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Interview Bey Logan : L'évangéliste du cinéma de Hong Kong
Interview (1/2) 1/1 - Page 1
Infos
Auteur(s) : Arnaud Lanuque
Date : 28/12/2004
Type(s) : Interview
 
 Liens du texte  
Personnes :
Scott Adkins
Jackie Chan
Edison Chen Koon Hei
Felix Chong Man Keung
Gary Daniels
Winston Ellis
Roy Horan
Mark Houghton
Sammo Hung Kam Bo
Dante Lam Chiu Yin
Bruce Lee
Jet Li
Bey Logan
Eddie Maher
Angela Mao Ying
Richard Norton
Maggie Q
Jimmy Wang Yu
Carter Wong Ka Tat
Wong Jing
Wong Kar Wai
John Woo
Films :
2046
Ballistic Kiss
Black Mask 2 : City Of Masks
Circus Kid
Niki Larson
Colour Of The Truth
Danny The Dog
Le Maître Chinois
Extreme Challenge
Fist Of Fury
Gen X Cops
Gen Y Cops
Infernal Affairs
Infernal Affairs II
Le Héros magnifique
Le Médaillon
Le Marin des mers de Chine
Le Chinois se déchaîne
Le Talisman
The Twins Effect
Le Gagnant
Studios :
Seasonal Film Corporation
Lexique :
Gweilo
Hung Gar
 
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Page 2 : Interview (2/2)


L'industrie du cinéma de Hong Kong a trouvé son porte-parole, en la personne de Bey Logan. Bey Logan a commencé à défendre ce cinéma dans les magazines anglais Combat et Impact , puis par ses célèbres commentaires audio dans les DVD de HK Legends. Maintenant basé à Hong Kong avec sa famille, il prend part au cinéma en produisant et écrivant des scripts, et en jouant dans de nombreux films.

Bey Logan se décrit lui-même comme une personne de communication, une sorte d'évangéliste du cinéma hongkongais. Enthousiaste, très ouvert, il a partagé avec nous ses expériences dans une interview plutôt longue mais très instructive. Ce fut évidemment un réel plaisir de rencontrer l'homme sur son terrain, à Hong Kong et de discuter longuement avec lui. Dans le monde anglo-saxon, il jouit d'une renommée de véritable expert du cinéma cantonais, et c'est vrai qu'il ne tarit jamais d'histoires et d'anecdotes dans ses commentaires audio.

Né en Angleterre, Logan a été fasciné par le cinéma de Hong Kong dès l'enfance. Artiste martiale et passionné, il écrit son amour pour ce cinéma dans divers magazine et publie également un livre Hong Kong Action Cinema .

HK Action Cinema de Bey LoganEn s'installant à Hong Kong dans le milieu des années 90, il se lie d'amitié avec Donnie Yen et s'implique dans plusieurs de ses films ( Circus Kid, Ballistic Kiss et Legend Of The Wolf ).

Bey Logan a travaillé aussi pour plusieurs maisons de production et de distribution locales, tels que Media Asia Group et Emperor Multimedia Group (EMG). Récemment, il a fondé sa propre maison de production "Shankara Productions", et nous affirme qu'il est plus à l'aise derrière que devant la caméra ; en qualité de producteur et de scénariste. Ce qui n'empêche pas ses nombreux amis de l'industrie de faire appel à lui pour diverses productions. Citons les plus connues ou attendues : Twins Effect , Hit Team 2 , Infernal Affairs 2 et le 2046 de Wong Kar-wai.

un gweilo à HK, ses débuts et sa carrière


Arnaud Lanuque: Remontons aux origines, comment avez vous découvert les films de Hong Kong et comment avez vous réussi à en faire partie ?
Bey Logan : Quand j’ai vu pour la première fois un film de Hong Kong, j’ai ressenti non pas " oh c’est quelque chose de nouveau ! " mais je l’ai trouvé étrangement familier, comme si c’était fait pour moi.
 

HKCM : Le premier film que vous avez vu était un Bruce Lee ?
BL : Je le crois. Mes souvenirs sont juste que j’étais fasciné par la série TV Kung Fu, les arts martiaux Chinois, la culture Asiatique, la philosophie… Totalement fasciné ! Et trouver Bruce Lee c’était comme " voici un gars qui réunit en lui toutes les choses qui m'intéressent ", plutôt que découvrir Bruce Lee et après m’intéresser aux arts martiaux et à la culture Chinoise. J’y ai été déjà dedans depuis ma naissance. Vous voyez je n’ai pas été élevé par ma mère biologique. Elle vit en Australie et elle apprenait le Karaté par mon beau père, Tino Ceberano, qui est le maître de Richard Norton. Donc Richard est un peu comme mon oncle ou mon frère aîné. Je vivais en Angleterre, élevé par mes parents adoptifs fasciné par les arts martiaux et la culture asiatique. Ma (vraie) mère, avec qui je n’ai pas eu de contacts pendant des années, vivait dans la culture asiatique et faisait des arts martiaux. C’est étrange, un peu comme si elle communiquait avec moi pour me dire : " Hey ! Tu seras là dedans aussi ! ". Et c’était vraiment le cas ! C’est étrange de penser qu’on était sur ces deux voies parallèles dans la vie.

