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Flashpoint    (2007)
Comme Bruce Lee ou Arnold Schwarzenegger dans le temps, Donnie Yen Chi Tan est une vedette narcissique qui suscite des réactions quasi-épidermiques : soit on l’adore soit on le déteste. Devenu le plus grand acteur martial de Hong Kong, chacun de ses nouveaux films, dont la promotion est essentiellement basée sur ses prouesses physiques, ne cesse de diviser la communauté des amateurs du cinéma d’action. Vilipendé par certains, Flash Point n’est pourtant pas un pétard mouillé. Les détracteurs du film disent qu’il n’a pas répondu à leur attentes. Mais à quoi s’attendaient-ils ? A un grand film à la James Cameron, avec un scénario en béton et une mise en scène de génie ? Au vu des derniers films de Wilson Yip Wai Shun et de la situation actuelle du cinéma hongkongais, de plus en plus sous perfusion chinoise, était-ce concevable ? A contrario, si on ne souhaite qu’un film avec de spectaculaires scènes d’action, alors on ne sera pas déçu du voyage.

Nous devons remercier le Thailandais Tony Jaa et des Coréens comme Ryu Seung-Wan (The City of Violence, 2006) d’avoir contribué au réveil du cinéma d’action made in HK. En effet, leur apparition fracassante a fait comprendre aux Hongkongais qu’ils s’étaient endormis sur leurs lauriers. La faute n’était sans doute pas due au manque de créativité des chorégraphes, mais plutôt à une absence de relève d’acteurs martiaux : Jackie Chan ou Jet Li vieillissants ont été remplacés par des « idoles des jeunes » insignifiants sur le plan de la maîtrise martiale – certains n’ont même aucun talent d’acteur. L’exemple de Matrix aidant, producteurs et réalisateurs ont cru qu’avec les effets spéciaux, les câbles et les doublures, ils réussiraient à maintenir longtemps le public dans l’illusion. La concurrence asiatique a heureusement remis en cause (provisoirement ?) cette pratique déplorable. Et Donnie Yen est indéniablement l’un des principaux artisans de cette renaissance du cinéma d’action hongkongais.

Hélas, nous devons blâmer les mêmes Thaïlandais et Coréens – entre autres - qui ont aussi fait croire aux Hongkongais que le scénario n'a plus aucune importance dans ce genre d'entreprise – en gros, on y applique le même canevas que le Jeu de la mort de Bruce Lee. L’histoire est en général assez soporifique. Sur ce point, Flash Point n’échappe pas à la règle : son intrigue peut se résumer sur une demi-page d’un agenda. Le scénariste en chef Szeto Kam Yuen s’est contenté de remanier un peu le script de SPL (Sha Po Lang) : des flics incorruptibles qui veulent faire tomber de redoutables malfrats, ceux-ci assassinent alors les témoins gênants. Szeto Kam Yuen a aussi recyclé des idées qu’il avait développées pour Dog Bite Dog : le personnage de l’inspecteur Ma (Donnie Yen), cheval fou incontrôlable apparu dans SPL (dont Flash Point est une sorte de prequel), est ici un décalque du flic chien fou Wai (joué dans l’autre film par Sam Lee), la scène de l’hôpital, la violente confrontation entre Ma et Tiger (Xing Yu) aux gargotes, le bestial affrontement final entre Ma et Tony (Collin Chou Siu Long), c’est un peu du déjà vu… Le scénario de Flash Point ne fait pas dans la dentelle. Les bons y sont bons et les méchants, très méchants. Les personnages sont tous assez stéréotypés. Donnie Yen interprète un inspecteur Ma sans grande épaisseur psychologique : c’est une sorte d'archétype du héros de film d'action, qui cause plus avec ses poings et ses pieds qu'avec les mots, frimeur, provocateur, violent, piétinant allègrement la loi et les règlements, "mais c'est pour la bonne cause", et qui gagne toujours à la fin. Les autres comédiens, transformés en faire-valoir de Donnie Yen, sont logiquement sous-employés : Louis Koo Tin Lok, si bon dans Election 1 et 2, est ici un simple buddy, Ray Lui Leung Wai n’a pas eu l’occasion de nous montrer qu’il est un chef mafieux vicelard, Kent Cheng Jak Si fait son habituel numéro de bourru, Xing Yu sauve les meubles en faisant preuve d’un peu de talent comique, seul Collin Chou a reçu un traitement plus enviable en incarnant l’ultime adversaire du héros. Comme dans beaucoup de ces histoires de mâles bagarreurs, la femme (ici, le boulet Fan Bing Bing) sert de repos au guerrier – et Super-Donnie est tellement occupé à saisir ses adversaires qu’il oublie même d’en avoir une ! Cette caricature de récit policier est certes une constante dans les films d’action visant le plus large public, mais ici elle a sans doute été aggravée par le fait qu’il s’agit d’une coproduction avec la Chine, où la censure n’apprécie guère les nuances et les ambiguïtés. Par rapport à Sha Po Lang, à la tonalité plus sombre, Flash Point paraît bien plus limpide. De fait, il se situe plus près des films américains avec de douteux « justiciers patriotes » des années 1980 que ceux de Martin Scorsese ou de Johnnie To Kei Fung ! Le Yau Nai Hoi des films d'action reste encore à trouver.

