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Critiques Express

Moment Of Romance II    (1993)
 Celia, une imigrée chinoise clandestine, est obligée de se prostituer afin de récupérer de l'argent qui permettrait de libérer son frère détenu en prison. Quand elle devient le témoin d'un meurtre dans une affaire de triade, elle est soupçonnée par les mafieux et par la police. Heureusement, Aaron Kwok va lui venir en aide.

 Les films de triades sentimentaux ne sont pas l'apanage de John Woo. Preuve en est ce A Moment of Romance II qui sert de suite non directe à un premier opus déjà très réussi. Oublions le couple tragique de l'original et repartons sur de nouvelles bases. On se retrouve donc ici avec un Aaron Kwok dans le rôle d'un jeune motard, tandis que Jacqueline Wu rempile dans le rôle de la jeune femme en détresse. Si le scénario reprend dans les grandes lignes le même schéma narratif, l'histoire varie aussi quelque peu.

Le récit commence sur Jacqueline Wu, une prostituée chinoise recherchée par les triades et la police après qu'elle ait assisté au meurtre d'un des boss de clan par un de ses hommes de mains. Dans sa fuite, un prince charmant joué par Aaron Kwok la sauve juste à temps et l'emmène en chevauchant sa belle moto rouge. Partagé entre le monde des courses de moto et l'univers des triades, le film poursuivra son exploration des personnages et les présentera comme des individus tous marqués par une fêlure, hantés par leur passé. Le charme opère très vite, notamment grâce à la pureté des deux acteurs principaux. Ce couple tragique parvient à susciter l'empathie du spectateur et ce dès les premières scènes. Les personnages secondaires se montrent aussi très intéressants, avec un Kwan Hoi San en flic, Anthony Wong dans le rôle d'un pilote de moto au crâne rasé, Paul Chun qui sert de père à Aaron mais aussi Roger Gwok dans le rôle complexe du meilleur ami d'Aaron.

Benny Chan compose avec cette suite un véritable mélodrame, à l'atmosphère désenchantée. Entre drame et romance, entre violence et larme, le film assume d'un bout à l'autre ses choix et son côté premier degré. Les scènes d'action sont froides, et les moments dramatiques sont larmoyants. La musique n'est pas pour rien dans la mise en scène et les fameuses chansons canto-pop, passage obligé avec Aaron au générique, parviennent à élever le tout. Mais ce qui touche le plus dans la mise en scène de Benny Chan, c'est le regard toujours juste qu'il porte sur l'action, le regard tendre qu'il pose sur ses personnages. Difficile alors de ne pas s'attacher à eux.

En fait, ce dont le film parle, c'est de ce moment de romance avant la mort. Il est assez rare de tomber sur des films romantiques qui ne parlent pas de l'euphorie amoureuse. Ici, la romance s'opère par des moments passés ensemble, par des non dits. Il fallait tout le talent du réalisateur pour ne pas tomber dans la mièvrerie.

Benny Chan réalise là un grand film romantique qui prends aux tripes. Finalement, un moment de romance, c'est quand le spectateur tombe amoureux du film.
Anel Dragic 8/19/2010 - haut

Kung Hei Fat Choy    (1985)
 Le dieu de l’argent descend sur Terre par hasard. Il va alors aider les gens en leur apportant bonheur et prospérité. Malheureusement, il se fait utiliser par des triades et perd tous ses pouvoirs divins. Qu’adviendra-il alors aux humains ?

 Les films de nouvel an tiennent à Hong Kong une place spéciale. C'est le moment de l'année où l'on sort des comédies avec un casting fédérateur et c'est donc un moyen assuré de faire des recettes. Difficile donc pour le spectateur de ne pas succomber à une belle affiche comprenant une bonne partie de stars qu'il peut apprécier. Le problème avec les comédies de nouvel an, c'est qu'il y en a à peu près autant (voire plus) de mauvaises que de bonnes. Et puis pour un film destiné à sortir à cette période, "Kung Hei Fat Choi" (la formule de vœux que l'on prononce au Nouvel An chinois) se devait de tenir ses promesses. On se retrouve malheureusement dans le cas présent avec un film qui, s'il n'est pas une bouse non plus, se montre plutôt médiocre au vu de l'affiche qu'il présente.

La Cinema City est durant les années 80, la compagnie reine des comédies et des castings "all stars". On peut ici se montrer plutôt content des talents réunis, bien que cela manque vraiment de consistance en comparaison de certaines grosses productions de l'époque. Si l'on retrouve le trio fondateur de la compagnie, Karl Maka et Raymond Wong ne font seulement qu'un caméo. Il nous reste donc un casting surtout composé d'Alan Tam en Dieu de l'argent, un Dean Shek en père de famille assez proche de ses rôles de pingres habituels, de Ben Siu dans le rôle du petit garçon binoclard (oui, ne cherchez pas à approfondir le personnage, ce n'est pas possible) mais aussi d'un George Lam qui interprète un rôle où on ne l'attend pas, c'est à dire de boss de triade. On notera aussi la présence de la sublime Ann Bridgewater, très présente dans les productions de la Cinema City qui joue la sœur de Dean Shek, comme quoi la beauté n'est pas de famille. Si les acteurs sont pour la plupart enfermés dans leurs stéréotypes, le problème vient surtout du fait qu'ils ne parviennent pas à rendre leur jeu véritablement bon.

