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Critiques Express

Ip Man 2    (2010)
 Selon Raymond Wong (黄百鸣) le producteur et Wilson Yip (叶伟信) le réalisateur, l'opus 2 racontera l'arrivée du maître à Hong Kong en 1949. Ip Man (Donnie Yen /甄子丹) découvre une ville en désordre, où règnent la misère et la violence. A cette époque, il y avait à HK de nombreuses écoles d'arts martiaux qui se rivalisaient. Beaucoup étaient des émanations des triades qui s'en servaient pour recruter de nouveaux membres, entre autres. Ip Man, révolté par cette situation, va créer sa propre école en rétablissant les règles du wushu. Aussitôt, il est défié...

 C’est dans les vieux pots…

Si le cinéma de Hong Kong s’est illustré par vagues c’est parce que dans l’ex-colonie britannique, lorsqu’une recette fonctionne, on l’exploite jusqu’à ce que le public manifeste une certaine lassitude. Cet effet de mode s’est exprimé dans l’exploitation de genres, qu’il s’agisse du Wu Xia Pian, de la Kung Fu Comedy, ou encore du polar, mais aussi dans l’utilisation de personnages. Outre la surexposition de certaines stars qui monopolisent l’écran à longueur d’années, c’est aussi la mise en scène de personnages historiques jusqu’à l’excès qui définit une partie du cinéma de Hong Kong. Et si le champion de cet exercice reste certainement le médecin expert en arts martiaux Wong Fei-hong, avec plus d’une centaine de films dédiés à ses exploits, d’autres héros chinois ont peuplé les rêves des spectateurs dans des divertissements aussi spectaculaires que romancés. Car le but de ces œuvres n’est pas de s’inscrire dans une recherche historique crédible, mais de mettre en scène des exploits parfois surréalistes et en tout cas souvent exagérés. Dernièrement, c’est l’expert en Wing Chun, Ip Man qui est devenu la coqueluche des metteurs en scène et des chorégraphes de Hong Kong. Si Wong Kar Wai a annoncé depuis des années son projet de permettre à Tony Leung Chiu Wai d’interpréter le maître dans une biopic, c’est finalement le duo Wilson Yip/Donnie Yen, inauguré dans SPL qui a ouvert la voie avec un premier film tout simplement appelé Ip Man. Bien que les précédentes collaborations des deux hommes aient été l’occasion d’offrir au public des joutes martiales spectaculaires, il s’agissait de leur première incursion ensemble dans le Kung Fu Pian traditionnel. Le succès rencontré a non seulement permis à Herman Yau de profiter de l’engouement pour le personnage en réalisant une préquelle avec Legend Is Born - Ip Man, mais il fut aussi et surtout l’occasion pour Wilson Yip de mettre en chantier une suite.

A la force des poings

Si le public a répondu positivement à Ip Man, c’est pour plusieurs raisons. Tout d’abord, en ces temps où les wu xia pian dominent largement l’industrie cinématographique, l’arrivée d’un nouveau Kung Fu Pian aux chorégraphies moins fantaisistes, sans être une nouveauté, souffle comme un vent de fraicheur. Ce sentiment est également dû à la mise en valeur du wing chun, style de combat moins varié que d’autres formes plus anciennes de kung-fu, mais à l’impact visuel évident. Si cette technique a peu été exploitée au cinéma, les quelques tentatives pour l’illustrer ont donné des résultats reconnus aujourd’hui encore comme de grandes réussites. Sammo Hung s’en est fait l’un des portes paroles à la fin des années 70, en mettant en scène les exploits du maître Leung Chan dans Warriors Two, mais aussi et surtout dans ce qui reste l’un de ses films les plus appréciés, Prodigal Son. S’il existe d’autres d’exemples, antérieurs et postérieurs à ces deux œuvres, l’implication de Sammo Hung dans des combats basés sur le wing chun s’impose comme un gage de qualité. Il n’était donc pas surprenant que l’équipe s’attache ses services de chorégraphes pour mettre en valeur le wing chun de Ip Man. Les combats du premier épisode ayant convaincu le public, son retour derrière la caméra pour cette suite était assuré. Et le moins qu’on puisse dire est que son investissement a été important puisque Ip Man 2 est composé de pas moins de sept combats, dont quatre particulièrement longs et spectaculaires. Le wing chun est un style basé principalement sur le combat rapproché, en particulier les techniques de poing et les saisies. Les pratiquants évitent généralement les figures acrobatiques et la démonstration pure pour privilégier l’efficacité et la mise hors d’état de nuire rapide. Pourtant, la propension devenue excessive des équipes de Hong Kong à employer des câbles là où il n’y en aurait jamais eu quinze ans plus tôt a privé le premier Ip Man du réalisme pourtant nécessaire pour réellement s’immerger dans les affrontements. Pour cette suite, Sammo Hung a fait le choix de conserver une approche identique, utilisant une fois de plus les trucages pour rehausser les mouvements de certains acteurs dont l’âge a diminué l’agilité, ou encore pour atténuer la dangerosité de certaines chutes. Mais cet emploi reste inférieur si on excepte le fameux duel sur une table. Car l’une des forces de ce second opus est de varier les situations et les capacités des différents protagonistes, donnant lieu à des affrontements très différents.

Des combats d’anthologie

Si le wing chun reste la principale attraction, c’est en effet sa confrontation avec d’autres styles qui permet à Ip Man 2 de s’illustrer. Les premiers combats sont de facture plutôt classique, et permettent réellement de mettre en valeur la spécificité du wing chun. Donnie Yen s’y montre comme d’habitude, très impressionnant, grâce à la rapidité et surtout à la précision de ses mouvements. Il se montre très convaincant en maître de wing chun, grâce à une assurance qui s’exprime autant dans ses coups que dans sa tenue et son attitude. Mais certaines œuvres antérieures de la star l’ont prouvé, un festival d’action n’est convaincant que si les enjeux dramatiques sont immersifs. Ce qui n’est possible que si les opposants du héros sont suffisamment puissants pour représenter une menace réelle. Et quelle meilleure solution pour rendre un antagoniste imposant que d’employer un acteur dont le bagage martial est réel ? Ainsi, Sammo Hung ne se contente pas, cette fois d’œuvrer derrière la caméra. Il vient également nous gratifier de sa présence devant, dans le rôle d’un maître ancré dans la tradition et particulièrement rigide. L’acteur avait déjà eu l’occasion d’échanger des coups de poing avec Donnie Yen dans SPL, mais c’était son cadet qui occupait alors le poste de chorégraphe. Cette fois, c’est lui qui met en scène le duel, dans un style plus classique, parti pris nécessaire puisqu’il s’agit d’un Kung Fu Pian dont le but est justement de promouvoir une approche plus classique des arts martiaux. Ainsi, la fameuse scène du duel dans un restaurant s’impose comme l’épine dorsal de Ip Man 2, tant du point de vue dramatique qu’en termes de démonstration martiale. C’est également l’occasion de voir en action d’anciennes gloires du cinéma de kung fu, l’ancien Venom Lo Meng, et l’adversaire ultime de la Kung Fu Comedy, Fung Hak On. Celui qui s’est fait connaître comme le crapaud dans Five Venoms est malheureusement mal exploité. En le présentant comme une sorte d’acrobate, l’équipe impose immanquablement l’utilisation de doublures, puisqu’outre l’âge, Lo Meng n’a jamais brillé par ses capacités à bondir dans tous les sens, contrairement aux autres Venoms. Sa technique très particulière basée principalement sur les poings n’est pas non plus mise en valeur par un montage trop découpé qui privilégie les gros plans. Fung Hak On bénéficie d’un traitement plus appréciable, qui permet d’apprécier son agilité et sa vitesse encore bien réelles, même s’il lui est nécessaire d’avoir recours aux câbles pour certains mouvements.

Mais ces deux combats ne constituent que l’apéritif avant le face à face que tout le monde attend. Dès que Sammo Hung bondit devant Donnie Yen, on comprend que cette « revanche » sera au moins aussi marquante que leurs affrontements dans Sha Po Lang. Le contexte, imposant aux adversaires de rester sur la table, sous peine de concéder la victoire, permet de privilégier le combat rapproché, ce qui rend le physique de Sammo Hung plus imposant, et plus inquiétant encore. Les deux acteurs rivalisent de puissance dans des échanges longs et bien plus complexes que tout ce à quoi on a assisté auparavant. L’utilisation répétée de plans américains permet d’ailleurs d’apprécier leurs postures dans leur ensemble, et plusieurs plans sont composés d’une bonne dizaine de figures, ce qui est plus qu’appréciable de nos jours. La chorégraphie met autant en valeur le wing chun que la boxe Hung, donnant l’impression que les adversaires sont aussi puissants l’un que l’autre. Outre le rendu visuel extrêmement spectaculaire de l’affrontement, c’est la sensation qu’Ip Man n’est pas invincible, et que son adversaire représente une véritable menace qui rend le duel si puissant. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’un combat aussi réussi soit présenté dès le deuxième acte du film, et on a bien du mal à imaginer comment le final pourra rivaliser avec une telle démonstration.
La réponse est à la fois convaincante et dérangeante. Du point de vue chorégraphique, la présence d’un boxeur anglais interprété par Darren Shahlavi offre de nouvelles perspectives que n’aurait par permis l’utilisation d’autres styles de kung-fu. Cette dernière partie marque ainsi une véritable rupture avec les combats précédents et oblige Sammo Hung à se dépasser pour ne pas lasser le spectateur. Les deux derniers combats sont en effet relativement similaires, puisqu’il s’agit à chaque fois de l’opposition entre boxe anglaise et kung-fu. C’est ainsi l’occasion de constater que le chorégraphe parvient avec aisance à mettre en relief la singularité de chaque combattant, car malgré certaines figures identiques, chaque duel est unique. Sammo Hung en profite d’ailleurs pour nous rappeler que sa carrure ne l’a jamais empêché de se mouvoir avec beaucoup d’agilité, tout en lui permettant d’être réellement imposant. Son combat contre le boxeur est brutal et violent, sans pour autant sacrifier la complexité de la chorégraphie. Cette rencontre rappelle dans une certaine mesure certains affrontements du Born To Defend de Jet Li, tout en conservant une identité réelle. En comparaison, le coup d’éclat de Ip Man, tout en bénéficiant d’échanges extrêmement inventifs, reste moins marquant, tant chorégraphiquement que thématiquement.

Une force peut devenir une faiblesse

En 2010, on est en droit d’attendre d’un film qu’il s’appuie sur un scénario solide et bien écrit à défaut d’être inventif. Bien sûr, certains films de kung fu plus anciens bénéficiaient d’histoires très réussies, comme Prodigal Son, dont les personnages étaient bien plus intéressants que la moyenne de l’époque. Mais l’intrigue a longtemps été reléguée au second plan dans les fictions d’action de Hong Kong des années 80 et des décennies suivantes. Seulement la production cinématographique mondiale a fortement évolué et les spectateurs de séries B attendent dorénavant plus qu’une succession de scènes d’action. Et si le premier Ip Man présentait une intrigue simple, le côté tranche de vie était intéressant et permettait de suivre les péripéties du héros avec intérêt. Cet opus suit un schéma relativement proche, pour ne pas dire identique. La première heure est ainsi très réussie car elle évite la recherche du spectaculaire pour nous immerger dans le quotidien d’après-guerre. Ce parti pris presque intimiste est plutôt crédible, grâce à un travail minutieux sur la reconstitution et des décors convaincants. Les acteurs s’investissent également beaucoup, même si les talents dramatiques de Donnie Yen atteignent rapidement leurs limites, notamment lorsqu’il essaie de pleurer. L’antagonisme entre son personnage et celui de Sammo Hung est également d’une trivialité qui lui donne beaucoup de crédibilité. Mais c’est finalement la relation qui se noue entre Ip Man et son premier disciple, incarné par Huang Xiao Ming qui reste la plus touchante. En effet, le jeune acteur manifeste un charisme évident et démontre une aisance à véhiculer différentes émotions qui en font un artiste tout à fait prometteur. L’alchimie entre lui et Donnie Yen est également bien réelle et permet de donner beaucoup de force aux liens qui les unissent. Pourtant, dès cette première partie, certains éléments semblent superflus. On sent bien que le retour de Fan Siu Wong et Simon Yam ne sont destinés qu’à faire un clin d’œil appuyé aux spectateurs. Bien sûr, on pourra argumenter que leur présence permet de montrer les difficultés d’après guerre, mais leur apport dans l’intrigue est en vérité insignifiant.