L’important dans Flash Point, c’est bien sûr le « Donnie’s Show » ! La bête est presque tout le temps à l'écran. Tout le film est bâti sur sa personne, qui incarne une sorte d’inspecteur Harry qui serait possédé par l’esprit de Bruce Lee. Il court, il saute et surtout il frappe, rendant la justice de façon expéditive. Toujours dans l’action, les scènes « dramatiques » sont pour Donnie Yen une formalité. Notre homme est filmé sous toutes les coutures, habillé ou torse nu (ah ! cette inénarrable séquence à la plage ! ). Comme la plupart des stars de films martiaux, le jeu de Donnie Yen est assez monolithique - c’est parce qu’ils doivent se concentrer sur les combats ? La référence de Super-Donnie est le Petit Dragon dont il reprend bien des mimiques dans ce film. Comme son idole, il nous montre qu’il sait pratiquement tout faire avec ses mains et ses pieds et qu’il ne craint pas le mélange des styles. La Maison Yen, c’est un peu la Samaritaine des arts martiaux : on y trouve de tout ou presque. De nombreuses techniques sont visitées dans Flash Point, du kung fu chinois au judo japonais, en passant par le muay thai ou la boxe anglaise, sans oublier le jeet kune do ou encore le sambo. Le tout donne une sorte de free fight très impressionnant à l’écran. Contrairement à Dragon Tiger Gate, où les combats étaient certes beaux mais irréels et où les protagonistes s’amusaient à singer les super-héros de Marvel en s’envolant dans les airs grâce aux effets numériques, Donnie Yen privilégie ici les combats au corps à corps très réalistes, ainsi que les chutes et les placages au sol entamés avec SPL (ce qui peut énerver ceux qui n’apprécient pas particulièrement le catch). D’une rapidité et d’une efficacité redoutables, les coups de Super-Donnie pleuvent sur ses adversaires qui finissent tous bien amochés – lui-même en reçoit pas mal. Une fois de plus, Donnie Yen nous prouve qu’il fait aujourd’hui partie des meilleurs artistes et chorégraphes martiaux en activité dans le monde. Quand on voit de quoi il est capable, on se demande si on arrivera encore à regarder un film avec Jean-Claude Van Damme ou Steven Seagal sans être mort de rire : car le temps que ces deux-là lèvent leur pied, Donnie a déjà mis KO dix types et reboutonné sa chemise !

Pour ceux qui sont habitués aux orgies chorégraphiques chez Tony Jaa, Flash Point pourrait leur donner l'impression d'être un peu avare en scènes d’action. En tout, il doit y en avoir quatre, les deux premières étant des petits avant-goûts et la troisième (avec Xing Yu) annonciatrice du déluge final. C’est que pour ce film, le duo Wilson Yip-Donnie Yen a choisi une option risquée en concentrant les plus grandes scènes d’action dans sa dernière demi-heure. De fait, les 30 dernières minutes ne donnent quasiment aucun répit au spectateur, scotché dans son siège devant cette tuerie sauvage et spectaculaire. Elles lui font oublier une première heure assez indolente. Et quelle belle idée (inspirée d’une scène de Exiled de Johnnie To ?), ce long combat final dans un cadre bucolique ! C'est inhabituel, c'est beau, c'est poétique. Par moments, on pense même aux films de Terrence Malick (en exagérant un peu...), avec ces hautes herbes noyant les protagonistes qui se tirent dessus. En passant, Donnie Yen nous montre qu’il est aussi un excellent chorégraphe pour les scènes de gunfights.