Donc j’étais déjà dedans quand j’ai découvert Bruce Lee. Et Bruce Lee est venu puis est parti et tous mes amis qui avaient été fans de Bruce Lee ou la série TV Kung Fu se sont intéressés à d’autres choses, comme le skateboard ou le BMX. Les trucs populaires à l'époque. Et j'ai continué à m'intéresser aux arts martiaux et tout particulièrement au potentiel des films d’arts martiaux. Et j’en ai vu des quantités après Bruce Lee, les Jimmy Wang Yu, Carter Wong et Angela Mao. Et puis j’ai été suffisamment chanceux de déménager à Londres et je suis allé voir ces films au centre culturel de HK sur Gerard Street. Je crois que c’était des rediffusions et ils passaient des films comme Drunken Master, Magnificent Butcher, Snake In The Eagle’s Shadow … " Mais qu’est ce que c’est que ça ? Les films de HK sont de nouveau bons ! ". Parce que ceux des années 70 avaient leurs moments mais ils étaient plutôt rudimentaires. Ceux là étaient des bons films. Ils n’étaient pas disponible en vidéo pendant longtemps, donc vous ne pouviez pas les montrer à qui que ce soit.

Puis j’ai commencé à les obtenir en vidéo pirates, ils étaient entièrement en Chinois avec des sous titres, mais vous montriez les scènes d’action aux gens et ils étaient là " c’est vraiment cool ! ". Et alors il y a eu un bond en avec Winners and Sinners, Project A et tout ce genre de films. Ce n’est pas du kung fu, ils ont des cascades, de la comédie, des filles et tout le monde s'en foutait. En ce qui me concerne j’ai été un des tout premier à en parler. Heureusement j’écrivais dans le magazine Combat à cette époque pour dire tout le bien de ces films. Je pensais qu’ils étaient bons, et j’avais cette idée de travailler pour l’industrie depuis que j’étais fan du cinéma hongkongais. Donc j'ai gravis les marches : écrire sur ces films dans un magasine, écrire un livre dessus, devenu un acteur dans les films, être un producteur - scénariste… Et le voyage continue.

 

HKCM : C'était difficile de vous adapter aux conditions de travail locales ?
BL : Je pense que le plus difficile c'est les différences culturelles. Je pense que c’est une très bonne expérience pour un homme blanc au 21 e siècle d’être confronté au racisme, surtout pour un scénariste. Parce que la plupart des blancs disent à quel point la discrimination est terrible, mais ils n’ont vraiment aucune idée de ce que c’est. J’ai sans aucun doute, en mon temps, été victime de discrimination et j’ai appris que vous ne pouvez pas changer les gens comme ça. Vous savez, Mark (Houghton, voir plus bas) était très susceptible la dessus, très belliqueux, " Ne m’appelle pas gweilo  ! ". Vous changez les gens en ayant bon cœur et en faisant du bon travail. J’appelle ça " la tolérance par le talent ". Si vous êtes talentueux, ils seront tolérants avec vous.

Je vais vous donner un exemple. Quand j’ai commencé à travailler à Media Asia, on avait une heure de déjeuner, et quand ils disaient " On va tous déjeuner ", je disais " Je viens ! ", et ils disaient " Oh…Mais on va manger Chinois " et moi " Oh, mais j’aime la cuisine Chinoise ! " et ils répondaient " Mais on va parler Chinois " alors moi " Je suis en train d’apprendre le cantonais ! " et ils disaient " Oh, eh bien, peut être la prochaine fois… ". Et je me retrouvais à manger un sandwich tout seul ! Et c’était parce que j’étais un occidental. Si une personne noire travaillait dans une compagnie en Angleterre et que ses collègues lui disaient " Oh tu ne peux pas déjeuner avec nous, parce qu’on va manger de la nourriture de blancs " ou " parce qu’on va parler avec un accent de blanc ", ce serait considérer comme un outrage, l’idée de ne pas accepter quelqu’un sur la base de sa race !