Mais si le scénario de Ip Man 2 est une déception, c’est principalement à cause de son troisième acte. Dès l’arrivée des ignobles occidentaux sans foi ni loi, le récit verse dans la caricature, opposant le fier esprit chinois à l’ignominie occidentale. Le jeu des Gweilos est d’ailleurs aussi risible que les prestations les plus ratées des actionners des années 90. La présence du boxeur anglais, si elle est intéressante du point de vue chorégraphique, donne lieu à des scènes totalement déplacées, dans lequel le racisme et l’ignorance occidentaux sont montrés avec une complaisance proche de la xénophobie. Il suffit de voir ces plans sur le public occidental riant aux éclats d’un Ip Man ne connaissant pas les règles de la boxe. Wilson Yip perd toute mesure et cherche à tout prix à démontrer à quel point les fiers chinois ont du mérite face aux atroces occidentaux, discours totalement manichéen bien difficile à accepter de nos jours. Les élans patriotiques exacerbés existaient déjà dans le premier opus, face à l’envahisseur japonais, mais on sent cette fois une réelle rancœur dans ce traitement. D’ailleurs, comme dans le premier épisode, même le collaborateur de service finira par retrouver son esprit de patriote en se rappelant que l’envahisseur est ignoble et mérite le mépris. Ce traitement est d’autant plus regrettable qu’il atténue l’impact de certaines scènes. Le dernier combat de Sammo Hung répond ainsi thématiquement aux accusations de Ip Man et symbolisent la rédemption du personnage, tout en illustrant le chant du cygne d’une génération qui n’a pas su évoluer en restant trop ancrée dans une tradition trop rigide. Mais ce discours sonne vraiment faux au milieu de la démonstration xénophobe qu’est ce dernier acte.

Malheureusement, c’est bien souvent la dernière partie qui forge l’opinion que l’on a d’un film, et cette conclusion n’est pas la culmination des enjeux dramatiques développés dès l’introduction que l’on était en droit d’attendre. En tant que suite, Ip Man 2 est presque une copie du premier opus, aux qualités évidentes. Les combats sont réellement impressionnants, tout comme la reconstitution. Mais le scénario, qui réserve quelques scènes intéressantes et un parti pris de base convaincant, s’enlise dans des élans patriotiques à la limite de la xénophobie regrettables. En tant que divertissement pur, Ip Man 2 convaincra les fans, mais sa dernière partie risque de diviser.
Léonard Aigoin 8/6/2011 - haut

Looking For Jackie    (2009)
 Un jeune Chinois (Zhang Yishan) vit avec ses parents en Indonésie. Il aime le kung-fu et s'entraîne régulièrement à l'école locale où ses camarades se moquent de lui du fait de ses difficultés à parler sa langue, le chinois.
Le garçon décide de se rendre à Pékin dans l'espoir de travailler avec son idole, Jackie Chan. Après moult péripéties, il le rencontre enfin et celui-ci lui conseille d'apprendre le chinois (et connaître ses racines) avant d'étudier le kung-fu...


 Un produit Jackie Chan
Ce n’est pas un hasard s’il a fallu attendre Snake In The Eagle’s Shadow pour que Jackie Chan devienne une star. D’abord imposé comme simple clone de Bruce Lee, il revendique lui-même avoir eu besoin de s’éloigner de ce modèle pour exister. L’acteur va même jusqu’à déclarer qu’il s’est créer une identité d’anti Bruce Lee construisant son personnage comme l’opposé du petit dragon. La Kung Fu Comedy était donc le genre idéal pour se différencier de celui qui s’est imposé dans des films sérieux et souvent brutaux. Dans les années 80, quand les spectateurs se sont lassés du kung fu, Chan a adapté son genre au contexte plus moderne des polars urbains, comme l’illustre de façon spectaculaire l’une de ses plus grandes réussites, Police Story. Tout en mélangeant les styles, il s’est imposé comme une star plutôt qu’un interprète. En effet d’un film à l’autre, il a construit son personnage de Jackie Chan.

D’abord connu comme une sorte de clown casse-cou, il n’a eu de cesse de devenir une sorte de modèle, et surtout d’élaborer une personne d’image abordable et naturelle, qu’on pourrait presque considérer comme un membre de la famille. A ce titre, Gorgeous est un festival de séquences destinées à montrer à quel point Jackie Chan est un être sain qui boit du jus d’orange parce que c’est bon pour la santé et qui travaille dans le recyclage parce qu’il est soucieux de l’avenir de la planète. Outre ces messages simplistes, on pourra regretter que cette peinture idyllique paraisse tellement fausse. Et les nombreuses dérives publiques de Chan confirment que même lui ne se sent plus à l’aise face à cette image. Il a d’ailleurs cherché à s’en écarter à de multiples reprises, en particulier ces dernières années.

Mais la plupart des essais pour s’échapper de son rôle témoignent d’envies opposées. Myth reste l’exemple le plus flagrant, plus que l’acteur y interprète deux rôles, l’un comique, et l’autre sérieux. Ce grand écart ambitieux ne se révèle pas tout à fait convaincant, et il est intéressant de noter que c’est finalement le Jackie comique qui l’emporte alors que la version sérieuse finit par n’être qu’une illusion. Comme si, sans se l’avouer, la star était lucide sur le fait qu’elle s’est elle-même emprisonnée à jamais dans cette image de gentil garçon. Pourtant, ses efforts répétés pour casser cette réputation continuent encore et toujours. Mais au-delà des défauts d’un film comme Shinjuku Incident qui ne permettent pas de prendre ces efforts au sérieux, on constate que Chan continue d’entretenir cette image qu’il cherche pourtant à casser.

Comme s’il avait peur de perdre son public. Comme s’il ne savait pas comment vivre en dehors de son personnage (alors que ses frasques privées ne laissent aucun doute sur la superficialité de ce rôle). Looking For Jackie (retitré Kung Fu Master en France) s’inscrit totalement dans cette logique. Il s’agit d’une petite production qui fait suite à The Disciple, émission de télé-réalité dont le but était de trouver un successeur à la star. L’heureux élu devait être capable de prouesses physiques mais aussi faire preuve de charisme et de talents dramatiques. Ce film est donc l’occasion de mettre en valeur les capacités du jeune Zhang Yishan.

Directement pour la télévision
L’élément frappant dès les premières images est le manque de moyens alloués au projet. Comme si Chan n’y croyait pas vraiment. On l’a en effet vu plus généreux sur d’autres productions de débutants, comme lorsque Stephen Fung Tak Lun passa à la réalisation pour Enter The Phoenix. Ici, pas de beaux travellings ni de photographie travaillée. Juste une petite caméra DV portée à l’épaule, et surtout maniée avec autant de dextérité que pour un épisode d’une série télévisée. Et encore, certaines Séries, comme Wing Chun, bénéficient de budgets bien plus conséquents et d’une équipe artistique bien plus compétente. Car dans cette scène introductive, tout témoigne d’un amateurisme peu encourageant. La chorégraphie est molle et répétitive, le montage approximatif multiplie les gros plans et les faux raccords, et les interprètes bougent sans aucune conviction. On pourrait presque croire que l’équipe tente de parodier les films de kung fu des années 70, notamment par l’utilisation de plans inversés, mais les autres affrontements seront chorégraphiés et filmés avec le même manque de rigueur. Jackie Chan lui-même semble ne pas avoir envie de se prêter au jeu tant ses mouvements sont factices. Et dès que l’action se complique un peu, c’est une doublure qui prend le relais.

La défense des valeurs morales
Il est intéressant de noter que Kung Fu Master a été annoncé comme étant destiné à un public jeune afin de défendre certaines valeurs morales. Le travail (pour le parti), l’obéissance (envers la famille qui est elle-même obéissante envers le parti) et l’honnêteté (le parti doit tout savoir sur votre vie). Le paradoxe d’une telle ambition est de voir que la star, âgée de près de soixante ans, continue de véhiculer le mensonge selon lequel elle n’utilise jamais de doublure. Chan a longtemps construit sa réputation autour de l’idée selon laquelle non seulement il n’était jamais doublé, tout en ajoutant qu’il était le seul à tout faire lui-même, comme on peut l’entendre l’affirmer dans le documentaire Jackie Chan : My Story. Or, dès le début des années quatre vingt, il lui arrivait régulièrement d’utiliser des doublures, phénomène qui s’est bien sûr amplifié avec le poids des ans. Ces dernières années, il avait cessé de prétendre qu’il était un surhomme effectuant toutes ses cascades lui-même.

Dans Kung Fu Master, ce n’est pas lui qui aborde le sujet, mais le jeune héros. Cette déclaration aurait été l’occasion pour la star de s’amender en rétablissant la vérité et en expliquant que tout être humain peut se blesser, ressentir de la fatigue ou même de la peur. Au lieu de ça, tout en étant doublé, Chan, qui en tant que producteur connaît le propos du film, se moque d’un public auquel il prétend inculquer des valeurs. Mais, comme l’illustre la boutade sur les relations très étroites qu’entretient la star avec le gouvernement chinois (comment oublier ses interventions politiques des plus maladroites), on a réellement l’impression que Kung Fu Master est un film de propagande destiné à montrer à la jeunesse chinoise que les anciens ont toujours raison et qu’il ne faut jamais sortir du droit chemin.

Une écriture désolante

Néanmoins, les moyens employés pour faire évoluer le protagoniste sont des plus simplistes. Même en sachant que l’ensemble est destiné aux enfants, l’histoire est d’une incohérence incroyable. Le personnage de la jeune femme travaillant dans la police ne peut provoquer que le rire. Qu’il s’agisse de cette scène où elle invite un adolescent en fugue à dormir chez elle plutôt que de le raccompagner dans sa famille, ou bien de ses nombreuses interventions en civil pour arrêter un gang de kidnappeurs SEULE, il est impossible de prendre ce personnage au sérieux. Bien sûr, elle représente l’idéal policier tel que Chan le défend tant dans ses films qu’en tant que personnage public.

Elle est courageuse, intrépide, travailleuse et sportive. Mais elle n’a rien d’humain et ne bénéficie d’aucun travail d’écriture. Difficile dans ces conditions de se sentir investi. Le montage nous assène en effet des gros plans au ralenti sur les visages en pleurs accompagnés d’une musique grandiloquente pour nous faire comprendre le drame humain auquel nous sommes en train d’assister. Pourtant, sans une écriture rigoureuse, à défaut d’être exceptionnelle, le spectateur ne peut pas se laisser convaincre par de tels effets. Et ce n’est pas la voix off qui nous explique régulièrement les événements auxquels ont vient d’assister qui va remporter davantage l’adhésion.

Une drôle de promotion
Ces éléments obligent à s’interroger sur le sens du film du début à la fin. Difficile en effet de constater les qualités de Zhang Yishan quand la réalisation est bâclée et que le scénario est aussi mauvais. Le futur successeur est censé être aussi bon comédien que combattant. Finalement, ce sont davantage ses talents dramatiques qui sont mis en valeur puisque l’action n’est disséminée qu’avec parcimonie. Et de ce point de vue, on a bien du mal à comprendre ce qui a permis au jeune homme de s’illustrer davantage que ses concurrents. Ne manifestant pas le moindre charisme, il est plutôt inexpressif et s’exprime avec une voix monocorde. Il n’attire pas non plus particulièrement la sympathie.