Le scénario (mais y en a-t-il un ?) commence sur l'arrivée sur terre du Dieu de l'argent, tout droit tombé du ciel. Il fera la rencontre de Dean Shek et de son bambin. Mais très vite, les triades voient dans la divinité un moyen de se faire de l'argent facile. Pendant ce temps, Alan Tam a des vues sur Ann. Tout ceci sert globalement de trame au métrage. Jusqu'ici, rien d'imprévisible, mais il ne fallait pas trop en demander à une comédie de nouvel an.

Si le film brille, ce n'est certainement pas par son humour. Sans grande inspiration, le métrage se content d'aligner les pitreries d'un Alan Tam qui en fait des tonnes, tandis que Dean Shek (le maître en la matière) est relégué au second plan. Tout au plus pourra-t-on rire de George Lam qui passe tout le film à mettre des claques dans la nuque d'un Michael Chan Wai Man mortifié. Voilà qui aurait demandé rétribution dans un film de triades! Le film commençait pourtant bien, avec un grain de folie et un rythme proche des productions ZAZ. Ce début faisait preuve de quelques idées (une farandole de jouets animés par Alan Tam) mais très vite le film s'enferme dans sa routine monotone. Il faudra attendre la fin pour qu'une scène dans un magasin de jouets voit le dieu confronté à trois sosies des Ghost Busters, les "Devilbusters Triple". La fin confronte quant à elle le gouvernement à la divinité qu'ils prennent pour un ovni. Non, je ne me suis pas trompé, je ne voulais pas dire un extra-terrestre. Ils pensent véritablement que le personnage est un vaisseau qui a pris forme humaine… Sans commentaire.

Un autre élément fort déconcertant lors de la vision de ce film, c'est la musique. En majeure partie au synthé (corrigez-moi si je me trompe, je n'ai pas l'oreille musicale), la musique se montre ultra répétitive et prise de tête. De quoi assurer un spectacle déjà pas très réjouissant.

Kung Hei Fat Choy est donc une comédie assez moyenne et pas vraiment drôle. Quant à la réalisation de Dean Shek, elle se montre toute aussi poussive et sans ingéniosité que l'humour du film. Un film à voir par curiosité donc, mais pas à recommander.
Anel Dragic 8/19/2010 - haut

Where A Good Man Goes    (1999)
 Mickael Cheung (Lau Ching Wan), gangster repenti, sort de prison et s'installe à l'International Inn, auberge vétuste tenu par une veuve, Judy (Ruby Wong Cheuk Ling), élevant seule son enfant. Imprévisible et violent, il est peu respecté par ses anciens collègues refusant de lui rendre son argent et est constamment humilié par un flic antipathique. La réaction de Mickael sera brutale, mais Judy voyant en lui quelqu'un de généreux derrière ce masque de brute grossière, finira par lui faire comprendre que la violence n'arrange rien.

 Where a Good Man Goes se déroule à Macau et nous raconte le parcours de Michael (Lau Ching Wan), qui à sa sortie de prison atterrit un peu par hasard dans une auberge de quartier. L'endroit est tenu par Judy (Ruby Wong), une mère veuve qui n'a dans la vie que son auberge et son fils. Le tempérament de l'ex-taulard, qui entretient des liens étroit avec les triades, ne rend pas la vie très facile à cette petite cellule familiale. Dans le même temps, Michael tente de récupérer l'argent que certains lui doivent.

Bien que le film repose sur la relation entre Michael et Judy, ce qui vient faire tout le sel du film, c'est incontestablement la performance de Lau Ching Wan. L'acteur compose à la perfection un rôle de personnage violent, tantôt froid, tantôt attachant. Et c'est tout ce paradoxe qui rend le personnage aussi intéressant. On ne sait jamais vraiment comment l'appréhender. Si parfois on se prend à vouloir rire avec lui, l'instant d'après il peut se montrer véritablement monstrueux et détestable. Jusqu'à la fin du film, le personnage se montre ambigü et l'on hésite à voir son destin se finir bien ou mal.

La première partie du film, très centrée sur Michael cherchant à reprendre ce qui lui appartient est particulièrement réussie. Johnnie To et son directeur photo Cheng Siu Keung parviennent à retranscrire un univers urbain véritablement imprégné de la vie des rues de Macau, et plus particulièrement de sa face cachée contrôlée par les triades. L'atmosphère se montre très réaliste et l'on sent dans ces séquences qu'il y a du vécu. Les scènes de restaurant ou de karaoké, où se retrouvent Lau Ching Wan et Ai Wai sont véritablement puissantes. Cette ambiance polar est fort agréable et montre une fois de plus l'intérêt du réalisateur pour ces sphères du gangstérisme. Leur représentation est faite de manière viscérale et l'on regrettera finalement qu'elle soit délaissée dans une deuxième partie qui se montre plus sage.