Contrairement à Tony Jaa dans Ong Bak ou Jet Li dans Fearless, Donnie Yen a eu l’intelligence de se trouver un artiste martial de grande valeur pour lui faire face. Avec Collin Chou (qui - est-ce un hasard !? - s'appelle "Tony" dans le film et qui y pratique la boxe thaie entre autres !), il a su tenir en haleine le spectateur qui se demande tout au long du film « quand est-ce que le combat démentiel entre ces deux hommes va t-il avoir lieu ?". Cette attente fébrile est le véritable fil conducteur de Flash Point ; le suspense est créé par la rencontre au sommet promise et non pas par l'intrigue. C'est un procédé certes pas très original mais qui nécessite la présence d'un adversaire charismatique. Collin Chou a donc hérité du second meilleur rôle du film. Lui aussi parle peu mais agit avec efficacité. On pense évidemment au tueur incarné par Jacky Wu Jing dans SPL : un monstre de sang froid, un redoutable combattant. Par sa prestance et une économie dans son jeu, Collin Chou a su insuffler un peu d'âme à son personnage. On finirait même par avoir de la sympathie pour lui. L'affrontement entre Donnie Yen et Collin Chou a tenu toutes ses promesses. Malgré quelques doublures plus ou moins visibles et un recours au montage rapide qui nous empêchent d’atteindre les sommets des meilleurs films de Jackie Chan par exemple, force est de constater que ce grand moment d’action pure est ce que nous rêvons de revoir dans le cinéma de Hong Kong depuis longtemps. La puissance martiale des deux combattants est bien visible à l’image. La destruction de la maison, qui reçoit autant de coups qu’eux, symbolise bien ce souffle puissant qui les anime. Grâce aux efforts de Donnie Yen, épaulé par une excellente équipe d’assistants-chorégraphes très cosmopolite, le film d’action de Hong Kong retrouve lentement ses lettres de noblesse. Espérons que son exemple sera suivi par d’autres.

Si vous avez l’impression que Flash Point est un film « de » Donnie Yen, vous n’aurez pas complètement tort. La réalisation de Wilson Yip est, comme à son habitude, efficace. Mais ce style énergique, tape-à-l’œil, nerveux, inconfortable, avec des effets clippesques, une caméra virevoltante (portée à l’épaule parfois) et un travail de montage impressionnant a tendance à devenir une sorte de standard de la réalisation à Hong Kong. Y aurait-il eu beaucoup de différences si ce film était signé Daniel Lee, Patrick Leung ou Andrew Lau ? Pas sûr… De Flash Point, nous retiendrons surtout la fabuleuse créativité de Donnie Yen. S'il ne peut être considéré comme un chef-d’oeuvre, Flash Point mérite tout de même notre estime pour sa grande contribution au renouveau du cinéma d’action made in Hong Kong - mais avec des fonds chinois.

Dans le film, le héros affronte un gang mené par trois frères sino-vietnamiens, des anciens réfugiés - notons qu'ils sont interprétés par trois comédiens qui ont des origines "étrangères" : un Sino-Vietnamien (Ray Lui), un Taiwanais (Collin Chou) et un Chinois du continent (Xing Yu). Cela nous rappelle la série des Long Arm Of The Law des frères Johnny Mak et Michael Mak et ses desesperados venus de la Chine populaire (l’opus 2 plus précisément, avec la présence de la mère, l'anniversaire gâché, etc.). Ici aussi, les ennemis sont des étrangers ou des exilés méprisés par les Hongkongais, ayant quitté leur pays d'origine pour des raisons politiques ou économiques, devenus des hommes à la violence exacerbée après avoir subi eux-mêmes bien des souffrances et des humiliations comme on peut l’imaginer (fait brièvement évoqué dans le film), et qui ont développé une relation d'amour-haine très forte vis-à-vis de Hong Kong. Le rejet des Hongkongais a renforcé chez eux le sens de la solidarité, de la fraternité et du courage – c’est comme s’ils sont devenus, paradoxalement, les vrais détenteurs des valeurs de la chevalerie chinoise… Le thème de l’immigré et de l’exil, intéressant mais hélas! sous-exploité dans Flash Point, vient nous rappeler qu’au fil du temps, la représentation de l’étranger dans le cinéma hongkongais a évolué vers un point de vue de plus en plus négatif. On se souvient de la compassion pour les exilés chez Cecille Tong Shu Shuen (China Behind, 1973), chez Ann Hui On Wah (Boat People, 1982) ou récemment chez Fruit Chan Gor (Durian Durian, 2000). Or, depuis peu, l’étranger est surtout considéré comme une manifestation du mal par les Hongkongais : truands vietnamiens ici, tueur khmer dans Dog Bite Dog, mercenaires coréens ou américains dans Dragon Squad, Thailandais maléfiques dans Gong Tau, kidnappeurs indonésiens dans Kidnap, Japonais et Occidentaux aux visées impérialistes dans Fearless, jusqu’aux autorités de Pékin dans Election 2, des exemples de « menaces venues de l’étranger » se sont multipliés dans les films récents. Certes, les relents xénophobes ont toujours existé dans le cinéma hongkongais, mais aujourd'hui la familière figure du Gweilo bourrin semble céder la place à celle du criminel dangereux venu d'ailleurs et facteur d'insécurité. Si Flash Point fait référence à la rétrocession de 1997, nous avons aussi l'impression d'y voir les symptômes d’une société en crise (socio-économique, politique, morale) et qui a perdu confiance en son avenir, qu’elle sait compté. En effet, la véritable intégration de Hong Kong à la Chine aura lieu en 2046, et ce n’est pas si loin...
Van-Thuan LY 8/28/2007 - haut

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 8/28/2007 Van-Thuan ...

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