Il ne parvient à être touchant que dans une scène, celle où il rencontre son idole. Malheureusement, l’intensité de ce passage est amoindrie par la mauvaise foi du discours moralisateur. Sur le plan athlétique, le jeune homme effectue quelques acrobaties sympathiques. Malheureusement, la mise en scène est particulièrement peu inspirée et ne permet pas de profiter pleinement de ces mouvements. Les combats en eux-mêmes ne présentent pas trop d’intérêt. Les figures martiales sont approximatives et s’enchaînent sans fluidité, et les mouvements sont mous et peu convaincants. Bien sûr, Kung Fu Master est plus une comédie d’aventures qu’un film d’action, mais quelque soit le genre, il est difficile d’adhérer à un produit bâclé et malhonnête.

Même en essayant d’être indulgent et de trouver des qualités, Kung Fu Master est un mauvais film, mal écrit, mal réalisé et mal monté. Pour un produit qui prétend inculquer des valeurs morales, il se construit sur plusieurs mensonges, paradoxe difficilement acceptable. Car Chan ne se contente pas de mentir sur son utilisation de doublures. En effet, même si on se doute qu’il ne sera pas présent pendant tout le film, le fait qu’il n’apparaisse pas plus de cinq minutes a de quoi déstabiliser et même décevoir les fans qui auront dépensé de l’argent pour assister à ses prouesses. A ne conseiller donc qu’à ceux qui veulent la collection complète des contributions cinématographiques de leur idole, en sachant que même eux risquent d’avoir du mal à trouver des éléments positifs.

Léonard Aigoin 7/21/2011 - haut

Snake In The Eagle’s Shadow    (1978)
 Un jeune étudiant en arts martiaux se fait constamment brocarder par ses camarades. Un jour, aidant un vieux mendiant, les deux hommes deviennent amis. Ce que le jeune homme ne sait pas, c'est que son vieil ami n'est autre qu'un ancien maître expert dans la technique du serpent. Ce dernier va donc lui enseigner sa technique ancestrale.

 Snake In The Eagle’s Shadow est à la fois le premier film mis en scène par le grand cinéaste/choréagraphe martial Yuen Woo Ping et le film qui a lancé Jackie Chan pour de bon sur la voie du vedettariat. À une certaine époque, l’idée que Snake et Drunken Master étaient les points de départ de la Kung Fu Comedy, créée par Jackie Chan à lui tout seul, était très répandue. C’était là une exagération simpliste bien que ces films aient effectivement constitué ensemble un point tournant dans le développement et la popularisation de la kung-fu comedy.

En 1977, le directeur des combats Yuen Woo Ping voulait faire le grand saut vers la mise en scène de films comme ses collègues Lau Kar Leung et Sammo Hung. En plus de créer des scènes d’action enlevées, ceux-ci avait également introduit de nombreux éléments comiques dans leurs films tels des kung-fu kids clownesques ou des duos contrastés humoristiques, et il semblerait que Yuen Woo Ping ait voulu aller lui-aussi dans cette direction. Ce dernier trouva un soutien en la personne de Ng See Yuen le plus grand producteur/ metteur en scène indépendant du cinéma de H-K avec qui il avait fait ses débuts comme chorégraphe en chef (Mad Killer (1970)) et travaillé depuis dans nombre de ses films (Secret Rivals Part 2, Invincible Armour)

Ng avait du flair pour découvrir des vedettes et exploiter des genres à succès tel le kung-fu au début des années 70 et maintenant il a du sentir que le kung-fu comique était la voie à suivre. Ng et Yuen s’entendirent très bien : Ng produisant et scénarisant le film que Yuen allait mettre en scène et chorégraphié. Ils décidèrent que le héros du film serait un kung-fu kid facétieux et que le cœur dramatique du film reposerait sur sa relation avec un mendiant truculent maître en arts martiaux, une sorte de personnage pittoresque récurrent dans le cinéma martial.

L’idée d’un tel duo peut avoir été inspirée par les personnages de Alexander Fu Sheng et Simon Yuen Siu Tien dans Shaolin Martial Arts (74) de Chang Cheh ou ceux de Gordon Liu et Chen Kuan Tai dans Challenge Of The Masters (77) de Lau Kar Leung. Le film de Yuen allait aussi reprendre certains éléments déjà vus dans le premier film de Sammo Hung : The Iron Fisted Monk, tel un kung-fu kid clownesque, une trame combinant vendetta et comédie, de même qu’un emploi conjoint de burlesque martial et d’humour irrévérencieux. Tout comme Monk, le film de Yuen serait également un film cantonais, langue de la comédie dans le cinéma local, alors que d’habitude, les films martiaux, même produits à H-K, étaient présentés juste en mandarin. Le fait que Yuen fut directement influencé par Monk ou si les similitudes entre son film et celui de Sammo sont dues à leur background commun de chorégraphes formés à l’opéra n’a jamais été éclairci.

Pour le casting du maître, Ng raconta plus-tard, qu’il a auditionné plusieurs candidats, mais qu’il s’agissait soit d’acteurs pas assez martiaux ou de maêtres martiaux pas assez acteurs. Finalement il engagea le propre père de Yuen, Simon Yuen Siu Tien qui était habitué à ce type de rôle. Trois frères de Yuen Woo-ping : Yuen Shun-Yee, Yuen Yat Chor et Brandy Yuen Jan Yeung allait également participé au film en tant que cascadeurs et chorégraphes, alors que Ng donna les rôles de méchants à son propre protégé, le grand kicker Hwang Jang Lee, de même qu’au disciple de ce dernier Roy Horan, un des rares gweilos à travailler dans le ciné kung fu durant cette période..

On raconte souvent que Ng See Yuen aurait voulu engager Alexander Fu Sheng qui était à l’époque le kung-fu kid le plus reconnu du cinéma martial. Toutefois, c’est une anecdote peu crédible, Fu Sheng étant un acteur sous-contrat pour les studios Shaw Brothers qui ne louaient pas leurs vedettes. Quoi qu’il en soit, Ng jeta son dévolu sur Jackie Chan, un jeune cascadeur qu’un autre metteur en scène indépendant, Lo Wei, essayait de transformer en nouveau Bruce Lee sous le pseudonyme de Sing Lung (« Devenir le Dragon »). Or le pauvre Jackie avait eu si peu de succès que, selon Ng, d’influents propriétaires de salles de cinéma protestèrent lorsqu’ils apprirent son choix. C’est probablement suite à la recommandation de Yuen Woo-ping que Ng s’intéressa à Jackie. Issu du même milieu de cascadeurs formés à l’opéra, Yuen connaissait Jackie et ses talents, et le jugea apte pour tenir le premier rôle dans son film. Le milieu du cinéma étant très petit à H-K il se peut aussi que Ng et Yuen aient été au courant des propres tentatives de Jackie de créer un kung-fu kid comique dans les films Half A Loaf Of Kung Fu et Spiritual Kung Fu pas encore sortis en salles. Ng ayant acquis les services de Jackie, ce dernier se plongea dans son rôle de gamin facétieux sérieusement, apportant même ses propres idées pour le jouer.

Pour Snake, Ng See Yuen aura concocté un scénario combinant non seulement l’action et la comédie mais également l’intrigue et le pathos afin de créer de la tension dramatique et rendre les personnages plus redoutables ou émouvants. Ng aura également introduit ou étoffé quantité de trouvailles comiques. Certaines des plus importantes étaient centrés sur le kung-fu kid. En effet, bien que ce dernier soit pris au milieu d’une trame de vendetta sanglante, il ne devient pas, contrairement à la norme des films martiaux de l’époque, un vengeur furibond mais reste toujours un jeune coquin expert en kung-fu, ce qui rend son personnage plus sympathique et accrocheur auprès du public et plus ouvert à la comédie.

Une idée astucieuse employée pour combiner rire et pathos était de ne pas faire du kid un personnage activement comique au départ. Présenté d’abord comme un souffre douleur sympathique mais pitoyable de l’école martiale où il travaille, le gamin est au centre de quelques situations burlesques mais qui se font à ses dépends, telles les fois où il sert de punching bag humain pour tester le kung-fu des disciples de l’école ou encore lors d’une séquence de kung-fu clandestine entre lui et le mendiant. C’est l’entrainement qu’il reçoit de ce dernier au milieu du film qui le transforme en combattant prodige, lui permettant enfin de donner sa pleine mesure tant physique que comique. Comme d’habitude dans le cinéma kung-fu, l’entrainement martial est dépeint comme tortueux, ce qui est nouveau, c’est sa tournure comique, l’accent étant mis sur les pitreries du kid, la discipline de fer du maître et la nature souvent farfelue mais efficace des exercices. Snake est le premier film à présenter ce type de scènes d’entrainement comiques appelées à devenir très vite l’un des éléments les plus emblématiques de la Kung Fu Comedy.

La comédie de Snake In The Eagle’s Shadow ne repose pas uniquement sur les facéties du kid et la roublardise du mendiant, en fait les plus gros rires du film sont suscités par les nombreux bouffons peuplant les écoles martiales, avec en tête l’inévitable Dean Shek Tien. Remplies de frimeurs, de cancres et de fiers à bras, les « koons » (écoles martiales chinoises) dans Snake sont bien loin de suivre les vertus martiales de Shaolin. Si présenter des écoles malveillantes étaient coutumier jusque là dans le cinéma kung-fu, en montrer de si vénales et d’une façon si caricaturale peut bien avoir été une grande première. Ici, l’humour irrévérencieux du film joue la carte de la satire, non de la parodie. L’idée de faire prendre avantage du look à la Jésus de Roy Horan en le faisant apparaître en missionnaire zélé est aussi délicieusement perverse. Malgré l’imposant dosage de comédie, presque aucun élément comique ne vient compromettre l’impression d’urgence que l’on retrouve dans la trame de vendetta. De même, malgré tous les combats et quelques tentatives de meurtre, la trame de la vendetta n’embrouille plus la dimension comique du film.

Autant le comique des koons joue la carte de la bouffonnerie, autant à l’inverse la relation entre le kid et le mendiant, se veut pleine de bonhommie. D’habitude dans les films martiaux, le maître est un noble vieillard que le héros vénère, alors que la figure du mendiant «cogne fou» est celle d’un trublion (d’ailleurs Jackie en avait croisé plus d’un dans ses films avec Lo Wei). Dans Snake, ces deux figures se fondent et bien que le mendiant finisse par enseigner son kung-fu, il demeure plus son ami que son maître. Le film met davantage de cœur à établir la relation chaleureuse entre les deux protagonistes qu’à poursuivre la trame de vendetta bourrée de clichés. C’est dans cette relation pas ordinaire que le film trouve son vrai nœud sentimental et sa grande fraîcheur. Les plus beaux moments du duo sont lorsqu’ils s’entrainent et s’amusent ensemble, notamment dans le délicieux numéro du «attrape le bol si tu peux». Introduit avant que le kung-fu kid n’apparaisse et aussi présent que lui dans la première moitié du film, le mendiant est vraiment le co-héros du film et pas uniquement un faire-valoir. Aussi conquérant que soit Jackie dans son rôle de kung-fu kid, Simon Yuen Siu Tien ne lui cède en rien en termes de charisme et sans lui le film n’aurait pas la même magie.