Le film se présente comme une fable oscillant allègrement entre film noir et comédie légère, pour enfin aborder de manière délicate la romance. En effet, une relation complexe va se créer entre le gangster et la tenancière de l'auberge. Celle-ci se refuse à laisser entrer un homme aussi violent dans sa vie, surtout pour donner à son fils le mauvais exemple, mais elle s'amourache malgré tout de lui. Elle ressent le besoin de sa présence mais elle le déteste presque autant qu'elle l'aime. Leur relation sera mise à rude épreuve, notamment avec un personnage de flic borderline joué par Lam Suet qui tentera coûte que coûte de renvoyer Michael derrière les barreaux.

Si le film se montre attachant, on regrettera malgré tout quelques longueurs, avec des quelques passages à vide durant la seconde moitié du film. Mais ne boudons pas notre plaisir devant cette oeuvre soignée qui démontre le talent d'un réalisateur qui mérite sa reconnaissance.
Anel Dragic 8/18/2010 - haut

Big Heat    (1988)
 Un policier (Waise Lee) perd peu à peu le contrôle de la main qui lui sert à tirer. Prêt à démissionner, il apprend que son meilleur ami vient d'être tué par des malfrats. Il monte d'urgence une équipe de copains flics pour tenter, par tous les moyens, d'arrêter les coupables.

 Lorsqu'en 1988, Tsui Hark produit ce petit polar au casting relativement peu reluisant, il ne s'attendait certainement pas à ce que le tournage de celui-ci se révèle pour le moins bordélique. Cela tombe bien, l'oeuvre en question l'est tout autant. Mais comme le cinéma de Hong Kong sait se révéler particulièrement doué pour faire de bonnes choses avec tout et n'importe quoi, le résultat aboutira à une oeuvre plutôt réussie, qui n'hésite pas à aller au bout de ses idées.

Le film suit l'enquête d'une équipe de l'O.C.T.B. (Organized Crime and Triad Bureau) composée de Waise Lee, Philip Kwok, Matthew Wong et Lionel Lo. Cette bande de flics incorruptibles et durs à cuirs enquête sur la mort d'un de leur partenaire en Malaisie. Tout cela cache en réalité une histoire de photos compromettantes et de chantage, dont les ficelles sont tirées par un Paul Chu Kong effroyable. On notera que parmi ses hommes de mains se trouvent entre autres Roy Cheung et Michael Chow. Ce dernier, en véritable crapule, ira même jusqu'à soulever un enfant pour le jeter sur un flic.

Il est maintenant connu de tous que le film, dont la réalisation a été entamée par Andrew Kam, s'est poursuivit avec Johnnie To à la caméra mais avec un montage final comprenant des prises de vues shootées par Tsui Hark. Un tel mélange de talents ne pouvait visiblement pas créer une oeuvre homogène et en effet le film fait preuve d'une certaine émulsion visuelle qui fait finalement tout son intérêt. Les scènes d'actions au départ plutôt classiques sont ainsi truffées d'inserts gores virant parfois au grand guignolesque. Cette manière de verser dans l'ultra violence donne ainsi une teinte graphique excessive mais attachante, souvenir d'une époque ou le cinéma se montrait beaucoup plus artisanal. Et en parlant de teinte graphique, il est bon de noter le travail fait sur les éclairages, très beaux, notamment lors d'une scène dans une ruelle (ou plus probablement dans un studio) où tous les angles sont braqués par des lumières rouges ou bleues.

La mise en scène des gunfights se montre très hétérogène et alors que certaines peuvent tout à fait se montrer hystériques, d'autres font beaucoup plus penser au travail actuel de Johnnie To, avec un travail sur les éléments statiques et les ralentis laissant une grande place à la tension. Le gunfight dans l'hôpital (et oui, encore un) est à l'opposé de cette tendance et se montre beaucoup moins calme. Cette séquence d'action frénétique fait place à des mouvements de caméra à vous tordre le cou (ou à vous retourner un oeil) pour peu que vous ne soyez pas épileptique.

On notera le ton particulièrement sombre du film, qui se montre très violent et rarement sentimentaliste. A ce titre, la musique (composée par Lo Ta Yu et David Wu) est très réussie et sait se montrer crépusculaire voire westernienne par moment, ou encore héroïque quand il le faut. Une véritable réussite qui porte le film là où techniquement, la mise en scène seule aurait trainée la patte.

