les années 80 ont marqué un tournant dans le cinéma de Hong Kong. Après la suprématie qui s’étend sur plusieurs décennies de la Shaw Brothers, on assiste à l’émergence de petits studios aux moyens risibles face à ce que peut déployer la firme des frères, mais avec l’envie de changer un cinéma devenu désuet pour compenser. Finis les décors de studios et les costumes aux couleurs chatoyantes. Au revoir les sabres qui s’entrechoquent. L’ère du polar crasseux, urbain et réaliste est arrivée. Si on retiendra davantage un Long Arm Of The Law pour son importance historique, ou un On The Run pour son scénario aussi sombre que précis, Coolie Killer mérite tout de même de figurer dans la liste des films qui comptent.

La mise en scène de Terry Tong ne verse pas dans le superflu et vise l’efficacité. Chaque plan se justifie et apporte un détail qui fait vivre le récit. Chaque image fait l’objet d’une recherche esthétique qui ne fait pas dans l’esbroufe, mais illustre les tourments des protagonistes. Nul doute qu’Alfred Cheung avait ce film à l’esprit au moment de réaliser On The Run.

Le scénario est assez classique, voire simpliste, et reste ce qu’on pourrait qualifier de point faible. Non pas qu’il soit mauvais, mais il manque un contexte social élaboré pour apporter de la profondeur à l’intrigue et aux personnages. L’histoire parvient malgré tout à être prenante et réserve son lot de surprises. Les retournements de situation sont nombreux, sans être grandiloquents ou incohérents. Au contraire, ils s’insèrent naturellement au récit.

De ce point de vue, les éclats de violence prennent un peu au dépourvu, même s’ils sont prévisibles, car en phase avec le récit, Terry Tong et son équipe n’ayant manifestement pas peur de choquer le public. Coolie Killer reste avant tout un polar sombre, mais les quelques scènes d’action qui le parsèment sont d’une efficacité redoutable. Les chorégraphies de Tony Leung Siu Hung sont vives, brutales et spectaculaires, sans sacrifier la dimension réaliste des affrontements. Si certains effets ont un peu vieilli, l’ensemble reste très réussi, et on aimerait voir les polars d’aujourd’hui oser aller dans le jusqu’auboutisme avec autant de conviction.

Mais Coolie Killer est aussi l’occasion de découvrir Charlie Chin dans un autre film dramatique, bien avant sa prestation mémorable de ripoux dans On The Run. L’acteur, sobre, se montre convaincant, et nous fait ressentir brillamment l’évolution de son personnage, passant du statut de has-been à celui d’icône de film noir, retrouvant sa superbe pour un final varié, violent et réjouissant.

On appréciera également de retrouver Yueh Hua dans le rôle d’un flic sympathique à qui on ne la raconte pas. Les amateurs souriront également en voyant un tout jeune Danny Lee au look disco dans le rôle d’un commissaire strict mais pas trop.

Baignant dans une atmosphère envoûtante, Coolie Killer est un pré On The Run qui ne mérite pas de tomber dans l’oubli, et dont on ne peut que déplorer le master dégoûtant.

Reste une perle noire à découvrir à tout prix.
Léonard Aigoin 9/22/2009 - haut

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