Le titre chinois de Snake She xing diao shou/ «la Main rusée de la forme du serpent» fait référence au kung-fu endiablé de Jackie. Dans la seconde moitié des années 70, le type de prestation martiale le plus populaire sont les styles animaliers (mante religieuse, tigre, singe, etc.). Des chorégraphes formés à l’opéra tels Sammo Hung, et Yuen Woo Ping ont sut créer des variations aussi exubérantes que féroces. La propre approche de Jackie Chan, présentée dans Snake, est dans cette même veine mais avec une gestuelle plus fantaisiste, truffée d’acrobaties tant pour rendre les affrontements plus haut en couleur que pour créer de la comédie. Comme son personnage n’apprend le kung-fu qu’à mi chemin, Jackie ne se bat que dans la seconde moitié du film. Il a quand même quelques opportunités de démontrer son agilité comme dans la scène de kung-fu clandestin et le numéro de «attrape ce bol ». Une fois devenu un kung-fu kid, Jackie rattrape le temps perdu avec une série de combats dont l’intensité dramatique et martiale croît au fur et à mesure. En tout, il est présent dans 5 affrontements, plus une scène d’entraînement supplémentaire. En ajoutant les duels impliquant d’autres personnages, cela fait 10 scènes d’action toutes superbement chorégraphiées de même qu’adroîtement agencées par le scénario pour faire la part belle à la comédie de même que quelques moments de suspense et de retournements surprises.

L’action du film ne repose pas juste sur les cabrioles martiales de Jackie. Après tout, 6 des 11 combats dans Snake impliquent le mendiant ou l'un des protagonistes du film qui comprend pas moins de 4 chorégraphes, (5 en incluant les contributions de Jackie). Le calibre des autres acteurs martiaux de Snake est également très relevé. Hwang Jang Lee est particulièrement formidable dans sa façon de terrasser ses ennemis tant avec sa savate foudroyante que sa féroce technique des serres d’aigle. Son allure cruelle et distinguée lui donne également un indéniable charisme. Acteur sous contrat pour Ng See Yuen, Hwang était sa botte secrète dans la mesure où si les vedettes changeaient de films en films, Hwang restait et garantissait un spectacle enlevé.

La façon dont l’action a été filmée est tout aussi cruciale que la chorégraphie et la prestation des acteurs. C’est là qu’entre en scène le réalisateur Yuen Woo Ping. Dès son premier film, celui-ci démontre ce qui restera son grand talent : celui de concevoir et d’orchestrer des scènes d’action complexes, hautes en couleur, à la fois parfaitement adaptées à l’ambiance dramatique ou comique d’une situation de même qu’au talent et à la personnalité des acteurs. À cela s’ajoute une indéniable maitrise du langage filmique qui capture et magnifie les affrontements notamment avec l’emploi des zooms et des vues plongées / contre-plongées.

La trame musicale de Snake contribua aussi à la « saveur » comique, dramatique voir même ésotérique du film. C’est un travail du compositeur Frankie Chan Fan Kei qui avait déjà composé la musique pour Iron Fisted Monk. Pour Snake, il conçut une bande son éclectique constituée de morceaux qu’il avait lui-même composés (certains dans un style occidental, d’autres en employant de la musique chinoise) soit emprunté à d’autres sources (notamment des extraits d’Oxygène de Jean Michel Jarre). Chan devint par la suite le compositeur attitré de la kung-fu comédie, œuvrant sur la plupart des titres les plus importants du genre.

Lau Kar Leung et Sammo Hung ayant connu des succès surprises avec leurs propres Kung Fu Comedies, Spiritual Boxer et Iron Fisted Monk, est-ce que la foudre allait frapper une 3ème fois pour le film de Woo-ping? La réponse ne se fit pas attendre lorsque Snake sortit en salle le 8 mars 1978. Bien qu’il n’égala pas le score de Game of Death ou de 36th Chamber Of Shaolin, les deux superproductions martiales de la Golden Harvest et de la Shaw Brothers sorties à la même période, le film connut un bien plus gros succès que n’importe quel autre film de kung-fu de Ng See Yuen et surpassa de peu le box-office du Iron Fisted Monk (à la fin de l’année le film se classa en 8ème position au box-office). Même Alexander Fu Sheng le premier kid martial du cinéma de kung-fu n’avait jamais connu pareil réussite. Il faut dire que tous les films de ce dernier avait toujours été en mandarin alors qu’avec le doublage cantonais de Snake, montré au public de Hong Kong, on présentait non seulement un kung-fu kid parlant leur dialecte mais dont les facéties reflétaient l’humour irrévérencieux local.

Ainsi donc, du jour au lendemain, Snake éleva Jackie d’underdog dénigré à kung-fu kid par excellence, imposa Yuen Woo-ping comme nouveau réalisateur, et donna enfin une nouvelle carrière à Simon Yuen. Face à leur réussite, Ng et Yuen s’attelèrent aussitôt à la production d’un nouveau film réunissant à nouveau Jackie et Yuen senior avec des idées comiques encore plus audacieuses, ce qui aboutit à Drunken Master.

Bien qu’on pourrait lui reprocher quelques facilités grossières tant dans son sens de l'humour bouffon que sa trame narrative (les pitreries niaises de Dean Shek Tien, la trame machinale de la vendetta, ce traître empoisonneur sorti de nul part), Snake n’en demeure pas moins un vrai petit joyau de la Kung Fu Comedy, superbement enlevé, diablement inventif et délicieusement sympathique. Le spectacle d’un jeune Jackie tourbillonnant d’énergie tant martiale que comique est magnifique tout autant que la prestation roublarde de Simon Yuen et les relations chaleureuses entre les deux compères. Bien que pas aussi reconnu que le mythique Drunken Master, l’importance du film dans le développement du cinéma-kung-fu est tout aussi primordiale et tout aussi amusante pour ceux qui aiment et apprécient un tant soit peu Jackie Chan, Yuen Woo Ping et la kung-fu comedy.
Yves Gendron 7/12/2011 - haut

Man Wanted    (1995)
 Deux frères d'armes sont en fait l'un et l'autre de l'autre côté de la barrière : l'un est un gangster tandis que l'autre est un flic infiltré. Le premier va vouloir se venger du second quand celui-ci connaîtra la vérité. Mais ce n'est pas aussi simple, car le policier (qui a une fiancée) tombe amoureux de la copine de son adversaire. Tout cela va aboutir à une nuit où la chasse à l'homme ne pourra se conclure que de façon dramatique.

 Benny Chan, the man from Hong Kong

Parmi les fervents défenseurs d’un cinéma hongkongais aux normes internationales, Benny Chan Muk Sing peut être considéré comme l’un de ceux les plus à même de réussir en conservant une identité typique de l’industrie cinématographique de l’ex colonie. En effet, même s’il n’a jamais obtenu le statut d’un Johnnie To, il est un très bon artisan, sachant raconter une histoire en se montrant généreux avec son public grâce à de savants mélanges de genres. Qu’il s’agisse de mélodrames teintés d’action comme Moment Of Romance, de kung fu énergique comme dans les séries télévisées Fist Of Fury et Kung Fu Master, ou encore de polar musclé comme Divergence, Benny Chan Muk Sing s’attelle toujours avec sérieux à son travail et livre des divertissements calibrés mais généralement sympathiques. Mais ce côté touche à tout a également ses limites, et malgré quelques touches personnelles, on a un peu de mal à réellement trouver des thématiques récurrentes fortes dans l’œuvre du réalisateur. Cette absence d’univers personnel donne parfois la sensation que son travail, s’il ne manque pas de cœur, manque par contre d’âme, et ne dépasse pas le stade de l’artisanat consciencieux mais sans génie. Malgré ces réserves, force est de reconnaître qu’il y a une certaine constance dans sa filmographie : quelque soit le sujet abordé, Benny Chan Muk Sing conserve cet état d’esprit très hongkongais qui consiste à multiplier les scènes destinées à rendre le public heureux. On passe du rire au larme, parfois les deux en même temps, en ayant le souffle coupé par une scène d’action folle alors qu’une histoire tragique s’achève sur un gag avec tellement de sincérité qu’il est difficile de ne pas se laisser enthousiasmer. Man Wanted est d’ailleurs un parfait exemple de la générosité Chanienne.

Benny Woo

A peine le générique d’introduction débute-t-il qu’on se sent en territoire connu. Une musique ringarde jouée au synthétiseur, un combat de démonstration entre deux pratiquants d’arts martiaux dans un restaurant, et un public en liesse. Outre la mise en image simple mais efficace de l’affrontement, on retrouve l’enthousiasme touchant typique des films de Benny Chan Muk Sing. Sa propension a ajouté des détails totalement superflus est également présente, comme en témoigne la tournure violente que prend la démonstration, sans que cela n’ait une quelconque influence ni sur le récit, ni sur le développement des personnages. Pourtant, l’intrigue, très classique, favorisait largement une exploration psychologique riche. En effet, le scénario s’articule autour d’un flic infiltré forcé de trahir un membre de gangs avec qui il a sympathisé. Sujet largement traité dans le cinéma de Hong Kong, il ouvre la voie à un débat moral qui peut être intéressant, ou en tout cas prenant sur le plan dramatique à défaut d’être réussi sur le plan philosophique. Mais pour obtenir un résultat aussi satisfaisant, il faut avoir à sa disposition un scénariste audacieux, désireux de surprendre le public sans pour autant défier les règles les plus élémentaires de cohérence narrative. Il n’est même pas question d’écrire une intrigue complexe ou extrêmement recherchée. En voyant certaines fusillades démentielles durant lesquelles les cadavres s’entassent en une montagne morbide, on est presque tenté de comparer Man Wanted au cinéma de John Woo. Mais ce dernier, à défaut de mettre en scène des histoires très développées, s’appuie sur une dramaturgie puissante et des thématiques fortes qui font de ses œuvres des crescendos émotionnels marquants. Ce n’est pas le cas ici, car non seulement le simple concept de vraisemblance est balayé sans complexe, mais les incohérences dans les comportements des protagonistes semblent être la règle d’or. La palme dans ce domaine revient au héros interprété par Simon Yam. Si on devait employer un seul adjectif pour le qualifier, ce ne serait pas torturé contre toute attente (bien qu’il le soit bien sûr), ce serait plutôt idiot. Chacun de ses actes ou presque entraîne en effet l’incompréhension du spectateur, qui a toujours une longueur d’avance sur ce flic aux capacités de déduction et de logique plus que discutables. Sans dévoiler l’intrigue, on a bien du mal à comprendre qu’il ne s’inquiète pas de voir revenir un criminel dont il a provoqué la chute. Comment justifier, dans le même ordre d’idée, qu’un policier cautionne l’enlèvement d’un enfant, même si « c’est pour récupérer ce qui m’appartient » ? C’est bien simple, le héros n’agit jamais héroïquement, et pire, il n’agit jamais rationnellement. Sa bêtise est telle qu’on a d’ailleurs bien du mal à s’attacher à lui.

Comment ne pas écrire des personnages

Simon Yam interprète donc un héros peu intéressant, presque apathique, qui se contente de réagir aux événements. Mais il n’est pas le seul dont le comportement est irrationnel. Feng, interprété par Yu Rong Guang n’est pas non plus un modèle d’écriture. On peut le résumer à une sorte de maniaque vengeur, d’abord totalement inexistant avant de se transformer en psychopathe ricanant tel un dément. L’acteur, qui peut être très bon, a néanmoins prouvé à quelques reprises qu’il pouvait également verser dans une caricature effrayante. S’il n’atteint pas un tel point de non retour ici, on est loin de sa meilleure prestation. Sans doute a-t-il voulu donner plus de vie à cette âme dévorée par la vengeance, dont la psychologie tient sur un ticket de métro. Christy Chung n’écope pas d’un rôle beaucoup plus intéressant, puisque finalement elle se contente de rêver du torse nu de Simon. Sa présence reste plus intéressante de celle de Eileen Tung, justifiée par la nécessité d’un triangle amoureux dont la résolution manque autant de délicatesse qu’elle est hilarante. Et c’est bien là le principal problème de Man Wanted : les personnages ne sont rien de plus que des caricatures sans intérêt, placées dans des situations d’un grand guignol incroyable.


