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Interview Jean-François Rauger : Rétro Johnnie To à la Cinémathèque française
La Cinémathèque Française 2/2 - Page 6
Infos
Auteur(s) : Van-Thuan LY
Date : 2/4/2008
Type(s) : Interview
Analyse
 
 Liens du texte  
Personnes :
Johnnie To Kei Fung
 
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Page 5 : La nouvelle vie de la Cinémathèque française
 
 Notes  
Propos recueillis par Van Thuan LY à Paris le mercredi 2 avril 2008.

Un grand merci à Jean-François Rauger pour son amabilité et sa gentillesse.

Pour plus d'infos sur la rétrospective Johnnie To à la Cinémathèque Française en mars 2008, allez lire notre dossier spécial.


HKCinemagic : Comme vous le savez, il y a un conflit d’intérêts entre les salles d’art et essai parisiennes et la Cinémathèque qui porte sur la programmation des films. Les salles d’art et essai estiment qu’il y a une concurrence inégale : on peut voir beaucoup de classiques du cinéma à la Cinémathèque, or ces films constituent aussi le répertoire, le fonds de commerce, de ces salles. Elles estiment que vous avez détourné une bonne partie de leur public. Quelle réponse avez-vous à leur apporter ?

Jean-François Rauger : La polémique s’est un peu calmée. Les salles de répertoire ont d’abord reproché à la Cinémathèque d’appliquer une politique tarifaire agressive. « 10€ par mois pour voir autant de films qu’on veut » a été considéré comme une politique agressive. Le problème de la concurrence sur la programmation est arrivée après, mais elle a été énoncée aussi.

Je vais donner une réponse globale. Sur la programmation d’abord. C’est vrai qu’on passe parfois des films qu’on peut trouver dans les salles de répertoire ; mais on programme aussi beaucoup de films qui ne passent jamais ailleurs. On a fait pendant deux mois une grande rétrospective du cinéma africain ; aucune salle d’art et essai ou presque ne passe plus de films africains depuis très longtemps. C’est pareil quand on programme des films danois…

 
HKCinemagic : …Et quand vous organisez une « rétrospective Howard Hawks » ?

Jean-François Rauger : Pour Howard Hawks, on a loué des copies aux Action [qui disposent d’un petit réseau de salles à Paris] ! Les Action sont aussi distributeur. Effectivement, quand on fait « Howard Hawks », il y a une sorte de concurrence. Mais quand on fait « Africamania », non. Quand on fait découvrir le cinéaste finlandais Teuvo Tulio, qui a fait des mélodrames dans les années 1930-1940, on fait aussi un travail de défricheur. La Cinémathèque a toujours été le lieu de tous les cinémas, ça va des classiques du cinéma américain au cinéma africain, et il n’y a pas de raison que ça change. On doit bien sûr tenir compte de la réalité du marché, et c’est ce qu’on a fait. Je voudrais simplement dire une chose : récemment, on a fait un sondage auprès de notre public, et on s’aperçoit que le public qui vient chez nous fréquente également les salles d’art et essai. Je pense que la Cinémathèque a un travail de formation. Je crois beaucoup à l’idée que les nouveaux spectateurs qui découvrent les classiques du cinéma à la Cinémathèque vont aussi dans les salles d’art et essai ensuite, parce qu’ils veulent poursuivre leurs découvertes : ils iront voir d’autres films de Jean Renoir en salles de répertoire parce qu’ils ont découvert une œuvre de Renoir à la Cinémathèque. Je ne crois pas à cette idée de concurrence directe que la Cinémathèque ferait aux salles d’art et essai. Il y a au contraire une complémentarité entre nous, quand on interroge notre public : il va aussi dans les salles d’art et essai.
Je pense que la situation est malheureusement plus grave et plus complexe ; on en est aussi victime, même si le succès qu’on a actuellement cache un peu cette réalité. Je crois que la crise des salles d’art et essai et des salles de répertoire, la diminution des nombres de spectateurs de ces salles, date d’il y a plus longtemps, bien avant l’installation de la Cinémathèque à Bercy. Je pense que la consommation des films de répertoire se fait différemment aujourd’hui : par le DVD, les chaînes câblées, d’autres supports…

La situation des salles parisiennes est aussi devenue compliquée. Elles sont pour la plupart situées dans le Quartier Latin, qui est un quartier qui vieillit. Or on sait que la fréquentation des salles n’est pas excellente dans les quartiers qui voient leur population vieillir ; c’est une réalité sociologique. Il y aussi les loyers qui flambent. Ce sont des salles où il y a plus de monde aux séances de l’après-midi qu’à celles du soir ; c’est un signe, leur public est composé de personnes âgées. Tout ça montre qu’il y a une crise de l’exploitation des salles d’art et essai qui est plus générale ; elle n’est pas simplement due à la mauvaise concurrence que leur livrerait la Cinémathèque. La concurrence supposée de la Cinémathèque est un trompe-l’œil.