The Big Heat est finalement une oeuvre assez fourre-tout et précurseur pour son époque, qui pourrait être un avant goût des folies visuelles que déploiera Tsui Hark sur son désormais culte Time and Tide. En attendant, le film reste comme l'un des petits classiques de la Film Workshop qui aura d'une certaine manière apporté une pierre à l'édifice.
Anel Dragic 8/18/2010 - haut

Swordsman And Enchantress    (1978)
 Le monde martial est à la recherche du « Deer cutting Sword », un sabre forgé par le mythique Xu Ruzi (Tang Ching), sensé donner un immense pouvoir à qui le détiendra et capable de trancher n’importe quel matériau. L’arme tombe finalement entre les mains d’une bande d’hommes à la solde de Lian Chengbi (Anthony Lau Wing), chef de clan issu d’une très riche et respectable lignée.
La satisfaction est de courte durée car un épéiste (Candy Wen Xue Er) qui dit s’appeler Xiao s’en empare. Pire que ça, il tente de kidnapper quelques jours plus tard Chen Bijun (Cheng Li), la femme de Lian Chengbi. Mais le véritable Xiao (Ti Lung) veille et la délivre. Les deux adultes tombent bientôt amoureux… (DOV)


 Chu Yuan est l'homme des retournements de situation. De TOUS les retournements de situation. Pas seulement scénaristiques, non. Il est aussi capable de terminer un film qui commence très mal, d'une manière tout à fait honorable. Ce genre de transformation est assez rare dans le cinéma, les films ayant plutôt tendance à s'essouffler au bout d'une demi heure, mais Chu Yuan nous prouve qu'avec un peu de volonté, on peut même faire l'inverse.

L'histoire commence de manière vraiment confuse sur le vol d'une épée. Nous sont montrés coup sur coup divers camps dont il est au premier abord impossible de comprendre qui est avec qui. Difficile dès lors de faire la distinction des objectifs de Candy Wen, Anthony Lau, la bande à Yuen Wah et ses potes tous habillés en blanc, et même des zombies dont l'utilité m'échappe encore. Un joyeux bordel je vous dis! Dans un tel bric à brac, le réalisateur ne pense même pas à s'attarder sur la psychologie des personnages et leurs motivations. Peu importe me direz-vous quand je vais vous annoncer qui sont lesdits personnages.

Ti Lung pourrait représenter à lui tout seul tout le manque de finesse du scénario. Il incarne donc un rustre, très caricatural, habillé en noir et affublé d'une barbe. Un personnage que l'on pourrait aisément qualifier de Baboulinet du wu xia. Le scénario part lui aussi dans tous les sens et soudainement, une relation amoureuse qui tombe comme un cheveu sur la soupe se profile avec Cheng Li, elle même déjà la femme d'Anthony Lau. Chu Yuan y va aussi sur la romance avec la délicatesse d'une formule 1, en faisant intervenir Lily Li dans le rôle d'une épéiste exhibitionniste. Des personnages qui auraient put être intéressants, il ne reste que quelques méchants qui n'apparaissent malheureusement qu'à la fin. Le genre de mégalo à la personnalité complexe qui feront sourire, mais qui s'avèrent au moins dotés d'un motif.

Pendant toute sa première moitié, le film ressemble à un imbriquement de scènes qui se succèdent, sans recherche de la moindre fluidité dans le montage. Beaucoup de scènes de combats notamment. Heureusement, celles-ci (dirigées par Tang Chia) ne sont pas trop mal torchées. Des combats en plan séquences, avec des chorégraphies très opératiques. Ces affrontements se faisant sur un style de duel très westernien. Le combat entre Ti Lung et Anthony Lau est assez beau. Le final contre Tang Ching se montre en revanche beaucoup moins fin, à l'image du reste du film.

Les décors se montrent au départ particulièrement sobres, pour du Chu Yuan. Des compositions tout d'abord assez foisonnantes, remplissant le cadre de tout un tas de choses très artificielles qui feraient passé le lieux pour une maison de poupées. Chu Yuan s'amuse énormément à obstruer la vision en planquant sa caméras derrières des branchages, mais aussi en jouant avec les flous. Un beau moyen de donner un ton assez bordélique à l'ensemble. Ne soyons pas médisant, il arrive malgré tout à donner de belles images, avec de belles teintes, qui transpirent le tournage en studios.

Malgré tous ces effets ultra-caricaturaux de son style, Chu Yuan parvient à nous intéresser à l'intrigue au bout de la première heure. C'est à dire lorsque l'idée de miniaturiser les personnages et de les enfermer dans un village playmobil lui vient à l'esprit (ou plutôt à l'esprit de Gu Long. Quoique, je n'ai pas vérifié). A partir de ce moment, il s'en donne à cœur joie avec les rebondissements et les lumières psychédéliques. Un revirement plus barré, mais assumé, qui s'avère plus plaisant que le foutoir de la première partie.

En résumé, Swordsman and Enchantress est un film étrange. Autant raté qu'agréable. Aussi moche que beau, qui parviendra surement à plaire aux fans du réalisateurs. Mais si vous n'adhérez pas à son style en temps normal, passez votre chemin.
Anel Dragic 8/18/2010 - haut

King Eagle    (1971)
 Jin Fei (Ti Lung), surnommé King Eagle, est un chevalier redouté de tous. Pour autant, en individualiste forcené, il traverse la vie sans se mêler des histoires des autres.
Un beau jour, il découvre l'amour en la personne d'une belle et douce épéiste (Li Ching) et, par la force des choses, est contraint de s'engager. Le voilà bientôt au milieu d'une guerre de clans... (DOV)