Un pur produit du cinéma de Hong Kong des années 90

Paradoxalement, c’est ce côté excessif sans aucune subtilité qui fait autant le charme du film que celui de l’œuvre de Benny Chan Muk Sing. La partie mélodrame sirupeux est tout à fait dans les standards de l’époque. Entre les chansons romantiques en cantonais dignes des meilleures soirées karaokés, et les souvenirs dramatiques au ralenti pour appuyer la déliquescence des personnages, le réalisateur nous rappelle que son A Moment Of Romance n’était pas un accident. Benny avait tout compris à la naïveté touchante capable de parler au cœur du public de Hong Kong. Et une fois encore, la recette, si elle n’est pas exempte de défauts, est suffisamment bien appliquée pour donner plus d’impact aux scènes d’action. Grâce au jusqu’auboutisme des sentiments exacerbés, chaque coup de feu devient plus prenant. Après tout, même si on parle de sentiments fraternels et de triangle amoureux, on reste dans un univers masculin dans lequel la trahison se paie au prix fort. On est donc en droit d’attendre des échanges musclés. Et si Benny Chan Muk Sing manie la cantopop et le ralenti avec un romantisme délirant, il sait aussi comment dynamiser les affrontements. Les scènes d’action sont ainsi aussi courtes que fulgurantes. Les quelques échanges de coups de poing sont brutaux et spectaculaires, à mi chemin entre l’expéditif réaliste et la chorégraphie composée de coups acrobatiques peu propices à un combat de rue réel. Leur violence les rend d’ailleurs plutôt jouissifs, même si leur durée ne permet pas d’en profiter pleinement. Mais c’est bien du côté des fusillades qu’il faut chercher une réelle satisfaction. Tournée et chorégraphiée dans un style très inspiré de celles de Hard Boiled, elles rappellent vraiment la folie de l’époque, cette envie de divertir à tout prix, quitte à faire exploser tout le décor ou les cascadeurs. Le fait que les scènes d’action soient dispersées tout au long du film dynamise le rythme, mais c’est bien dans la dernière partie que le réalisateur va faire son offrande au spectateur. L’action et l’émotion se mêlent dans un spectacle tumultueux qui fait la part belle au suspense. Sur le plan visuel, le résultat est beaucoup plus audacieux, notamment grâce à l’usage intéressant de la drogue. La fameuse poursuite dans les rues de Mongkok mérite largement le détour, tant elle est trépidante et dramatique. Elle s’achève d’ailleurs sur un véritable morceau de bravoure durant lequel Yu Rong Guang tire sur tout ce qui bouge le temps d’une fusillade surréaliste sur fond de cocaïne.

Bien sûr, on ne peut pas nier les innombrables défauts de Man Wanted. Mais sa sincérité et son jusqu’auboutisme en font un témoignage brûlant d’une époque révolue où les cinéastes de Hong Kong se moquait des normes internationales et n’avaient d’autre but que d’en donner pour son argent au public. Cette sincérité naïve fait de ce petit film d’action un divertissement touchant, qui ravira tous les fans de l’esprit HK des années 80 et 90.
Léonard Aigoin 7/4/2011 - haut

Love Me, Love My Money    (2001)
 Richard Ma (Tony Leuny Chiu-wai) est un homme d’affaires riche, mais particulièrement radin. Pour lui, tout est bon pour faire des économies. Un soir, temporairement sans argent, il fait la connaissance de Ah Choi (Shu Qi), laquelle, croyant avoir à faire à un démuni, le convainc de se faire passer pour son petit ami auprès de son père.

 Le réalisateur / producteur Wong Jing, et accessoirement découvreur de talents féminins (si tant est que la beauté puisse être considéré comme un talent) est bien connu pour n’avoir comme seule ambition que celle de remplir le tiroir-caisse. On apprécie ou pas cette approche mercantile du cinéma mais toujours est-il que le bonhomme à le mérite lors des interviews de l’avouer en toute honnêteté. S’il a touché à tous les genres, la comédie est l’un de ceux par lequel il a connu ses plus grands succès, notamment grâce à sa fructueuse collaboration avec Stephen Chow dans les années 90.

Dans le cas de Love Me, Love My Money, nous avons affaire à une comédie romantique dont le sujet n’est pas sans rappeler celui d’une autre réalisation de Wong Jing, Everyday is Valentine, sortie quelques mois plutôt à Hong Kong. Dans les deux films, le personnage masculin principal ment à celle dont il va tomber amoureux à ceci près que Richard Ma (Tony Leung Chiu Wai) dans Love Me, Love My Money est presque menteur malgré lui. En fait, son défaut principal est surtout d’être particulièrement radin et encore le mot est bien trop faible pour le qualifier. Tout le début du film est d’ailleurs voué à mettre en avant son avarice. Ceci donne lieu aux passages les plus amusants du film, car Richard Ma est aussi un riche homme d’affaire. La gestion du personnel par un tel individu est pour le moins cocasse. Il est d’ailleurs bien dommage que le scénario, dont Wong Jing est également l’auteur, n’exploite pas plus ce trait de caractère comique.

Lorsque la romance entre Richard Ma et Choi (Shu Qi) commence à se dessiner, le récit ne parvient plus vraiment à se démarquer de n’importe quelle autre comédie romantique lambda. La réalisation de Wong Jing ne sort pas non plus de l’ordinaire. Si la mise en scène est dans l’ensemble plutôt efficace, elle n’en reste pas moins très banale et sans relief.

Malgré tout, le film se suit sans déplaisir grâce à son duo de vedettes principales. Bien qu’il cachetonne gentiment dans les scènes les plus légères, Tony Leung dégage comme souvent, énormément de charisme qui fait qu’on lui pardonne volontiers de ne pas donner le meilleur de lui-même. Après tout ce n’est pas comme si le film exigé de lui une prestation digne de celles qu’il a pu livrer pour John Woo ou Wong Kar Wai. Quant à Shu Qi habituée aux rôles d’héroïne romantique (Gorgeous par exemple ou Look For A Star plus récemment), elle se montre plutôt convaincante. Il faut dire aussi que ce genre de personnages lui va comme un gant. Son physique pour le moins avantageux mêlé à son côté infantile n’y étant pas étrangers.

Si le couple formé par Tony Leung et Shu Qi fonctionne relativement bien, il est bon de noter que les seconds rôles ne sont pas en reste. Que ce soit Gordon Lam, Teresa Mak ou bien encore Wong Yat Fei ils se montrent particulièrement à leur avantage. Ce sont eux qui assurent généralement les scènes de comédie et, du coup, ils auraient presque tendance à voler la vedette au duo principal puisque la partie romantique est plus que banale.

Au final Love Me, Love My Money est un film plutôt sage et à la mise en scène sobre. Surprenant de la part de Wong Jing qui nous a régulièrement habitués à du grand n’importe quoi par le passé. Malgré un postulat de départ fort sympathique, le film ne se démarque pas du tout venant et ne fera pas date dans l’histoire des comédies romantiques. Néanmoins, grâce en particulier à un casting solide, il se regarde gentiment et contentera les amateurs du genre.
Jean-François Gendron 6/3/2011 - haut

Love In The Time Of Twilight    (1995)
 Au début du siècle, la fille du directeur d'un opéra cantonnais (Charlie Young), cherche l'amour, mais elle ne rencontre qu'un jeune banquier (Nicky Wu) avec qui elle ne sait que se disputer. Assassiné, il revient demander l'aide de la jeune fille pour retourner dans le passé afin d'empêcher le crime d'avoir lieu.

 Lorsqu‘il réalise en 1994 The Lovers, une nouvelle adaptation du célèbre conte folklorique Chinois des « Amants Papillons », Tsui Hark connaît un vif succès aussi bien critique que public. En producteur avisé, il décide alors de capitaliser sur la popularité naissante de son couple vedette Charlie Young / Nicky Wu en les réunissant de nouveau l’année suivante pour Love In The Time Of Twilight.

Si The Lovers était un film somme toute assez classique à la narration très linéaire, il n’en est rien ici. Tsui Hark est en total roue libre nous livrant ainsi un véritable OVNI cinématographique. Le ton est d’ailleurs donné d’entrée de jeu avec un détournement du logo des Looney Tunes. On est là pour se divertir dans cette comédie romantique mélangeant humour burlesque et fantastique avec voyage dans le temps à travers les câbles électriques. Un mélange improbable mais que Tsui Hark parvient à faire avaler au spectateur sans peine tant ce dernier est pris dans le rythme trépidant imposé par le réalisateur et par l’abondance d’idées plus ou moins farfelues distillées tout au long du film. Comme celle, par exemple, où le deux héros sont prisonniers d’une sorte de monde parallèle dans lequel ils sont obligés de se déplacer au ralenti sous peine de perdre leurs membres.

Comme souvent dans une production Film Workshop, encore plus quand il s’agit d’une réalisation de Tsui Hark, le film est très beau visuellement. La présence de Peter Pau à la photo, célèbre notamment pour son travail sur Crouching Tiger, Hidden Dragon, n’y est pas étrangère. Certaines séquences comme celles de « la fête des affinités » donnent ainsi lieu à un véritable festival de couleurs qui enchantent nos pupilles. La caméra virevoltante et le rythme frénétique du film achevant de nous emporter dans ce tourbillon de péripéties complètement folles imaginées par un réalisateur débordant d’énergie et d’une créativité pour le moins réjouissantes.

Le couple formé par Charlie Young et Nicky Wu nous avait bouleversés dans The Lovers par son destin tragique. C’est donc avec joie qu’on les retrouve de nouveaux réunis. Les voir se chamailler comme des gosses pendant une partie du long métrage à d’ailleurs quelque chose d’attendrissant tant ils se sont aimés dans le chef d’œuvre de Tsui Hark. Tour à tour espiègle, effrontée et romantique, Charlie Young est absolument irrésistible et il bien difficile de résister à son charme et à sa fraîcheur désarmante. De par sa candeur, Nicky Wu n’est pas en reste et leur duo fonctionne une fois de plus à merveille.

Love In The Time Of Twilight n’est malheureusement pas dénué de défauts. Écrasés par le couple vedette, les seconds rôles peinent à exister. Certains effets numériques navrants viennent quelque peu gâcher la beauté formelle du film comme c’est également le cas dans Green Snake par exemple. Et la dimension mélodramatique présente dans The Lovers fait ici défaut.

En l’état, le film de Tsui Hark n’en reste pas moins un agréable divertissement grâce à sa naïveté touchante et le charme de ses interprètes. Ce n’est pas l’œuvre la plus connue, ni la plus réputée, de son auteur mais elle mérite largement le coup d’œil.
Jean-François Gendron 5/12/2011 - haut

Fate Of Lee Khan    (1973)
 Sous le règne de la dynastie mongole Yuen au quatorzième siècle, les Chinois se révoltent avec à leur tête, Chu Yuan Tchang surnommé "le Patriote". Mais très vite, des renégats vont apparaître dans le camp des insurgés. Soupçonné de traîtrise, le messager du patriote devrait selon une rumeur donner une copie du plan de bataille de Chu au Prince Mongol, Li Sha Khan (Tien Feng). Conscient du danger que représente ce rendez-vous, Chu Yuan Tchang envoie plusieurs de ses hommes de confiance espionner et arrêter le prince et le félon. L'auberge du Printemps, tenue par une certaine Wan Jen-Mi (Li Lihua) va être le lieu du fameux rendez-vous.