Par ailleurs, la polémique déclenchée lors de l’ouverture de Bercy, c’était aussi une manière d’adresse au CNC [Centre National du Cinéma, Ndr] de la part des salles indépendantes, parce qu’on sait que les subventions diminuent. Les salles indépendantes sont aussi frappées par la diminution des aides publiques. Dans un contexte de rétrécissement de leur marché, on comprend évidemment leur inquiétude.

 
HKCinemagic : Est-ce qu’il est envisageable que le Libre Pass soit ouvert aux salles d’art et essai ?
Jean-François Rauger : C’est juridiquement impossible. C’est très compliqué. Car la Cinémathèque française n’a pas le statut d’une salle d’art et essai, elle n’a pas le statut d’une salle de cinéma. Elle a une forme juridique qui est plutôt non commerciale : c’est une association. Je sais que la question a été abordée. On y a réfléchi, et je sais qu’il y a des obstacles juridiques majeurs. En plus des statuts juridiques différents, il y a aussi cette histoire de remontée des recettes pratiquement impossible à calculer. En revanche, les abonnés de la Cinémathèque bénéficient d’un tarif préférentiel dans les salles Action par exemple. On fait ce type d’échanges, d’arrangements, afin de favoriser nos publics.
 
HKCinemagic : Dans bien des grandes villes de France, il y a aujourd’hui des cinémathèques. A Paris même, il y a de plus en plus d’institutions publiques, de grands musées, qui programment des films. On a l’impression qu’elles font un peu la même chose que la Cinémathèque. Récemment, le Centre Pompidou a fait une rétrospective Kiju Yoshida, par exemple. Il y a quand même une sorte de « concurrence » faite à la Cinémathèque française. Dans ce contexte, comment la Cinémathèque arrive-t-elle à se démarquer, à imposer une identité ?
Jean-François Rauger : L’identité de la Cinémathèque, c’est son histoire. Ce qui différencie la Cinémathèque des autres institutions qui projettent aussi des films ? La Cinémathèque, c’est d’abord une archive. Il y a chez nous des collections de films. La programmation n’est pas l’activité unique de la Cinémathèque, on œuvre aussi dans la conservation des films. Prenons le Forum des images par exemple : ils ont une manière de montrer les films qui est très différente de la nôtre. La Cinémathèque a plutôt une dimension monographique, avec ses rétrospectives par cinéastes, par artistes, par pays, etc. ; c’est un peu comme un musée qui fait de grandes expositions. Le Forum des images, lui, a plutôt une dimension centrée sur les faits de société, avec des projections par thèmes. Il y a une certaine complémentarité entre nous. Pour le Centre Pompidou [appelé aussi « Beaubourg », car situé dans ce quartier parisien, Ndr], effectivement, depuis quelques années, ils ont une programmation de type monographique, autour de grands cinéastes souvent. Ils ont fait de grandes rétrospectives comme celles consacrées à Yoshida, à De Palma, à Scorsese ou à Rivette, qui pourraient avoir lieu à la Cinémathèque…
HKCinemagic : Vous réagissez comment quand vous voyez ça ?

Jean-François Rauger : On ne peut pas empêcher les gens de faire ce qu’ils veulent. Comme ils sont aussi très bons, qu’ils travaillent très bien, c’est vrai qu’ils sont un concurrent sérieux pour nous. C’est vrai que parfois, la Cinémathèque peut avoir une désertion de son public qui est allé suivre une rétrospective à Beaubourg qui leur a paru plus intéressante.

Après, la question devient plus générale. Est-ce qu’il faut une harmonisation des politiques de patrimoine cinématographique sur Paris ? Faut-il une harmonisation globale qui ferait qu’on n’aura pas l’impression que différents endroits font un peu la même chose ? Ce n’est pas à moi de répondre à cette question.