 Les héros ne versent pas de larmes. C'est en tout cas ce que l'un des personnages du film nous dit (et que John Woo retiendra pour titrer son premier film de guerre). Cette question, plus ou moins sous-jacente au récit, fait état d'un questionnement tout à fait intéressant sur la figure du héros dans le wu xia pian. Chang Cheh est un grand romantique. On aura beau en faire l'apôtre du wu xia barbare, rien n'enlève au fait que la destinée et les états d'âmes de ses personnages sont au centre du récit et vont permettre au réalisateur de composer avec ces éléments des drames tout à fait exceptionnels. Ti Lung joue ici Jin Fei, un sabreur solitaire et reclus, qui se refuse à interagir avec les affaires du monde. Seulement voilà, parfois les affaires du monde deviennent ses affaires, auquel cas il vaut mieux ne pas se retrouver en travers de son chemin.

Il fallait bien des ennemis pour ce brave Jin Fei, et c'est toute une histoire de société d'arts martiaux composée majoritairement de malfaiteurs, dont le boss va se faire tuer. Cela cache évidemment une traitrise et les différents chefs (au nombre de huit) vont s'arracher la succession. Une histoire qui aurait laissé le sabreur solitaire de marbre si seulement quelques-uns de ses amis n'avaient pas été tués dans cette lutte pour le pouvoir.

L'un des rôles les plus intéressants du film est joué par Li Ching. Ou plutôt devrait-on parler des rôles puisque celle-ci n'incarne rien de moins que la loyale Yuk Ling mais aussi sa fourbe de soeur An Bing E, les septième et huitième chefs de l'organisation. Une dualité passionnante qui démontre l'intérêt du réalisateur pour les femmes vénéneuses mais qui laisse aussi entrevoir un point de vue plus positif sur la gente féminine, ce qui est relativement rare dans son cinéma. Peu à peu, une relation amoureuse se tisse entre Jin Fei et Yuk Ling. Une aventure attachante qui doit beaucoup à l'alchimie du couple Ti Lung/Ling Chi, aussi doué à jouer les amants que les ennemis.

Bien que le film fasse preuve d'une mise en scène élégante, on remarquera la sobriété de celle-ci en comparaison des expérimentations visuelles de l'ogre de Hong Kong à l'époque. Il est aussi regrettable de voir la pauvreté des décors en comparaison de ce que pouvait offrir d'autres films du réalisateur la même année (The Deadly Duo notamment).

Les chorégraphies de Tang Chia et Yuen Cheung Yan sont assez réussies. Bien qu'elles soient loin de se montrer aussi impressionnantes que celles qu'ils aient déjà composées, les combats se montrent malgré tout assez vifs et déchainés. Le nombre de corps pourfendus à la fin du film rentre dans les quota, dirons nous. De la même manière, les ennemis s'adonnent à des élans sadiques bien sentis mais assez soft en comparaison de la barbarie que l'on connait au cinéma de Chang Cheh, ce qui n'est pas une mauvaise chose si le réalisateur veut préserver le ton romantique du film.

On peut donc conclure que King Eagle est une petite réussite de Chang Cheh. Un film à la fois doux et violent. Émouvant et purgateur. La fin s'avère tragique, et le questionnement sur les larmes d'un héros trouve sa réponse, mais si vous voulez savoir si celui-ci va succomber au chagrin, c'est à vous d'aller le vérifier.
Anel Dragic 8/17/2010 - haut

Magic Cop    (1990)
 Lam Ching Ying est un policier contemporain qui est se trouve être le spécialiste des choses para-normales, un peu à la manière du prêtre taoïste des Mr Vampire. Avec l'aide de deux jeunes coéquipiers plutôt scéptiques, il va devoir affronter une belle mais très dangereuse sorcière-vampire japonaise (Michiko Nishiwaki).

 Après avoir débarrassé la Chine ancienne de ses vampires et autres créatures démoniaques, Lam Ching Ying n'en avait visiblement pas terminé avec sa lutte contre les forces occultes. Qu'à cela ne tienne, le revoilà dans les rues du Hong Kong urbain, à l'aube des années 90. Les américains ont eu Charles Bronson (ou Clint Eastwood, c'est selon), les hongkongais ont eu Danny Lee, les démons auront donc droit à Lam Ching Ying pour faire le ménage dans les rues d'une ville qu'il faut débarrasser de ses vampires et autres revenants.

Dans cette version de Mon "Fat-si" chez les gendarmettes, Lam Ching Ying sera confronté à l'impressionnante Michiko Nishiwaki en méchante démoniaque et ne manquera pas de croiser sur sa route un beau casting composé notamment de Billy Chow, Miu Kiu Wai et Frankie Chin, soit assez d'arguments pour attirer les amateurs.