 Lorsqu’il réalise Fate Of Lee Khan en 1973, King Hu a déjà eu l’occasion de s’entraîner à la réalisation à plusieurs reprises. Comme beaucoup de réalisateurs de Wu Xia Pian, c’est pour la Shaw Brothers qu’il met en scène ses premiers films, dont le fameux Come Drink With Me, qui reste l’une de ses œuvres les plus célèbres. Mais rapidement, King Hu s’éloigne du studio des frères Shaw et émigre à Taïwan, où il aura le loisir de développer sa vision très personnelle du cinéma d’arts martiaux, assez éloignée des drames sanglants d’un Chang Cheh ou des thrillers à l’ambiance presque surnaturelle d’un Chu Yuan. Il faudra attendre Dragon Gate Inn en 1967 pour que son style explose littéralement. Réexploitant l’un des passages les plus prometteurs de Come Drink With Me, le metteur en scène va créer le film d'auberge. Situant son récit presque exclusivement dans le décor unique d’une auberge isolée, il y développe alors de véritables joutes psychologiques, dans lesquelles les antagonistes se toisent et tentent de faire preuve de davantage de ruse pour se prendre en défaut.

Dans un tel contexte, le suspense sur lequel se bâtit l’anticipation du combat est aussi important, sinon plus important encore, que l’affrontement en lui-même. Ce parti-pris, qui tranche radicalement avec les productions de l’époque, et s’inscrit presque davantage dans la construction martiale des chambaras, les films de sabres japonais, sera très apprécié, et Tsui Hark lui rendra hommage en produisant le remake de Raymond Lee Wai Man, Dragon Inn. Mais réduire le cinéma de King Hu à l’élaboration d’un suspense serait oublier le soin particulier apporté à la mise en image. Véritable esthète, le réalisateur fait de chaque plan une peinture où le moindre détail a un intérêt au moins visuel.

Ce sens du style s’exprime dès le générique de Fate Of Lee Khan. Outre la musique très réussie, on découvre les noms des acteurs et de l’équipe techniques calligraphiés avec élégance ce qui a le mérite de plonger dans l’ambiance. La voix off qui introduit le contexte historique et l’ampleur des premiers décors s’inscrivent largement dans cette immersion et donnent envie d’anticiper les événements à venir. On nous dépeint en effet un Lee Khan cruel et sournois, dont les capacités sont celles d’un formidable adversaire, ce qui promet des péripéties plutôt rythmées.

Sans perdre de temps, King Hu va cependant abandonner cet aspect grand budget pour recentrer le cadre de son intrigue dans la fameuse auberge du printemps. Il en profite pour rapidement présenter les protagonistes, sans grands discours, mais en détaillant leurs spécificités. Ce choix permet de rapidement identifier les enjeux, plutôt simples au demeurant, et d’installer une ambiance intimiste, renforcée par le cloisonnement des lieux. On s’attend donc à un climat de paranoïa lourd, teinté de malice, de trahisons, et de meurtres. Et le mot clé est bien l’attente. Car sans patience, le spectateur risque fort de céder lui-même à une névrose paranoïaque, se persuadant alors que c’est lui qui est persécuté, par nul autre que King Hu lui-même.

Tout commence lentement, quand on pense assister à une série de coups de théâtres et de retournements de situation. On constate que ce qui semble intéresser le réalisateur, c’est la vie d’une auberge, puisqu’on nous présente en détail le service des repas. Bien sûr, ce choix pourrait favoriser l’immersion dans la vie de l’époque. Mais après un premier service, de nouveaux clients arrivent, et le service reprend. Les tentatives d’humour ne fonctionnent pas, et les enjeux sont inexistants. Où est le fameux Lee Khan ? Que fait-il ? Ses espions sont-ils donc payés pour prendre du bon temps ? On peut estimer qu’ils sont compétents, puisqu’ils parviennent à se faire passer pour des clients impolis et exigeants. Mais était-il réellement nécessaire d’occuper une cinquantaine de minutes pour nous assener ces interminables scènes de repas ? Avait-on besoin de traverser un ennui aussi terrifiant ? King Hu avait-il connaissance de la notion de rythme ? Etait-il familier avec le concept de narration ? Cette première partie permet largement d’en douter, et il faut faire preuve d’un courage non négligeable pour la supporter.

Alors bien sûr, on pourra toujours rétorquer que Hu démontre une maîtrise du cadre saisissante, et que sa réputation d’esthète n’est pas usurpée. Car oui, les plans sont très travaillés, et les mouvements de caméra sont vraiment réussis. Mais sans enjeux, cet aspect ne semble pas suffisant pour éveiller l’intérêt. Non seulement le scénario n’a aucune profondeur, mais le réalisateur ne parvient pas à développer ses personnages et leur fait répéter systématiquement les mêmes propos. On aura donc compris, après que cela nous ait été dit une dizaine de fois, que l’auberge est remplie d’espions. Malheureusement, leur affrontement reste insipide, et ce ne sont pas les quelques combats qui vont rythmer cette succession de scènes anecdotiques.

On a bien du mal à reconnaître le style de Sammo Hung, même en sachant qu’il n’était pas encore un chorégraphe confirmé. Bien qu'il soit listé en tant que chorégraphe dans le générique, le style des affrontements rappelle nettement plus les chorégraphies de Han Ying Chieh, habitué à régler les combats des films de King Hu. En tout cas, les échanges sont mous et très peu techniques. Même en comparant les duels à d’autres films de la même époque, ils font pâle figure. Pour compenser cette faiblesse, King Hu a l’idée d’accélérer les mouvements, ce qui provoque un effet comique involontaire. Il est donc difficile de trouver des arguments pour défendre ces très pénibles cinquante premières minutes.

C’est alors que ce qu’on attendait plus se produit : Lee Khan, personnage titre, se décide enfin à arriver, accompagné de son impitoyable sœur incarnée par Hsu Feng, actrice égérie de King Hu. C’est aussi l’occasion de découvrir Roy Chiao dans l’un des rôles les plus intéressants, introduit par l’une des scènes les plus réussies.

On y voit un interrogatoire à la mise en scène savante, jouant sur la profondeur de l’image. L’avant plan présente ainsi Lee Khan dégustant son thé, pendant que les personnages sont interrogés dans une pièce voisine à l’arrière plan. Les meilleurs acteurs étant enfin présents, l’intrigue prend de l’envergure grâce à une réelle qualité de jeu et à des enjeux plus clairement définis (mais pas vraiment beaucoup plus intéressants). Le suspense est mieux mené, grâce à quelques subterfuges sympathiques, et à un travail sur les regards qui donneraient presque l’impression d’être dans un western.

King Hu semble donc enfin avoir trouvé son rythme, et livre un travail un peu plus prenant. Malgré tout, les situations ne sont pas vraiment inventives, même pour l’époque. La tension reste limitée, notamment parce que Lee Khan n’est pas si terrifiant qu’on l’aurait espéré. Tien Feng se montre pourtant convaincant et donne beaucoup de prestance à ce sournois personnage. Mais ses exactions ne sont pas assez ignobles pour qu’on en vienne réellement à le détester. Si elle n’était pas mise de côté, ce serait finalement la sœur incarnée par Hsu Feng qui marquerait davantage les esprits. Elle se montre en effet glacée et impitoyable, et donne froid dans le dos.

Certaines scènes de suspense sont bien construites, et rappelles des dilemmes moraux qu’on retrouvera des années plus tard dans des œuvres comme Jade Tiger ou Avenging Eagle, mais le réalisateur n’exploite pas réellement l’impact émotionnel et transforme rapidement le spectacle en affrontement martial. Par chance, l'équipe de chorégraphes semble enfin se réveiller pour le final, et livre un travail plus sympathique. Certains enchaînements sont très satisfaisants, mais globalement, le niveau martial reste faible, avec une Angela Mao bien esseulée. Cette dernière nous fait une démonstration de coups de pieds réjouissante, mais c’est finalement la folie des sauts sur trampolines qui remporte l’adhésion. Associées à un montage frénétique, ces acrobaties précède les wu xia pian des années 90 et expliquent pourquoi on parle souvent de King Hu comme d’un précurseur. Malheureusement, malgré un sens du cadre évident et quelques scènes au suspense bien entretenu, Fate Of Lee Khan reste un film mal rythmé, parfois ennuyeux, et qui n’a finalement pas grand-chose à raconter.

King Hu est indéniablement un réalisateur à part, au style très différent de ses concurrents de l’époque. Néanmoins, Fate Of Lee Khan reste une œuvre anecdotique.
Léonard Aigoin 5/12/2011 - haut

Revenge : A Love Story    (2010)
 Deux crimes atroces viennent d'avoir lieu : deux femmes enceintes ont été éventrées, et leurs bébés prélevés et portés disparus. Le tueur semble être un chirurgien. La peur règne sur la ville. Les enquêteurs découvrent que les maris des deux victimes travaillent au sein d'un service spécial de la police. Un troisième meurtre survient. Mais cette fois, la victime a survécu. Elle devient le témoin-clé des enquêteurs et se retrouve au coeur d'une sombre affaire de vengeance...

 Repéré en 2003 grâce à sa collaboration avec Lee Kung Lok sur Fu Bo, Wong Ching Po s’est réellement fait un nom avec sa première réalisation en solo, Jiang Hu. Dès ses débuts, le metteur en scène se fait une spécialité des polars stylisés, cherchant à impressionner le spectateur en illustrant son propos par des séquences visuellement fortes. Mais malgré le marketing fulgurant autour de son travail, le manque de profondeur de ses scénarios n’a pas permis à Wong Ching Po de convaincre qu’il était autre chose qu’un faiseur de clips. Son Mob Sister a même été une vive déception malgré son casting impressionnant. Car le jeune metteur en scène possède des moyens tout à fait honorables et parvient à obtenir les services d’acteurs très appréciés. Malheureusement, il n’a pas encore réussi à montrer qu’il possédait des talents de conteur et de directeur d’acteurs.

Revenge : A Love Story constitue donc un véritable défi. Pour commencer, Wong Ching Po doit s’affranchir de cette image de poseur en livrant une intrigue bien menée, et en abandonnant certaines extravagances qui n’ont pas été du goût de tout le monde. Mais surtout, son projet est le deuxième film produit par la société de production 852 Films Ltd., créée par Josie Ho et son compagnon Conroy Chan à l’occasion de la sortie du Dream Home d’Edmond Pang. Le poids sur les épaules du réalisateur est donc important, puisqu’on attend de lui qu’il livre une œuvre aussi réussie que le slasher social de son collègue. La publicité du film s’est d’ailleurs articulée autour de la violence de cette histoire d’amour mêlée à une intrigue de crimes en série plutôt monstrueux. Mais les mares de sang suffisent-elles à créer l’événement ? Après tout, la force de Dream Home était finalement plus son scénario que ses scènes sanglantes (pourtant fort réussies et même plutôt jouissives).

Si Edmond Pang plaçait son récit dans un contexte très terre à terre, Wong Ching Po va faire un choix très différent, comme en témoigne le découpage de l’histoire en chapitres. Après une introduction écrite évoquant armaggeddon et le diable, des titres viendront casser la dynamique de l’histoire, en changeant la ligne temporelle. Ces inserts sont déconcertant, car ils ne sont pas en lien direct avec le récit. Ils s’inscrivent davantage dans une remise en perspective théologique des événements, comme si le réalisateur essayait de faire passer un message. Dans un premier temps, ce parti-pris est plutôt intriguant. Les vingt premières minutes baignent dans une atmosphère surréaliste, et sans qu’on explique réellement pourquoi, on pourrait presque penser qu’il y a une touche de surnaturel. Un peu comme si on évoluait entre le Murderer de Roy Chow Hin Yeung et le Victim de Ringo Lam. La photographie terne et le jeu abattu des acteurs donne ainsi la sensation d’être dans une sorte de purgatoire, où l’horreur est omniprésente. Un sentiment renforcé par les meurtres ultra violents qui s’enchaînent dès les premières minutes. Les plans sur les femmes enceintes éventrées pourraient être véritablement ignoble si les images n’avaient pas bénéficié d’un soin aussi particulier. Les mares de sang sont brillantes et les mortes ont l’air apaisé, comme si elles avaient attendu la mort. Ces plans ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le décès d’un certain personnage dans le American Beauty de Sam Mendes.

