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The Lovers : Entre art et amour
Analyse 1/1 - Page 1
Infos
Auteur(s) : Laurent Henry
Date : 1/10/1997
Type(s) : Analyse
 
 Liens du texte  
Personnes :
Tsui Hark
Films :
The Lovers
 
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Page 2 : Analyse (suite)


A relire ce qui a été écrit sur The Lovers dans HK magazine n°2, dans le Madmovies n°106 et dans les Cahiers du cinéma n°512, il est étonnant de constater qu’un film aussi riche n’ait donné lieu qu’à des analyses sommaires, les journalistes se contentant d’une mise en contexte, de quelques descriptions et de jugements de valeurs globalement positifs. Cette situation est d'autant plus regrettable que l'absence d'une étude plus approfondie conduit aux pires contresens, comme l'a prouvé la notice proposée dans le Vidéo 7 du mois de septembre 97. En insistant sur la beauté du film, sur son caractère charmant ou sur la sobriété de sa mise en scène, ce qui est tout à fait exacte au demeurant, ses détracteurs ont alors beau jeu de rétorquer qu'il s'agit d'une œuvre esthétisante, à l'histoire d'une banalité affligeante et traitée sur un mode naïf. Il est vrai que quelques remarques très intéressantes ont été formulées ici et là. M. Lalanne souligne le caractère irréel de la mise en scène. Pour Julien Carbon, le moine serait la figure du réalisateur. STL tente, lui, de justifier l'utilisation des filtres. Malheureusement l’absence de perspective éclipse ces réflexions derrière les considérations d’ordre affectif, ce qui conduit à gommer les aspects les plus problématiques du film.

THE BUTTERFLY LOVERS : Entre art et amour

Au premier abord The Lovers ne semble pas compliqué à comprendre. Il se présente comme une histoire d’amour en deux parties, la première basée sur une comédie de travestissement, la seconde traitée sous un aspect mélodramatique. Un conflit d’ordre social articule ces deux parties, les parents refusant l’union de leur fille à son amant parce que ce dernier n’a pas un statut social suffisant à leurs yeux. Cette histoire appelle un certain nombre de passages obligés auxquels le film n’échappe pas. L’expérience amoureuse comporte des scènes telles que la première rencontre, les premiers émois ou le premier baiser. La comédie de travestissement joue sur le quiproquo qu’entraîne la situation et implique une série de scènes permettant de mettre en place la reconnaissance de la véritable nature de Ying-Toi. Quant à la question sociale, le film décrit et critique les pratiques rétrogrades de la société chinoise traditionnelle.

Tout ceci est suffisamment transparent pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’y arrêter outre mesure. Là où ces évidences posent problème, c’est si elles constituent la seule piste de lecture du film, car une interprétation qui s’y cantonne lui porte préjudice. D’une part parce que sur le plan formel, elles ne justifient pas les choix esthétiques du réalisateur qui semblent dès lors l’objet d’une totale gratuité. Et d’autre part parce que le sujet du film n’apparaît pas des plus intéressant. L’histoire d’amour est convenue, la comédie de travestissement n’engage pas le film dans une réflexion ambitieuse sur l’homosexualité. Quant à la critique sociale, ses enjeux sont dépassés dans la mesure où, de nos jours, la pression sociale n’est plus l’objet de tensions aussi désastreuses pour les couples. Cette première approche, qui séduit par son évidence mais qui met à jour un certain nombre de failles, est-elle le seul moyen d’appréhender le film ? Parions sur une réponse négative, parions sur le fait qu’il existerait une interprétation qui permettrait à la fois de justifier les choix esthétiques du metteur en scène et de sortir du cadre étriqué de la critique sociale.

L’interprétation qui vient d’être proposée a l’inconvénient d’ignorer les références que le film fait à l’univers artistique. Or non seulement ces références sont nombreuses, mais en plus l’art joue un rôle important au sein de l’histoire amoureuse. Ainsi le film s’ouvre sur des statues qui représentent les amants. Les parents de Ying-Toi lui font passer un examen qui porte exclusivement sur des compétences artistiques.

L'école dont la vocation est pourtant la préparation de concours administratifs, tout se rapporte à la musique et à la poésie. Même quand les élèves apprennent les paroles du sage Confucius, ils le font en chantant et en " dansant ". La première rencontre entre les amants se fait pendant un cours de musique. Shan-Pak joue régulièrement de la lyre. Quant à Ying-Toi, elle dessine des papillons et écrit les paroles d’une chanson à son ami défunt. L’une des scènes de reconnaissance est basée sur une séance de maquillage où Shan-Pak dessine littéralement un visage à Ying-Toi. Lors des retrouvailles, l’un des premiers réflexes des amants est de fredonner " leur musique ". Toutes ces scènes n’ont évidemment pas la même importance, mais leur nombre suffit à montrer qu’il ne s’agit pas de choix que l’on peut purement et simplement ignorer. Il faut déterminer leur place et leur valeur dans l’économie du récit.