Réalisé par l'excellent Stephen Tung Wei (Siu Ko dans A Toute Epreuve, l'élève de Bruce Lee dans Opération Dragon, mais surtout l'excellent chorégraphe du Syndicat du crime et de Pom Pom and Hot Hot), Magic Cop s'avère une vraie bonne surprise qui transpose avec aisance les codes de la ghost kung fu comedy dans un contexte urbain et moderne. La principale originalité du film étant bien sûr d'avoir placé l'action dans un tel cadre. Affublé de deux flics aussi peu expérimentés que ses disciples de la saga Mr Vampire, Lam Ching Ying se retrouve pris au milieu d'un triangle comique à l'humour tout ce qu'il y a de plus cantonais (c'est à dire assez gras pour vous boucher les artères). Si l'on peut être quelque peu agacé par ces longs tunnels comiques, les scènes d'action qui nous en sortent parviennent à éclipser l'ennui. Le film n'étant pas maladroit dans l'utilisation de ces deux registres, on remarquera tout de même avec quelle habilité Stephen Tung Wei jongle entre comédie et drame, sans que le film ne se perde dans ces alternances.

Les habitués de la ghost kung fu comedy ne seront pas dépaysés, mais si l'atmosphère des productions Sammo Hung n'est plus là, on n'y perd pas vraiment au change. On pourrait même parler de "ghost polar comedy". Les combats se montrent relativement rares sur la première moitié du film, mais une fois l'attente terminée, Stephen Tung Wei semble s'en donner à coeur joie dans un final aussi jouissif que ne l'est celui de Pom Pom and Hot Hot dans son genre. Qu'il s'agisse de combat par magies interposées ou d'un Billy Chow dont les kicks rattraperaient presque sa performance dans Pedicab Driver, ou bien encore d'une scène voyant Lam Ching Ying combattre des nuées de dalles volantes et de boules de feu, le film se montre généreux en action. Que dire aussi des méthodes de Lam Ching Ying ? En fait, ce serait un peu un MacGyver, mais au lieu d'avoir un couteau suisse, il aurait sa magie. Pour pister un suspect, pour dégeler un partenaire, le Fat-si utilise avec intelligence ses pouvoirs magiques. Une belle leçon puisque les deux flics qui de prime abord rejetaient ses méthodes, le considèrent à la fin du film comme leur Sifu.

Pour conclure, bien que le film continue à exploiter le filon du film de vampire avec Lam Ching Ying, on peut dire qu'il se montre assez réussi et contient assez de bonnes idées pour que le visionnage soit conseillé, même à ceux qui ont déjà bouffé du Fat-si en se tapant la saga des Mr Vampire.
Anel Dragic 8/14/2010 - haut

Saviour Of The Soul    (1991)
 Surnommés les "Sauveurs", Ching, Chuen et May sont trois justiciers qui traquent sans relâche les super-criminels dont le diabolique Siver Fox (Aaron Kwok). Son mentor ayant été naguère rendu aveugle par May, Silver Fox a juré la perte de la jeune femme et de ses prochs. Chuen est le premier à succomber. Pour sauver la vie de Ching, May décide alors de s'exiler. Mais par amour pour lui, elle va réapparaître un an plus tard, provoquant du même coup le retour de Siver Fox...

 Saviour of the Soul, jadis édité en VHS dans nos contrées par HK vidéo, représente à lui seule toute une mouvance esthétique qui s'est propagée dans l'ancienne colonie anglaise à la fin des années 80. En effet, le film doit tout son univers visuel aux productions de la Film Workshop, et dès lors, il n'est pas étonnant de comprendre pourquoi c'est HK vidéo (éditeur/magazine constitué à l'époque de grands fans du travail de Tsui Hark et de ses acolytes) qui avait édité le film dans l'hexagone.

Le film suit le chemin de différents personnages, mais particulièrement celui d'Andy Lau à la recherche d'Anita Mui, son grand amour qui a disparu après la mort de Kenny Bee, leur fidèle complice dans le film, qui n'était autre que l'amant d'Anita. Tout cela serait trop facile si l'on ne disait pas que Kenny a été tué par Aaron Kwok, en méchant dont le but est de venger son maître autrefois rendu aveugle par Anita. Vous l'aurez compris, Saviour of the Soul est un cocktail de romance et d'action qui n'hésite pas à verser sans finesse dans la comédie comme dans le drame, avec une facilité déconcertante. Sous ses apparats de tragédie romantique, le film montre les enchâssements des différentes attractions des personnages les uns pour les autres. Pour se figurer à quoi ressemble le récit, imaginez une toile d'araignée dont chaque fil reliant les personnages est l'expression de leurs sentiments mutuels. Disons alors qu'Andy, Anita, Kenny mais aussi Gloria Yip et Carina Lau sont tous amoureux d'un autre qui ne l'aime pas. Voilà pour les amours contrariés! Si l'on soulignera la performance d'Aaron Kwok en méchant ultra poseur bien loin de l'image du lisse chanteur pour adolescentes qu'il a l'habitude de renvoyer, on notera aussi le double rôle d'Anita Mui qui interprète aussi sa propre soeur extravagante, très cabotine, affublée d'une voix de transsexuel. Un bon contrepoint à son rôle de femme renfermée, qui montre l'étendu de son registre. Andy Lau quant à lui fanfaronne durant toute l'introduction du film avant de gagner progressivement en maturité. Une évolution qui manque malgré tout de nuance.

