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Les Coolies en ont ras le bol    (1973)
Si l’on consulte la définition de « naufrage », on peut lire : « perte d’un navire en mer ». Ainsi, si on interroge les gens sur un naufrage spectaculaire, ils citeront pour la plupart celui du Titanic. Mais si l’on s’intéresse au sens figuré de ce mot, il est question de ruine, d’échec. « Eagle Shadow Fist » répond tout à fait à cette définition. Tourné en 1973, ce petit divertissement a depuis été commercialisé sous le nom de Jackie Chan. D’ailleurs, la plupart des versions en ventes présentent une jaquette qui laisse penser qu’il est l’acteur principal. Afin de rester crédibles, ces publicités s’ornent de photographies de films tels que Fearless Hyena par exemple. Même le générique de la version doublée en anglais tente d’escroquer le spectateur en ne présentant que « Jacky Chan ». Or dès son apparition, on constate qu’il ne ressemblait pas encore à la star qu’il est devenue. N’ayant pas encore eu recours à la chirurgie, comme à l’époque de Master With Cracked Fingers, le jeune interprète n’est pas non plus affublé de la coupe de cheveux à laquelle on l’associe, mais d’une coupe en brosse. Même sur le plan musculaire, on constate que le jeune homme est extrêmement maigre et n’a pas les muscles dessinés comme par la suite. La ressemblance avec son fils Jaycee Chan est d’ailleurs bien plus frappante à cette époque, et devient même troublante. Il est rapidement évident que la production tente de surfer sur le succès des films du petit dragon : ton sérieux, japonais ignobles, chinois patriotes, violence omniprésente, Eagle Shadow Fist annonce presque le New Fist Of Fury qui marque le début de la collaboration entre Chan et le producteur réalisateur Lo Wei. Mais même si les productions de l’époque, hors Shaw Brothers, ne bénéficiaient pas de moyens démesurés, ici on peut parler de tournage amateur, tant les conditions semblent spartiates.

Si Zhu Mu restera dans les mémoires pour sa piètre prestation de diabolique mandchou dans le Heroes Two de Chang Cheh, il s’illustre de façon encore plus scandaleuse en tant que réalisateur. On lui doit d’ailleurs quelques autres désastres qui tentent de jouer dans la cour des films de kung fu, notamment Le Jeune Tigre, dans lequel Jackie Chan jouait l’antagoniste de Charlie Chin. Avec un tel metteur en scène, on sait à quoi s’attendre, et on ne sera pas déçu, puisque la mise en image est d’une nullité abyssale. La voix off qui introduit rapidement le contexte semble promettre une histoire qui ne se perd pas en exposition, mais il va falloir rapidement se rendre à l’évidence, Eagle Shadow Fist ressemble plus à un épisode de soap opéra qu’à un kung fu pian épique. Visuellement, l’ensemble fait tellement amateur qu’on en rirait presque. Les quelques malheureux décors sont misérables, les hors champs s’enchaînent avec bonheur, mais c’est surtout son incapacité à raconter une histoire qui est flagrante. Les dialogues constituent l’essentiel du récit, alors même que les personnages n’ont rien à raconter. Et quand ils le font, ils le font mal. Le premier dialogue entre Jackie Chan et Wong Ching ressemble d’ailleurs à un canular. C’est bien simple, les décors derrières les acteurs ne sont jamais les mêmes d’un plan à l’autre, à tel point qu’on a la sensation de contempler le montage de plusieurs films différents. Si encore les acteurs se montraient convaincants, mais tous rivalisent au contraire pour livrer l’interprétation la plus ridicule. Wong Ching n’a ainsi rien à envier au célèbre docteur Drake Ramoray, avec sa façon incroyable de ne pas suivre les discussions, ou de donner l’impression de ne pas parler la même langue que ses interlocuteurs, comme en témoignent ses regards perdus dans le vide. Doté d’un physique qui le destinait plus à jouer les gangsters que les héros, Wang prouve que ses dents écartés et son regard de fouine le rendent inquiétant, même lorsqu’il tente d’exprimer la bienveillance. Si encore il s’agissait d’un anti-héros, mais non, c’est un protagoniste des plus fades. On a d’ailleurs bien du mal à comprendre pourquoi les japonais (diaboliques ne l’oublions pas) semblent le craindre et parlent de lui comme d’un révolutionnaire. Son grand coup d’éclat consiste ainsi, lors d’une mission de coolie, à faire tomber une prostituée chinoise pro-nippone de son pousse-pousse, et à partir en riant. En plus d’être risible, cette scène va prendre 20 minutes du film. En effet, bien que le spectateur ait vu cette action révolutionnaire, le héros va s’en vanter devant une assemblée subjuguée, qui semble, comme nous, attendre une chute. Puis c’est la prostituée en question qui va, pendant 5 minutes, raconter une fois encore ce même passage. S’il fallait une preuve que Zhu Mu n’a rien à raconter, la voilà.