Il serait tentant de rapprocher cette présence de l’univers artistique à l’interprétation qui vient d’être proposée en estimant qu’il n’existe pas de discours sur l’art dans le film, mais simplement une utilisation plurielle d’éléments artistiques en fonction des visées du réalisateur. Par exemple, s’agissant de l’école, il est certainement plus valorisant et plus attrayant de montrer des cours de musique et de poésie que des cours de droit et de mathématique. A d’autres moments le recours à l’art peut se justifier comme procédé commode pour traduire les sentiments des personnages, comme dans la scène de la punition au cours de laquelle Shan-Pak joue de la lyre pour soutenir son amie. Oublier cet aspect du film n’est alors pas étonnant puisqu’il n’y aurait pas en tant que tel une portée réelle des références au monde de l’art, il s’agit d’un truc, parmi d’autres, de mise en scène.

Cette explication serait valable si le réalisateur systématisait le recours à l’art selon quelques procédures de fonctionnement repérables par le spectateur. Or le film ne travaille pas dans ce sens. Le vieux professeur tient un discours cohérent sur l’art comme moyen privilégier pour appréhender l’amour et le monde qu’il est difficile de réduire à du décorum. Si ce discours n’avait pas de fonction précise, pourquoi Tsui Hark perdrait-il son temps à l’exprimer, et en plus à le faire à deux reprises ! La scène où Ying-Toi ne parvient pas à jouer de la lyre, lorsque son ami vient à passer ne rentre pas à dans le cadre de l’art comme moyen d’expression des sentiments. Qu’est-ce qui l’empêche alors d’exprimer ses sentiments à ce moment là ? Ces deux exemples suffisent à comprendre que le rapport du film à l'art ne peut être réduit à une simple astuce de mise en scène, ou alors il faut considérer que le réalisateur utilise l’art de manière hétéroclite et maladroite.

Je vais tenter de montrer qu’une étude attentive des éléments artistiques présents dans The Lovers conduit à ne plus considérer l’art comme un moyen, mais comme l’un des propos essentiels du film. Ce propos repose sur le discours que tient le vieux professeur et dans lequel l’art est présenté comme une manière de voir et de vivre. Ce discours est esquissé à deux reprises, lorsque le vénérable maître se lamente au sujet des élèves (et en particulier de Ying-Toi et Shan-Pak) qui n’écoutent pas ses leçons. Il explique alors que ne pas apprécier l’art, c’est ne pas avoir d’âme. Autrement dit l’éducation artistique est une éducation spirituelle, l'art est un moyen privilégié pour investir le réel, pour lui donner une dimension plus vaste et plus complète. Cette philosophie est parfaitement résumée par le vieux professeur quand il dit à Shan-Pak, au début du film, que les cinq tons de base étant fonction de l’âme, une interprétation n’est valable que si l’interprète éprouve de véritables sentiments. La musique, en plus d’un apprentissage technique nécessite donc un investissement personnel fondé sur une approche sensible de la réalité.

Le film montre que le vieux professeur vit véritablement ce type de relation au monde. Lors de la punition de Ying-Toi, on le voit écouter la musique jouée par Shan-Pak. Son attitude contemplative démontre qu’en appréciant le morceau, il cultive sa sensibilité et qu’il est capable de déterminer quand une interprétation est bonne. C’est lui aussi qui récite le poème du Clair de lune à l’occasion de la fête de la mi-automne. Et lorsqu’un invité lui dit qu’il s’agit du même poème que l’année précédente, il répond que la fête revient également chaque année. Cette réflexion prouve que, pour le vieux professeur, la répétition n’est pas une limite au plaisir que procure l’expérience artistique, au contraire, comme pour l’existence dont le mode de fonctionnement est en partie cyclique, il est capable de s’émerveiller à chaque nouvelle fois. L’existence de ce personnage est donc en pleine adéquation avec l’univers artistique, univers qu’il connaît, pratique, assume et qu’il place au-dessus de tout. Par rapport au père de Ying-Toi, qui se sert de l’éducation artistique de sa fille comme valeur marchande, ce vieux professeur est son double opposé, une sorte de figure paternelle idéale, comme l’est la directrice vis-à-vis de la mère. Dans cette perspective, l’école peut être considérée comme un espace utopique où l’éducation artistique et l’amour trouve les moyens de s’épanouir.

Employer le terme de " discours " à propos de ce qui vient d’être présenté peut paraître excessif tant ce qui se rapporte au personnage du vieux professeur est succinct et elliptique. Il faut dire que l’une des caractéristiques du style de Tsui Hark est de multiplier les séquences courtes où les idées prolifèrent sur un mode le plus souvent allusif. Cette approche rend l’analyse particulièrement difficile puisque les possibilités de conjuguer et d’interpréter les différentes scènes sont nombreuses. Mais c’est aussi ce qui confère à un film comme The Lovers tout son intérêt.

En tout état de cause, si on admet que l’école est un espace privilégié où se développe un art de vivre enseigné par les deux figures parentales que symbolisent la directrice et le vieux professeur, encore faut-il déterminer quelle est l’influence réelle de cette philosophie sur les amants. A plusieurs reprises, le vieux professeur est tourné en ridicule, par exemple, quand le serviteur triche au jeu de Go ou quand Ying-Toi coince sa barbe de telle manière qu’il prend un coup. Cependant il ne s’agit pas tant de remettre en question la conception de l’art qu’il incarne que l’autorité qu’il représente. En effet, en raison de son statut, le professeur n’échappe pas au risque d’abuser de son autorité, si bien que la distance instaurée par l’humour, lui évite de tomber dans un rapport d’autorité tyrannique, comme l’est celui du père de Ying-Toi avec sa fille, en lui donnant l’image d’un faux méchant.

 
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