Le film est co-réalisé par le touche à tout David Lai et l'incontournable Corey Yuen. Il n'est cependant pas étonnant de voir qu'il s'agit là d'un film totalement impersonnel voulant s'approcher au plus près des expérimentations visuelles des films de la Film Workshop. Peter Pau restaure bien les teintes bleutées des tournages en studio, tandis que Yuen Tak imite assez bien les chorégraphies câblées de Ching Siu Tung, mais sans jamais atteindre le génie de ce dernier. Afin de coller un peu plus à ses prédispositions martiales, il ajoute cependant plus de kung fu que ne l'aurait fait le chorégraphe des Histoires de fantômes chinois. Le film se montre malgré tout très inventif visuellement et se donne un côté délirant très comic books qui n'est pas sans rappeler le diptyque de Johnnie To: Heroic Trio/Executioners. La scène de combat finale, dans laquelle Andy Lau affronte un Aaron Kwok enfermé dans un miroir, ou bien encore l'utilisation de drogues magiques qui le transforment en superman ne sont que quelques-unes des idées que renferme le film.

Saviour of the Soul mérite sa petite notoriété et il est bon de noter qu'une suite a été réalisée l'année suivante (1992), toujours réalisée par le duo Lai/Yuen. Ah, si seulement aujourd'hui un réalisateur hongkongais voulait bien se donner la peine de refaire un film de la sorte...
Anel Dragic 8/14/2010 - haut

Shaolin Avengers    (1976)
 Fang Shih-yu (Fu Sheng) et son frère Sai Yi (Bruce Tong Yin Chang) ont décidé de venger la mort de leurs parents, assassinés par les cruels membre du clan Wu-Tang, alliés des Mandchous. Ils sont bientôt rejoints par un troisième orphelin, Hu Wei Chien (Chi Kuan Chun), victime des mêmes tueurs.
A eux trois, ils vont commencer un entraînement difficile et douloureux qui les mènera à l’affrontement ultime. (DOV)


 Chang Cheh et les films sur la mythologie de Shaolin, c'est comme les films où Shing Fui On joue une raclure. A un moment, on arrête de les compter. Ce petit Shaolin Avengers sort donc en 1976, après toute la tripotée des Men from the Monastery et autre Five Shaolin Masters, c'est à dire quand le casting commence à se montrer moins prestigieux et que les Venoms ne vont pas tarder à prendre la relève.

On se retrouve donc avec un trio malgré tout sympathique composé du fanfaron Alexander Fu Sheng en Fong Sai-yuk, de Bruce Tong qui joue le rôle de son frère Fang Xiaoyu et de Chi Kuan Chun qui vient refermer le trio en interprétant l'implacable Hu Huigan. Les célèbres héros repartent donc casser du mandchou pour notre plus grand plaisir.

Bien qu'on ne sache plus vraiment distinguer qui de Chang Cheh ou de ses avatars réalisent les films pour lesquels il est crédité, ce Shaolin Avengers se montre particulièrement inventif et expérimente autant visuellement que de de manière narrative. Le générique, éclairé d'un rouge du plus bel effet se partage ainsi entre un jeu de mouvements et de pause assez beau.

Le film démarre sur le moine Bai Mei (Robert Tai, plus monolithique tu crèves !) qui s'approche d'une bataille particulièrement hargneuse. Le trio se voit contraint d'affronter une foule de mandchous. C'est là que la narration se montre réellement surprenante puisque cette séquence (qui s'étalera sur tout le film) sera entrecoupée de flashbacks montrant la destinée tragique de notre trio héroïque. Cette manière de raconter tout le récit dramatique depuis sa fin donne ainsi au film un ton assez pessimiste.

(attention, paragraphe spoiler, si vous souhaitez garder la surprise, passez au suivant !!)

Le film se compose comme un drame dans la pure lignée des précédents et reprend les valeurs chinoises traditionnelles pour en faire ses thèmes de prédilection (avec piété filiale et vengeance au rendez-vous). L'entraînement de Fong Sai-yuk nécessite l'abstinence et s'avère particulièrement masochiste. On n'en attendait pas moins du vieux Chang. Cette relation fraternelle homo-affective entre Shiyu et Xiaoyu est particulièrement intéressante, avec de belles répliques allant jusqu'au: "Maman a dit qu'après avoir été versé dans le vin, ta seule partie vulnérable sera l'anus". Sacré Chang va !!! S'en suit la rencontre avec Chi Kuan Chun et un entraînement à Shaolin particulièrement lent, qui donnent un sérieux coup de frein au film sur toute sa deuxième partie. Heureusement, le dernier acte relève le niveau. Cette partie offrira entre autre au spectateur, un combat avec des bâtons entre Chi Kuan Chun et la bande à Johnny Wang. Le final offre coup sur coup un combat sur pilotis entre Alexander Fu Sheng et Lung Fei puis la conclusion de cette bataille interminable entre le trio et Choi Wang et sa bande. Un final dont la conclusion ne peut qu'être fatale et qui voit le trio se faire exterminer, notamment Alexander Fu Sheng par Bai Mei qui lui enfonce une dague dans le derrière !

