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Interview avec Nansun Shi, productrice de première classe
Les débuts dans le milieu du cinéma et Cinema City 1/1 - Page 1
Infos
Auteur(s) : Arnaud Lanuque
David Vivier
Thomas Podvin
Date : 15/10/2003
Type(s) : Interview
 
 Liens du texte  
Personnes :
Allen Fong Yuk Ping
Ann Hui On Wah
Sam Hui Koon Kit
Teddy Robin Kwan
Karl Maka
Dean Shek Tien
Patrick Tam Kar Ming
Eric Tsang Chi Wai
Tsui Hark
Raymond Wong Pak Ming
Films :
Mad Mission 3
Studios :
Cinema City & Films Co.
Golden Princess Film Production Limited
Lexique :
Nouvelle Vague
 
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Page 2 : Etre la femme de Tsui Hark


Nansun Shi, productrice, est dans l'industrie du film depuis presque 30 ans. Epouse du célèbre réalisateur Tsui Hark, première conseillère pour Media Asia, elle a énormément contribué au cinéma de Hong Kong depuis la fin des années 19 70.

En octobre 2003, elle a accueilli un des rédacteurs de HKcinemagic, Arnaud Lanuque, pour discuter des aléas de la production au cours de ces trois décennies, d'abord de fin des années 70 au début des années 80 chez Cinema City, puis des années 80-90 à la Film Workshop , enfin de la fin des années 90 avec Media Asia.


A propos de vos débuts dans le milieu du cinéma 
HKCinemagic : Pouvez-vous nous expliquer votre intérêt pour le cinéma et comment en êtes - vous venue à travailler dans ce milieu ?
Nansun Shi : J'ai commencé à travailler pour la télévision en 1975. A cette époque, la télévision et le cinéma à Hong Kong (HK) étaient très intéressants. Un certain nombre de nouveaux réalisateurs allaient créer ce qu'on appellera «  la Nouvelle Vague  » [en français dans le texte], une nouvelle façon de faire des films. Certains d'entre eux avaient fait leurs premières armes à la télévision, d'autres avaient étudié à l'étranger. La première vague était composée de gens comme Ann Hui, Tsui Hark, Allen Fong ou Patrick Tam. Ils travaillaient à la télévision. J'y travaillais aussi, mais pas comme réalisatrice. J'ai d'abord travaillé au département programmes, à la publicité, puis j'ai quitté la télévision en 1978, à peu près à l'époque où la Nouvelle Vague a vraiment démarrée. Les circonstances étaient telles à HK qu'entre 1978 et 1980, 30 à 40 metteurs en scène ont réalisé leur premier film.

Si vous travaillez à la télévision, l'étape d'après, si vous êtes doué, c'est le cinéma. Du coup, beaucoup de mes amis sont devenus réalisateurs. J'ai toujours pensé que si je l'avais voulu, j'aurais pu le devenir moi aussi, mais je n'aurai s été qu'une réalisatrice de second, voire de 3ème zone ! J'ai pensé que je pouvais faire plus en faisant tout ce que le réalisateur n'aime pas faire. A l'époque, être réalisateur était vraiment tendance, et il y a un tas de choses que les réalisateurs n'aimaient pas faire, ou ne devraient pas faire  ; j'ai pensé pouvoir m'en charger.

J'ai toujours dit que j'aimais le cinéma depuis mon enfance. Ma mère m'y emmenait souvent. Nous étions 4 enfants dans la famille, et elle ne pouvait pas nous y emmener tous. Il y a vait 3 garçons et une fille, donc souvent elle me choisissait, et nous n'avions qu'un ticket à payer, car je m'asseyais sur ses genoux. Pendant les vacances, elle passait devant le cinéma, et demandait : « tu veux aller au cinéma ? », et je disais oui. Ma mère adorait le cinéma, notamment américain. J'ai donc regardé énormément de films dans mon enfance , et j'aimais vraiment ça. Donc quand est venue l'heure de trouver un travail, le choix était facile…

Quand j'ai quitté la télévision, j'étais très fatiguée car j'avais travaillé intensément pendant 2 ans. A cette époque, Cinema City en était à ses débuts. Il y avait trois actionnaires fondateurs.

 
cinema city
HKCinemagic : Karl Maka, Eric Tsang et Dean Shek ?
N S : Oui, les 3 avaient peu d'expérience en tant que producteurs, mais ils connaissaient bien le milieu du cinéma . Ils se sont dit : « Trouvons - nous des réalisateurs de la Nouvelle vague ». Ca leur semblait la meilleure façon d'être dans le coup. Et c'est assez drôle, car ils sont très « Old school » [vieille école]. Ils nous ont avoué plus tard qu'ils ne savaient pas comment dénicher ces nouveaux réalisateurs. Puis ils ont acheté un magazine appelé Film Biweekly, un magazine alors destiné aux professionnels et aux vrais passionnés du cinéma. Ils n'ont pas vraiment compris de quoi il retournait, mais ils savaient qu'ils pourraient trouver des noms dans ce magazine, des personnes qu'ils ont pu contacter par la suite .