La mise en scène de Wong Ching Po est très différente de la technique adoptée dans ses précédents films. Il privilégie les plans séquences et les travellings amples, donnant l’impression au spectateur d’être voyeur d’événements plutôt révoltants. La façon de filmer des fœtus morts et les cadavres en général verse presque dans la complaisance, mais la façon dont Wong Ching Po filme froidement ces scènes rappelle davantage un enfant ayant tué un animal et qui s’amuse à contempler son méfait sans réellement se rendre compte de la gravité de son acte. Il y a une véritable fascination pour la mort et la violence, mais elle semble presque sincère. Ainsi, malgré un contenu digne des Catégories III du début des années 90, Revenge : A Love Story s’en différencie. Ce qui n’était pas évident, puisque les interrogatoires musclés chers à Danny Lee rapprochent une fois encore cette œuvre des divertissements décadents qui ont vu exploser le talent d’acteurs comme Simon Yam ou Anthony Wong Chau Sang.

Mais avant qu’on puisse prendre nos marques et catégoriser Revenge : A Love Story, un nouveau chapitre s’ouvre et le ton change complètement. Le spectateur va enfin comprendre le pourquoi des événements auxquels il vient d’assister. Et surtout, l’intrigue amoureuse va être développée. Visuellement, on quitte l’environnement semi urbain pour la campagne pure, sans que la photographie soit changée. Les couleurs sont toujours ternes, mais l’ambiance est moins pesante. Le rythme est également plus posé. On appréciera par contre de constater que Wong Ching Po ne se perd jamais en longs dialogues inutiles. Seulement, quand les personnages n’ont rien à dire et qu’il ne se passe rien, le temps commence à devenir long. On sait qu’à un moment où un autre, un drame va arriver, ce qui devrait suffire à maintenir le suspense. Mais le réalisateur ne parvient plus à créer ce sentiment d’oppression qui régnait sur la première partie. Beaucoup plus conventionnel, ce chapitre ne surprend jamais et les défauts d’écriture deviennent beaucoup plus évidents. Le traitement du handicap mental est totalement superficiel et n’apporte rien à l’intrigue. Pourtant, la peinture de ce qui semble être une institution psychiatrique est franchement discutable, mais ce n’est pas ce qui intéresse Wong Ching Po. Dommage qu’il ne parvienne pas à créer le même intérêt chez le spectateur.

Sa romance n’est pas convaincante et les événements qui suivent ne sont pas plus crédibles. On ne s’explique pas la bêtise de Chan Kit (interprété par Juno Mak) qui semble plus simple d’esprit encore que Aoi Sora. Que l’histoire en elle-même se permette quelques raccourcis ou soit un peu prévisible est regrettable, mais que les personnages n’aient aucune épaisseur est impardonnable. Comment émouvoir quand une romance se noue entre deux fantômes ? Les personnages secondaires ne sont pas mieux traités, puisque les policiers n’ont aucune constance. Ce qui aurait pu devenir un Outrages de Brian De Palma version Hong Kong se transforme effectivement en banal revenge flick sans aucune nuance. Il était pourtant possible d’apporter de la profondeur au propos, de montrer que tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Mais Wong Ching Po privilégie le spectaculaire crasseux à la véritable réflexion. Mais même de ce point de vue, il ne réussira jamais à retranscrire l’ambiance poisseuse de sa première partie, n’épargnant pourtant pas les jets d’hémoglobine et les passages à tabac. On a même droit à un viol dénudé mais bref.

Mais là où le bât blesse véritablement c’est dans la dernière partie du récit. C’est là que le réalisateur décide de démontrer que quand même, il a quelque chose à dire et qu’il ne se contente pas d’accumuler les scènes choc pour le plaisir. C’est là que les fameux titres de chapitres et autres citations théologiques sont censées prendre tout leur sens. Tout en continuant de choquer un peu tout de même. Le fameux message du film est d’une naïveté telle qu’on se demande si Wong Ching Po cherche à insulter le spectateur où s’il se croit réellement très fin. Sa morale aurait pu être écrite par un enfant et confirme sa méconnaissance du concept de nuance. Dans l’idée, on peut rapprocher la boucle de son récit à la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook. Mais là où le réalisateur coréen réussit à marquer son spectateur, à le faire souffrir, et surtout à l’impliquer émotionnellement, le scénario de Revenge : A Love Story est tellement décousu et les personnages tellement creux et inconstants qu’on ne s’intéresse pas à leur destin. Pire, si on redécoupe l’histoire de façon chronologique, les actes des uns et des autres ne semblent jamais justifiés.

Les fameux meurtres du début n’ont aucun sens, même si on comprend ce qu’a voulu dire le réalisateur. Les changements de comportements de certains personnages dans la dernière partie sont également loin d’être convaincants. Et la dernière image, qui se veut poétique et devrait remettre en perspective la philosophie du film paraît difficilement acceptable, plus encore que la conclusion du Running On Karma de Johnnie To, qui semble avoir inspiré le scénariste. En ne réussissant pas à choisir entre Catégorie III complaisante et film moralisateur, Wong Ching Po livre un film inégal, possédant quelques qualités mais qui ne parvient à convaincre dans aucun domaine. C’est d’autant plus regrettable que la mise en image est plutôt maîtrisée. Loin des effets de clips de Jiang Hu ou Mob Sister, elle s’impose par un style plus posé, qui place le spectateur dans cette fameuse position de voyeur.

Sauf que Wong Ching Po n’est pas Herman Yau, et en n’assumant pas pleinement le contenu violemment complaisant de son film, il le prive de la folie des Catégories III les plus extrêmes. Mais il n’est pas le seul responsable de cette déception (sauf si on estime que sa direction d’acteurs est une fois de plus en cause). Juno Mak n’a pas grand-chose d’un grand acteur, et il traverse le récit comme un fantôme, ce qui contribue à lui attribuer une ambiance surnaturelle, mais n’œuvre pas pour l’élaboration d’une dramaturgie convaincante. Face à lui, on retrouve avec plaisir Chin Siu Ho qui s’investit beaucoup mais n’a pas la chance d’interpréter un personnage extrême ni même tout simplement intéressant. Aoi Sora a été choisie pour une raison claire : contourner l’après scandale Edison Chen Koon Hei. Depuis la fameuse affaire des photos de stars nues, difficile de trouver une actrice Hong Kongaise qui accepte de se montrer nue. Du point de vue dramatique, elle ne livre pas une mauvaise prestation, mais elle se contente de jouer comme un enfant.

La véritable attraction de Revenge : A Love Story, c’est Anthony Lau, qui campe une véritable pourriture avec un naturel effrayant. Son personnage renoue avec la grande tradition des ordures sans foi ni loi, mais il n’est pas assez exploité pour réellement marquer et c’est bien dommage. Mais c’est à l’image de l’ensemble des éléments constitutifs de cette romance sanglante, qui sont pour la plupart intéressants, mais mal exploités. La capacité de Wong Ching Po à bien raconter une histoire ne peut pas être totalement mise en cause, car le scénario souffre de trop de raccourcis et d’inconsistances. On observe néanmoins une tentative sincère de s’effacer derrière son propos.

Revenge : A Love Story ne réconciliera pas les détracteurs du réalisateur, et il ne convaincra pas non plus ses admirateurs. Cette néo Catégorie IIII possède quelques arguments techniques indéniables et une première partie prenante, malheureusement l’équipe ne parvient pas à transformer l’essai.
Léonard Aigoin 5/4/2011 - haut

Red Wolf    (1995)
 Remake HK de Piège en Haute Mer. Ici, les pirates prennent en otage un paquebot de luxe pour voler sa cargaison d'uranium (un peu à la manière de Niki Larson / City Hunter, mais en plus sérieux). Heureusement, un membre d'équipage responsable de la sécurité (ancien policier d'élite, qui a vu tous les films de Bruce Willis et Steven Seagal) est expert en arts martiaux. Un après l'autre, il arrivera à mettre hors d'état de nuire les différents protagonistes et mettra à mal les plans malfaisants de ses organisateurs, qui n'hésitent pas à flinguer la quasi totalité des passagers.

 Un groupe de terroristes emmené par Tong San (Collin Chou Siu Long) veut s’emparer de l’uranium stocké sur un bateau de croisière. Un agent de sécurité (Kenny Ho Ka King) va les surprendre. Poursuivi par les terroristes, il va tenter de les arrêter avec l’aide d’une serveuse (Christy Chung Lai Tai) qui a démasqué leur chef.

De tous les chorégraphes de Hong Kong, Yuen Woo Ping est probablement le plus connu de tous grâce à son travail sur Matrix et Tigre et Dragon. Le succès planétaire de ces deux films nous donnera d’ailleurs droit pendant longtemps à un magnifique accroche marketing (hum hum …) « par le chorégraphe de Matrix et Tigre et Dragon ». Une vision ô combien réductrice de la carrière de Yuen Woo-ping. Fils du célèbre Simon Yuen, il verra sa carrière décoller en même temps que celle de Jackie Chan grâce à leurs collaborations sur Snake In The Eagle’s Shadow et Drunken Master. Par la suite, sa grande capacité à s’adapter à toutes les modes du cinéma d’action hongkongais lui permettra de perdurer dans le milieu et de rester, aujourd’hui encore, l’un des chorégraphes les plus demandés.

Au milieu des années 90, le Kung Fu Pian et le Wu Xia Pian lassaient le public à cause d’une surexploitation du genre. Le cinéma d’action contemporain a alors pris la relève en n’hésitant parfois pas à piller sans vergogne les films Hollywoodiens. C’est le cas ici avec ce Red Wolf qui n’est rien d’autre qu’une version HK de Piège En Haute Mer avec Steven Seagal.

Dans le film de Yuen Woo-ping, ce n’est pas un cuistot qui va se charger de sauver tous les passagers mais un duo improbable formé d’un agent de sécurité et d’une serveuse également voleuse à ses heures perdues. Un duo qui ne restera pas dans les annales. Kenny Ho fait preuve d’une prestation assez oubliable et peut se féliciter d’avoir de bonnes doublures pour les scènes d’action. Quant à Christy Chung, elle est aussi mignonne qu’insupportable et heureusement pour elle que le ridicule ne tue pas au vu de sa désastreuse imitation de Madonna ! Pour le reste du casting, c’est du côté des méchants qu’il vaut mieux se tourner. Elaine Lui tire remarquablement bien son épingle du jeu dans un rôle pour le moins sexy. Collin Chou se montre lui aussi à son avantage notamment lors des combats où ses qualités martiales sautent aux yeux.

Est-il besoin de s’attarder sur le scénario ? Seulement si l’on souhaite pointer du doigt sa médiocrité. Mal raconté, d’une banalité confondante et bourrés de clichés. Le scénario n’est pas vraiment le point fort de Red Wolf. Mais, après tout, peu importe si les scènes d’action, elles, nous en donnent pour notre argent. C’est quand même avant tout pour ça qu’on regarde ce genre de films surtout si Yuen Woo-ping est aux commandes. A ce niveau là, malheureusement, le résultat est assez moyen. La réalisation est efficace, les chorégraphies réussies et le tout est particulièrement violent, la majeure partie des passagers se faisant massacrer les uns après les autres. Mais on reste malgré tout sur notre faim. Dans le genre actionner bourrin, le réalisateur a fait beaucoup mieux par le passé comme dans In The Line Of Duty 4 par exemple. Dans le cas présent, les scènes d’action se regardent avec plaisir mais ne sont pas franchement inoubliables. Elles sont à l’image du film en fait.