La question n’est pas tellement de savoir s’il y a d’autres endroits dans Paris qui montrent des films comme à la Cinémathèque. La question est de savoir si le public est là, s’il y a un public suffisant, si l’offre correspond à la demande. Quand je vois les succès des rétrospectives à Beaubourg comme le succès de la Cinémathèque, je dirais que pour l’instant ça marche. L’équilibre est là, pour le moment. On va voir dans quelques mois quand le Forum des images rouvrira ses portes : ça va redistribuer les cartes sur Paris, même si son type de programmation est différent du nôtre. Ça va peut-être rééquilibrer les choix du public. Certains spectateurs iront peut-être moins à la Cinémathèque et préfèreront le Forum parce que c’est plus central. Il faut voir… La question n’est pas tellement la concurrence, mais plutôt comment entretenir ce marché (de la cinéphilie). Il faut qu’on entretienne ce marché. Il faut aller vers ce public, le prospecter, lui parler. Il faut pratiquer une action culturelle perpétuelle, afin de maintenir constant l’intérêt du spectateur pour le cinéma dit de répertoire. Que ce soit la Cinémathèque, le Forum ou Beaubourg, et bientôt le Musée d’Orsay (qui a recruté l’ancien directeur de la Cinémathèque Dominique Paini pour faire sa programmation cinéma – preuve que le cinéma est un produit d’appel important pour les institutions dont ce n’est pas la vocation première), c’est le même problème ; il faut maintenir vivant ce vivier de spectateurs qui va partout voir les films du répertoire. Il faut faire en sorte que ce geste qui consiste à aller voir en salle un film du répertoire, un film ancien (je n’aime pas beaucoup ce terme), soit toujours possible.

 
HKCinemagic : Justement, ne craignez-vous pas une concurrence géographique ? Le Forum des images, le Centre Pompidou (… et l’UGC Ciné Cité les Halles) se trouvent dans le même quartier, en plein cœur de Paris, bien desservi par les transports en commun, proche du Quartier Latin cher aux cinéphiles, ce qui est pratique pour les boulimiques de films. La Cinémathèque française, en revanche, peut donner l’impression d’être un peu isolée géographiquement…
Jean-François Rauger : Je ne pense pas qu’on soit excentré. Ce quartier est vivant, en plein développement [l’axe Bercy-Bibliothèque-Masséna]. On est bien desservi par les moyens de transports en commun. Maintenant, oui, le caractère central du Forum et de Beaubourg peut sembler jouer au détriment d’une décision d’aller à la Cinémathèque ; certains préféreront aller moins loin pour voir les films…
 
HKCinemagic : Quel est le rôle de la Cinémathèque française dans l’environnement actuel, où les cinéphiles ou ceux qui veulent se forger une culture cinématographique peuvent accéder aux films, anciens ou nouveaux, assez facilement, à tout moment, partout et sur toutes sortes de supports - les salles de cinéma, les institutions publiques, les festivals, les chaînes hertziennes, les chaînes câblées, les DVD, les video-clubs, la VOD, voire aussi le téléchargement illégal sur Internet… ?
Jean-François Rauger : C’est une question centrale ! Moi, je suis content, car la réalité d’aujourd’hui, c’est la victoire d’Henri Langlois [fondateur de la Cinémathèque française, Ndr], la victoire des pionniers de la Cinémathèque ! Ils voulaient qu’on puisse voir les films facilement, partout, n’importe quand, n’importe comment : au cinéma, à la télévision, à la Cinémathèque, etc. ! Pour un cinéphile, l’offre DVD est une vraie aubaine. L’inconvénient de cette profusion, c’est le désordre. La Cinémathèque, elle, peut apporter un peu d’ordre et un peu de sens. Dans la mesure où la Cinémathèque est un musée, qui organise « des expositions d’artistes ». Organiser une exposition d’artiste, c’est programmer une rétrospective du cinéaste. Cette programmation est aussi un discours : on explique en quoi le cinéaste en question est important. Ce discours peut également servir à ceux qui ne vont pas à la Cinémathèque. La Cinémathèque est un prescripteur, on fait de la prescription de sens. Cette prescription-là se fait dans l’organisation de la programmation, dans l’organisation des expositions, etc. Tout ça, c’est ce que la Cinémathèque apporte en plus par rapport au marché, qui est un peu sauvage, disséminé – même si les médias font plus ou moins leur travail, et en ce moment pas très bien parce qu’il n’y a pas de place dans les journaux et revues pour parler du cinéma ancien, parce que l’actualité prime, parce que les pages « culture » diminuent, etc. Le rôle de la Cinémathèque, il est là : c’est celui d’un musée, qui va apporter une cotation symbolique à une œuvre. Le fait que Johnnie To ait été honoré à la Cinémathèque française, ça apporte au moins une cotation symbolique à son travail. Cela le désigne comme un cinéaste important. Ce que la Cinémathèque fait, le DVD ne le fait pas, ni la télévision. Les autres institutions, elles, ne le font pas au même titre que la Cinémathèque. Elles n’ont pas la même légitimité historique que la Cinémathèque française pour cela.
 
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