Ils ont rencontré Tsui Hark et lui ont demandé de faire des films. Par l'intermédiaire de Tsui, ils m'ont connue, et se sont dit : « nous sommes seulement acteurs, il nous faut quelqu'un pour diriger la compagnie ». Ils se sont donc adressés à moi, mais je leur ai répondu que j'étais trop fatiguée, et que j'avais besoin d'une période de break pour décider de mon avenir. Ils ont alors fait quelque chose de très malin, ou peut être de très stupide. Ils m'ont dit qu'ils voulaient que je commen ce à travailler tout de suite. Je leur ai répondu que je préférais d'abord les connaître un peu mieux, en fait je ne les connaissais pas du tout. Ils m'ont toujours paru vraiment étranges, peut - être étaient ils des membres de triades, je ne savais pas. Ils m'ont juste dit que je n'aurais qu'à commencer à travailler en novembre, que j'avais déjà eu beaucoup de repos. J'avais quitté mon job pendant l'été, et j'avais pris quelques mois pour passer mon permis de conduire. Je ne me sentais pas l'envie de retravailler tout de suite, mais ils m'ont directement mis de l'argent sur mon compte banquaire  : «  nous te payons un salaire de toute façon ». Je me suis donc sentie responsable, et donc j'ai commencé a travailler immédiatement. Voila pour mes débuts à Cinema City.

Maintenant c'est de l'histoire ancienne, parce que les 3 en ont fini avec ce cabinet de 7 personnes, ce qu'ils appelaient le « groupe des 7 ». Nous nous retrouvions chaque nuit pour parler de films, de Hollywood. Ils travaillaient toujours la nuit. Tous les 7, nous étions comme la United Artists. Les six autres [Eric Tsang, Dean Shek, Karl Maka, Raymond Wong, Tsui Hark et Teddy Robin Kwan] étaient réalisateurs, producteurs, auteurs ou acteurs, contrairement à moi. Je m'occupais de tout le reste, de la bonne marche de la compagnie.

Ils venaient au bureau vers 17h, et sauf cas de force majeure , ils signaient juste des chèques. Je me rappelle que Raymond Wong Pak Ming venait plus tôt, et souvent nous allions à l'appartement de Karl Maka. Et il y avait une pièce appelée « struggle room » [NDT : Pièce ou on débat/Pièce ou l'on se débat/ salle de discussion ]. Et là on travaillait toute la nuit. Je partais plus tôt parce qu'il fallait que je sois au bureau le lendemain matin.


Karl Maka et Eric Tsang dans All The Wrong Clues For The Right Solution

HKCinemagic : Quel était votre rôle et quelles étaient vos relations avec les autres membres de la compagnie (Karl Maka, Eric Tsang Chi-wai…) ?
N S : On fonctionnait vraiment en groupe. Le seul problème était que, après avoir répété les questions trois fois, il me fallait une décision. Je devais attraper Karl, puis Dean et Wong et leur demander. C'était intéressant de travailler en groupe, chacun avait ses points forts. Karl et Dean faisaient depuis longtemps des comédies à petit budget, et ils avaient une grande popularité. De plus ce sont de très bons conteurs d'histoire, et ils tournaient des films de qualité. Puis ils ont engagé des nouveaux réalisateurs comme Tsui Hark ou Teddy Robin. Teddy était un très bon musicien , il a donc amené une touche « jeune ». Tsui Hark avait un style cinématographique époustouflant, c'était aussi « l'intello » de la bande. Wong était un auteur, avec une grande expérience  du théâtre. Et Eric connaissait bien la rue, c'est un homme de la rue. Quant à moi, j'étais « moderne » mais j'avais aussi le sens du respect des valeurs, des femmes, des minorités et de la classe moyenne.
 