Au final, Red Wolf n’est ni le meilleur film de Yuen Woo-ping ni son plus mauvais. Il se situe dans une honnête moyenne. Il ne fera pas date dans l’histoire du cinéma d’action made in HK mais n’en reste pas moins divertissant. Et c’est bien là tout ce qu’on lui demande.
Jean-François Gendron 4/28/2011 - haut

Nuits rouges du bourreau de jade    (2010)
 Hong Kong, de nos jours. Carrie est obsédée par les châtiments du Bourreau de Jade. Exécuteur du premier Empereur de Chine, il torturait ses victimes à l'aide de redoutables griffes et d'un poison provoquant un plaisir extatique mortel. Avec la complicité de son amant, elle explore des perversions sadiques inouïes et rêve de redonner vie à la légende en mettant la main sur la potion maudite. Surgit alors Catherine, une Française recherchée par Interpol et détentrice à son insu du précieux élixir, caché dans une antiquité qu'elle entend bien écouler. Le destin les réunit par l’entremise de Sandrine, trafiquante d'art, tandis que l’objet brûlant suscite aussi la convoitise d’un mafieux taïwanais, Monsieur Ko...


 Le cinéma de Hong Kong a connu plusieurs vagues de succès en France, grâce à des acteurs à la renommée internationale comme Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li. Mais si les productions de l’ex-colonie ont eu droit à une publicité plus importante selon les années, ce n’est pas uniquement grâce à ces stars, c’est aussi grâce au travail de journalistes passionnés, de cinéphiles qui ont cherché à communiquer leur passion au plus grand nombre. Julien Carbon et Laurent Courtiaud ont fait partie de ce petit groupe qui a fait confiance au potentiel d’attraction de ce cinéma à part. Journalistes de formation, ils ont longtemps œuvré à la diffusion de cette production, via leur propre fanzine, puis en participant à l’aventure du magazine« HK », aux côtés d’un autre réalisateur cinéphile, Christophe Gans, qui a largement eu l’occasion de prouver son amour du genre dans Crying Freeman et Le Pacte Des Loups.

Notre duo d’amis va quant-à lui s’illustrer avec le scénario du surprenant Running Out Of Time de Johnnie To. Installés à Hong Kong, les deux hommes vont non seulement continuer de prêter leur plume à certains réalisateurs, dont Tsui Hark, mais aussi assister aux tournages et apprendre de grands noms comme Wong Kar-Wai. Ce n’était donc qu’une question de temps avant qu’ils ne se décident à passer eux-mêmes à la mise en scène, et c’est la création de leur propre société de production aux côtés de la réalisatrice Kit Wong qui va leur permettre de franchir cette étape avec Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade.

On dit souvent que ce qui caractérise le cinéma de Hong Kong c’est son mélange de genres, et la folie de son spectacle. La première réalisation du duo fait penser, dans un premier temps, à un mélange de leurs différentes passions, sensation qu’on retrouve dans beaucoup de films mis en scène par des réalisateurs qui sont passés de cinéphiles à artistes. Le défi lorsqu’on vit une telle évolution de carrière est donc de réussir à conserver une identité personnelle. Cette ambition semble encore plus complexe dans le cadre d’une co-production, puisqu’on peut imaginer que les contraintes sont parfois importantes. C’est évident à la vue des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade, quand les différents acteurs s’expriment tous dans une langue différente. Les dialogues s’échangent donc en français, en cantonais, et même en taiwanais. Plus surprenant, les personnages se comprennent sans que cela ne choque réellement. Ce parti-pris, justifié par la co-production française qui impose que la moitié des dialogues soient en français, s’inscrit en effet bien dans le récit.

Le casting est très éclectique, et pas seulement parce que des acteurs français se sont glissés au milieu des interprètes asiatiques. Ainsi, les jeunes Maria Chan et Stephen Wong viennent donner la réplique à des vétérans. Mais ils restent finalement plutôt en retrait, comme si leur véritable rôle n’était autre que de donner plus de relief à la véritable attraction, l’habituée des catégories trois Carrie Ng. Il serait bien sûr réducteur de résumer sa carrière à ce genre à part qui a connu ses heures de gloire dans les années 90. Actrice versatile, elle s’illustre notamment par quelques prestations dramatiques mémorables qui lui permettent de ne pas s’enfermer totalement dans un registre. Néanmoins, il est évident que sa présence dans des œuvres comme Naked Killer lui confère une image forte qui n’est pas étrangère au choix des réalisateurs.

Présentée dès les premières scènes comme une dominatrice, elle écrase l’ensemble du casting par une prestation aussi terrifiante qu’envoûtante. Une dualité à l’image du film, qui s’appuie sur un fétichisme violent tout en évitant la complaisance malsaine. La première scène de torture peut paraître un peu gratuite avec sa couche de latex rappelant la prison de carbone de Han Solo dans L’Empire Contre-Attaque, mais elle est très représentative de l’ambiguïté de ce personnage. Entre séduction, domination et violence, on s’étonne également de sa relation avec son amant, dont les fondements sont pour le moins mystérieux. Carrie Ng entoure son personnage d’une aura forte grâce à un jeu bien plus subtil que ce qu’on pourrait croire, ce qui contribue à la rendre plus mémorable.

On a donc la sensation que la direction d’acteurs est plutôt rigoureuse. Outre le jeu restreint de Carrie Ng, qu’on a vue plus expansive dans certaines catégories trois, on peut constater que Frédérique Bel s’inscrit dans l’héritage très français du film noir, arborant un trench coat qui n’est pas sans rappeler celui d’Alain Delon dans Le Samouraï, tout en adoptant une attitude de femme forte à contre-emploi. On s’attend bien sûr à une véritable dualité entre l’actrice française et l’icône hongkongaise. Mais contre toute attente, le personnage de Catherine n’a rien d’une héroïne à laquelle on va s’attacher. Le duo de réalisateurs a en effet fait le choix de dépeindre une galerie de protagonistes aux actes plutôt répréhensibles. Dans ce monde presque surréaliste, personne n’est innocent. Ce parti-pris est intéressant mais aussi déstabilisant. On en vient parfois à se demander si Courtiaud et Carbon ne prennent pas plaisir à faire souffrir leur actrice.

Et il faut bien avouer qu’on attend plus d’assister à sa prochaine souffrance qu’à une éventuelle victoire. Il faut dire que le duo privilégie le personnage de Carrie Ng à celui de Frédérique Bel. Ce choix est intéressant, mais on aurait souhaité qu’il soit davantage revendiqué. En effet, la dualité dont il était question plus tôt, et qui semble lier les deux principaux protagonistes n’existe finalement pas vraiment, ce qui donne l’impression de ne pas assister au spectacle prévu. Certaines scènes, entièrement bâties sur cette supposée opposition sont pourtant mémorables, et laissaient augurer un affrontement passionnant. On pense notamment à un jeu de piste de chaussures en pleine rue qui devient un duel digne des meilleurs westerns grâce à une montée en tension prenante et un montage très efficace. Ce jeu du chat et de la souris donne également lieu à une scène de sniper intéressante. Mais l’héroïne française n’est jamais à la hauteur de son adversaire chinoise. Elle subit les événements sans jamais représenter une menace d’envergure, et ne parvient pas à s’imposer comme un double convaincant. La dernière partie du film met la difficulté de ce parti-pris en exergue, rappelant le final du Heroic Ones de Chang Cheh. On comprend que les contraintes de la co-production n’ont pas permis de faire de Carrie Ng le véritable rôle principal, mais on le regrette également en songeant au potentiel plus important encore de ce personnage.

Néanmoins, à l’image des fameuses scènes de torture, dont le rythme est très travaillé, on peut estimer que même si le rôle de l’arnaqueuse française aurait aisément pu être réduit, il permet de savourer davantage encore les apparitions de la dominatrice chinoise. Comme si Carbon et Courtiaud avaient décidé de faire souffrir le spectateur en même temps qu’ils lui procurent du plaisir. La mise en abîme est de toutes manières un élément primordial de leur cinéma, comme le montrent les scènes d’opéra. Ces passages, réglés par l’acteur et maître d’opéra Law Kar-Ying, sont en phase avec le récit, et confirment que son centre d’intérêt est bien le personnage de Carrie Ng. Mais outre leur intérêt narratif, on peut apprécier leur puissance émotionnelle, à l’image de la dernière représentation, très forte, dont l’impact rappelle autant le Vengeance ! de Chang Cheh que le Mulholland Drive de David Lynch. Une référence pas si innocente qu’on pourrait le croire, tant le récit baigne dans une aura mystérieuse, presque à la limite du surnaturelle. En faisant le choix de ne pas surcharger l’intrigue d’explications, et en exploitant l’image forte de l’opéra, les réalisateurs donnent un aspect de légende à une histoire dont certains éléments sont pourtant très ancrés dans une certaine réalité. La bande originale, comme la plupart des éléments du film, est complexe, mélangeant les sonorités, mais toujours avec beaucoup de succès. On s’étonnera d’entendre quelques mélodies électroniques rappelant la partition de Vangelis pour Blade Runner, lors d’une scène s’appuyant sur l’image, l’apparence et l’identité, donnant beaucoup de pertinence à ce qui peut faire penser à un hommage musical.

Mais plus que l’histoire, plus que la musique, ou même que l’ambiance, c’est vraiment le travail visuel qui fait des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade une œuvre personnelle, qui dépasse le simple mélange d’influences ou de citations. Dès le premier plan, on constate que le travail sur la photographie est d’une minutie incroyable, transcendant un budget qu’on devine modeste, pour présenter des images très belles. L’utilisation du rouge paraît être en phase avec les thèmes du film et sa violence, et rappelle l’une des meilleures répliques de C’est Arrivé Près De Chez Vous, à savoir l’inoubliable tirade de Benoît Poelvoorde sur la couleur rouge et ce qu’elle représente. Mais surtout, chaque cadrage est étudié comme une véritable peinture, dans laquelle la place de chaque objet, chaque personne a un sens, doit avoir un attrait visuel. De ce point de vue, on retrouve un sens de l’esthétique très proche du cinéma japonais et même du manga. On a ainsi parfois l’impression de reconnaître certaines influences ou inspirations, mais Carbon et Courtiaud parviennent à créer leur propre univers, comme en témoigne leur façon de filmer Hong Kong.

Là encore, le risque de céder à la citation était facile, en particulier en réutilisant certains décors ayant servi à des réalisateurs de l’ex-colonie (on pense notamment au restaurant de PTU). Mais là où Johnnie To, les frères Mak, ou plus récemment Edmond Pang peignent une ville aux ruelles exiguës, surpeuplée et à la vie presque étouffante, le duo français donne beaucoup de densité à ses paysages. Les prises de vue sont très différentes de ce qu’on a l’habitude de voir, et sans donner l’impression d’être une visite touristique, leur plongée dans Hong Kong donne vie à l’amour qu’un expatrié peut ressentir pour sa terre d’adoption.

Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade n’est pas un film de Hong Kong. c’est un film sur Hong Kong, sur son cinéma, sur ses acteurs, et sur ce qui fait que la ville nous passionne. Elle devient un moteur narratif autant qu’un véritable personnage, et permet aux réalisateurs de développer un univers personnel au fil d’un récit dont les enjeux sont un peu biaisés par certains contraintes de production, mais qui témoignent d’un potentiel qui donne envie de suivre leurs prochains projets. La violence, esthétique mais brutale, ne sera pas du goût de tout le monde, mais ne verse pas dans la complaisance malsaine. Un premier film prometteur.
Léonard Aigoin 4/22/2011 - haut

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