Les combats, chorégraphiés par Hsieh Hsing et Chan San Yat n'ont certes pas la maîtrise ni la beauté des chorégraphies d'un Tang Chia ou d'un Lau Kar Leung mais s'avèrent particulièrement réussis, même si ils manquent un peu de spontanéité. On regrettera aussi parfois le cadrage un peu trop serré dans les affrontements à un contre quarante, ce qui ne facilite pas la lisibilité de l'ensemble. La caméra portée et les filtres rouges sont aussi de mise pour ce qui concerne les expérimentations visuelles sur ce film, et leur utilisation lors du combat des deux frères Fang contre Leung Kar Yan et Jamie Luk est particulièrement réussie.

En définitive, on peut dire que ce film n'est pas si mauvais, contrairement à ce que laissait supposer son affiche. On pourrait même presque parler de bonne surprise. A conseiller aux amateurs des kung fu de Chang Cheh donc.
Anel Dragic 8/14/2010 - haut

Master    (1980)
 Un jeune étudiant en arts martiaux, pauvre et indiscipliné, sauve la vie d'une légende vivante du kung-fu gravement blessée suite à un combat acharné contre les "Trois Maîtres Diaboliques". En échange de soins, celui-ci lui enseigne secrètement - et contre les préceptes mêmes du kung-fu (qui considèrent comme traître tout élève prenant des leçons d'une autre école que la sienne) - son art. Pendant ce temps, les "Trois Maîtres Diaboliques" terrorisent la région et recherchent leur ennemi juré. (DOV)

 Tony Liu fait partie de cette catégorie d'artisans fort sympathiques à laquelle la Shaw Brothers aura donné des moyens substantiels pour donner libre court à leur créativité. Déjà réalisateur de quelques petits films de kung fu plus ou moins réussis (Stranger from Shaolin avec Cecilia Wong et Thompson Kao, c'était lui), The Master marque l'entrée de Liu dans la cour des grands. Car nous le verrons, le film n'a pas à rougir de la comparaison avec ses pairs de l'époque.

Dans les grandes lignes, l'histoire raconte l'apprentissage du jeune Yuen Tak dans une école de kung fu. Cependant, la motivation lui manque, ce qui fait de lui le pire disciple de l'école en question. Un soir arrive Chen Kuan Tai, blessé, qui lui apprendra ses techniques en secret lorsque le mauvais élève, qui dans le fond à bon coeur, le soigne en cachette. Dès lors, il en faut peu à Yuen Tak pour devenir un combattant redoutable, ce qui ne l'empêche pas d'appréhender les combats avec humour. Peu de temps après, le trio maléfique Johnny Wang/Chui Fat/Yuen Fai revient faire des siennes et ce sera au jeune héros en devenir de s'occuper de leur cas.

Le cas de The Master est intéressant, car le film arrive en 1980, à une période où le kung fu traditionnel est en déclin. A peine reste-t-il à la Shaw Brothers à produire quelques 36ème chambre de plus. Un manque de modernité qui provoquera à court terme la chute de la compagnie. La kung fu comedy explose, et il fallait bien ça pour que la Shaw réagisse. Qu'à cela ne tienne, les films de Lau Kar Leung vont dès lors se montrer plus léger et Tony Liu nous sert avec ce film un véritable mélange d'humour et de combat. Lau Kar Leung avait Hsiao Ho, qui pouvait donc endosser le rôle du petit malin dans le film de Tony Liu ? C'est tout logiquement sur l'une des sept petites fortunes, Yuen Tak, ici premier rôle du film, que la Shaw s'est tournée. Le jeune homme se montre parfait dans le rôle d'un jeune fanfaron qui n'est pas sans rappeler les méfaits d'un certains Jackie Chan période Drunken Master. Les seconds rôles ne seront pas en reste et la performance de Lam Fai Wong est à ce titre assez réussie.

Les chorégraphies sont composées par un Hsu Hsia au sommet de sa forme, mais aussi de quelques assistants comme Chui Fat (rappelons que les deux tourneront une dizaine d'années plus tard Crystal Hunt et Cheetah on Fire). N'y allons pas par quatre chemins, celles-ci sont de grandes réussites, laissant une grande place aux acrobaties et à la farce, dans la droite lignée du style de l'opéra de Pékin. Les performances de Yuen Tak ou encore de Chen Kuan Tai sont tout à fait remarquables. Ces chorégraphies, avec leur lot de sautillements et de pirouettes parviennent à tenir tête avec celles, plus style du sud certes, de Lau Kar Leung. La fin du film, où Yuen Tak affronte tour à tour ses ennemis parvient à mettre la barre toujours plus haut et le combat aux armes contre Johnny Wang montre le degré de technique qu'ont atteint les acteurs.

The Master est donc une oeuvre précieuse, qui représente la rencontre entre le style de l'opéra de Pékin et la Shaw Brothers à une époque où la kung fu comedy bat son plein. Et rien que pour Yuen Tak dans un premier rôle, tout amateur se devrait d'y jeter un coup d'oeil.
Anel Dragic 8/14/2010 - haut

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