HKCinemagic : Chacun amenait son eau au moulin …
N S : C'est ça. Nous apportions tous notre contribution. C'était une bonne chose. On proposait des projets de films aux autres, et on ne les faisait que si tout le monde était d'accord, c'était  « reviens demain avec un meilleur argument ». Il fallait proposer un projet avec lequel tout le monde serait d'accord, et ensuite vous en étiez responsable et vous pouviez le faire à votre façon. Tout le monde suivait cette ligne de conduite. Nous étions assez libres mais nous avions conscience de nos points forts - par exemple, Dean était très doué pour le doublage, donc il s'occupait des versions mandarines des films, et il choisissait les bandes annonces. Nous avions tous notre spécialité. J'étais responsable de l'administration et de la distribution. J'étais donc à l'écoute des clients, je savais ce dont le marché avait besoin. Nous amenions tous notre savoir-faire et nos infos jusqu'au début du tournage.
 
HKCinemagic : Considérez-vous ces années à Cinema City comme une bonne expérience ?
N S : Absolument. Très bonne expérience. Par ailleurs, il y a une autre raison qui a fait le succès de Cinema City. Non seulement nous travaillions très bien ensemble, mais de plus les financiers nous soutenaient. La compagnie derrière nous était la Golden Princess , une compagnie d'immobilier qui voulait se lancer dans le cinéma, mais personne ne leur donnait de films, ils étaient frustrés. Le président, Mr Lui et le vice président, Mr Ng, deux véritables gentlemen, nous ont apporté un grand soutien. Nous étions des débutants, nous aurions abandonné sans cela. C'était une situation assez atypique.

A l'époque, faire des films à HK, n'était pas considéré comme une bonne position sociale. Apres les années 80, quand le cinéma HK a commencé à bien se porter, une grande partie du public s'est mise à considérer le cinéma comme une part de son héritage culturel .

Quand je suis entrée dans ce milieu, il y avait très peu de gens « cultivés » . Ma famille s'interrogeait sur les raisons de mon choix. Les films cantonais ne sont pas connus pour leurs qualités artistiques. C'était un business à la dure, avec des gens de tous les milieux. Moi, j'avais fait mes premières armes avec les nouveaux réalisateurs, qui avaient fait plus d'études, qui étaient plus intellectuels, plus cultivés. Le soutien de ces financiers, très influents dans la communauté, nous a donné accès à ce dont nous avions besoin, trouver des locaux par exemple. Ils faisaient tellement d'argent dans l'immobilier à HK qu' ils n'avaient pas besoin du loyer ; ils pouvaient nous aider dans ce domaine. En plus de cela, ils nous apportaient leur soutien financier sans interférer dans notre travail. Ils nous disaient : « nous n'y connaissons rien, on vous fait confiance, vous connaissez le milieu, faites pour le mieux ».

C'est très important, et par ailleurs, comme nous faisions de gros succès, artistiques et commerciaux, avec de bons scénarios, nous attirions les célébrités à un prix moins élevé que ce qu'ils demandaient habituellement. Par contrat, le réalisateur touchait des royalties, et à la Golden Princess, ils étaient très méticuleux dans leurs comptes. Ils étaient connus pour payer rubis sur l'ongle et leurs livres de comptes étaient très bien tenus. Je n'ai vu ça nulle part ailleurs.


Dean Shek et Eric Tsang dans By Hook or By Crook
HKCinemagic : Avez-vous participé à un gros projet durant cette période ?

N S : Tout le monde participait à tous les projets. Par exemple, sur Aces Go Places III, notre planning était très serré…Nous étions sur la brèche en permanence. Sur les scènes avec les petits robots et la petite ambulance, bref, nous étions tellement en retard, qu'un jour j'ai eu 7 équipes de tournage simultanément. Je m'en souviens très bien, tout le monde devait s'entr aider. Untel tournait quelque chose, un autre filmait une autre scène, nous avions des scènes importantes à finir , des plans séparés qui devaient se compléter ensuite , et je devais m'asseoir dans un bureau et dire : « toi tu vas filmer ceci, l'autre il va filmer cela  ». Même la star Sam Hui est parti allé tourner la chanson d'amour style MTV, et John est allé tourner la scène du robot. Je leur ai dit qu'ils n'avaient qu'une certaine longueur de métrage à tourner, que c'est tout ce qu'il me fallait pour pouvoir recoller tous les morceaux. Mais bien sûr, les réalisateurs, quand ils partent tourner, ils ne vous écoutent jamais, et ils ont donc tourné bien plus, et comme ils sont malins, ils a vaient tourné de manière à ce que vous ne puissiez pas couper leurs plans vous-même. Du coup, je me suis retrouvée avec tout ce métrage supplémentaire avec lequel je devais me débrouiller.

 
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