Le réalisateur, qui joue lui-même un militaire japonais, lance ainsi quelques sous-intrigues, à travers son personnage justement, qui n’aboutiront à rien. On ne comprend pas vraiment les conflits entre les japonais et nos héros, puisqu’à part la cruauté héréditaire des japonais, il n’y a pas réellement d’événement pour la justifier, nos révolutionnaires étant d’une passivité incroyable. Wong Ching et Jackie resteront ainsi les seuls à lutter contre l’oppresseur, alors qu’ils sont toute une troupe au début. Alors que leurs amis leur propose de les retrouver plus tard, on ne les verra plus jamais, sans qu’on sache pourquoi. Le fameux militaire incarné par Zhu Mu, dont l’ambition est de racketter des villageois sans le sous, ne sera pas puni pour ses actes, et il n’y aura donc pas réellement de catharsis. Du point de vue narratif, Eagle Shadow Fist est donc bel et bien un naufrage, qui n’a rien à raconter et le raconte mal. Et si Wang Ching contribue largement au désastre, la sympathique prestation de Jackie dans Master With Cracked Fingers laisse augurer du bon pour ce film. Et bien il semble que la future star ait été contaminée par le manque de talent ambiant, car il livre une des pires prestations de sa carrière. Il suffit de le voir rire à gorge déployée, penchant la tête en arrière à s’en tordre le cou pour s’en convaincre. Mais si nos deux héros sont mauvais dramatiquement, l’important est qu’ils justifient leurs salaires par leurs prouesses physiques. Sachant que deux des frères Yuen, Cheung-Yan et Yuen Yat-Chor, font de la figuration, et participent aux chorégraphies, on ne peut que se réjouir. Enfin on peut le faire tant qu’on n’a pas vu un des combats. Il faut savoir que seul le final dure plus de 40 secondes, ce qui risque de décontenancer. Ce n’est d’ailleurs pas plus mal, tant les affrontements sont mal réglés. Dans les années 70, la vitesse des échanges n’était pas ahurissante, et il n’était pas rare que les coups s’arrêtent quelques centimètres avant d’atteindre leur cible. C’est bien sûr le cas ici, mais en plus, aucun des acteurs ne semble connaître les arts martiaux. Si Jackie montrera quelques petites acrobaties, qu’on peut compter sur la moitié des doigts d’une main, il semble incapable de donner un véritable coup de poing, ou un coup de pied digne de ce nom. D’ailleurs, malgré l’arrogance de son personnage, il perd systématiquement tous ses duels. Wong Ching ne s’en sort pas beaucoup mieux, car même s’il se montre plus vif, ses coups n’ont ni précision, ni puissance. Quant aux soi-disant Japonais, ils passent leur temps à casser des planches et des portes à coups de pied plutôt qu’à se battre. Les combats ne sont donc pas du tout techniques, et n’ont aucun intérêt, malgré les différences de style. On a ainsi bien du mal à faire la différence entre la karaté et le kung fu. Pour compenser les carences techniques, Zhu Mu ajoute une bonne dose d’hémoglobine à la Chang Cheh, certains passages étant même vraiment gores. Mais cette violence gratuite ne leurre pas, et seul le final s’en sort un peu mieux. Si les précédents duels étaient furieusement courts, celui-ci est désespérément long. Plus abouti, plus technique, il reste plutôt pathétique. Indépendamment de la folie qui se dégage de One-Armed Boxer, les combats, aussi fous et peu techniques soient-ils, sont bien plus réussis et maitrisés, c’est dire ! On reconnaîtra d’ailleurs un décor identique au film de Wang Yu pour clore un film qui semble ne jamais terminer, tant il est ennuyeux.

Eagle Shadow Fist est à éviter à tout prix. Même les fans les plus fidèles de Jackie Chan auront du mal à supporter le visionnage jusqu’au bout, d’autant que la star est traitée sans aucun respect et livre une prestation à l’image du film et du reste de l’équipe : pathétique. Un divertissement qui n’a de kung fu que le nom.
Léonard Aigoin 3/2/2011 - haut

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 3/2/2011 Léonard Aig...

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