Même dans les boutiques de DVDs où, à l’époque, de vidéo… Ils pouvaient avoir des films chinois sans sous titres et la femme à l’entrée dirait " Vous savez c’est un film de Hong Kong, ce n’est pas sous titré, vous êtes sur que vous en voulez ? Vous ne voulez pas plutôt un de ces films américains là bas ? ". Imaginez en Amérique, un chinois se rendant dans un magasin vidéo et quelqu’un lui disant " Je suis désolé monsieur, mais vous achetez un film de Tom Cruise, je sais que vous êtes chinois, alors je pense que vous devriez acheter un film de Jackie Chan ". Ce serait un scandale ! Mais à Hong Kong, j’ai l’impression que ce genre de choses arrive souvent. Peut être que ça fait partie des règles du jeu. Les chinois locaux ont été victimes de discriminations par les anglais depuis si longtemps !

 
HKCM: Vous pensez que si vous parliez cantonais cela rendrait les choses plus faciles ?
BL : Je parle cantonais maintenant. Pas complètement mais suffisamment, à environ 80 %. Je ne crois pas que qui que ce soit ici qui n’a pas été élevé en cantonais puisse dire qu’il le parle à 100 % ! Le langage n’a rien a voir avec ça. C’est juste que vous êtes un occidental et le serez toujours. Mais vous serez tolérés et acceptés. Vous apprenez beaucoup sur vous même en rencontrant ces difficultés. Et c’est comme ça qu’il faut faire. En étant gentil et chaleureux avec les gens. Certains des blancs ici, certains sur lesquels vous écrivez (sur www.hkcinemagic.com) sont vraiment très susceptibles. Ils formèrent un petit gang d’occidental " Fais pas de conneries avec nous on est les Occidentaux ! ", vous savez, avec des gros muscles et tout. " Ne m’appelle pas gweilo ou je te frappe ! ". Vous pouvez faire peur aux gens, mais ce n’est pas comme ça que vous les changerez. C’est pourquoi aucun de ces gars n’a jamais vraiment eu de carrière, dans le sens d’une progression, au lieu d’être soumis aux aléas du moment.

Aucun des occidentaux sur lesquels vous écrivez n’a eu de position dans l’industrie, parce qu’ils n’ont jamais développé les relations nécessaires. Roy Horan (un ancien producteur à Seasonal Films) y est arrivé, c’est quelqu’un de très bien. Je pense que c’est intéressant parce que, beaucoup de gens, dont Roy et moi, viennent des arts martiaux mais je pense que vous n’êtes pas un vrai artiste martial à moins que vous ayez, comme pour le physique, une vie spirituelle. Ce qui est quelque chose que Mark Houghton et Winston Ellis (voir plus bas) n’ont jamais eu, la plupart d’entres eux n’en avaient pas… Roy en a une, j’espère en avoir une aussi. Roy est dans une branche très particulière du Yoga, pas juste la pratique physique du yoga mais aussi la pratique philosophique. Et je suis bouddhiste. Et je pense que les gens comme nous survivent mieux à HK. C’est parce que vous avez une philosophie pour vous en sortir. C’est comme si vous résolviez quelque chose. " Pourquoi suis-je en colère ? ". Oubliez cela, vous n’avez pas à être dirigé par la colère. Ca m’aide beaucoup.

 

HKCM : Sentez-vous des différences dans vos relations avec les Chinois élevés en occident ?
Personne : Oh oui ! On en a pas assez des comme eux ! Quand je suis arrivé dans l’industrie, et d’une certaine façon encore aujourd’hui, la plupart des gens travaillant dans l’industrie cinématographique de HK ne sont pas très éduqués, même par rapport aux standards de Hong Kong. Ce sont des cascadeurs ou des gens qui ont grandis en faisant un autre travail. L’industrie n’était pas l’endroit où les gens bien éduqués allaient travailler. Ces gens étaient bons en kung fu ou dans l’action ou avaient un certain talent à faire des films. Il y a des gens ici comme John Woo, qui est très sophistiqué et très bien éduqué, une éducation qu’il a fait lui même, mais la plupart ne le sont pas : Jackie Chan, Sammo Hung ou les autres.

Avec le temps, ils sont devenus bien plus tolérants dans leur compréhension de la culture Occidentale mais vous pouvez comprendre que quand ils ont rencontré pour la première fois des occidentaux ils étaient là " Qu’est ce que c’est que ça ? ". Ils n’avaient tout simplement pas cette expérience. C’est probablement plus fort en Occident, le potentiel de racisme envers les étrangers, plus qu’ici. Ici c’est moins prononcé. Mais ça existe toujours. Et je suis content de ne plus avoir à le subir. Mais j’apprécie réellement d’avoir eu cette expérience. Vous grandissez en vous brûlant. C’est une très bonne expérience.


bey logan scénariste

HKCM : Pouvez-vous nous parler de votre première expérience dans l’écriture d’un script, Tiger Storm, et de vos relations avec Mark Houghton ?
BL : Je vivais en Angleterre a cette époque et écrivait pour le magasine Impact . Mark Houghton était mon ami, mon professeur de kung fu et mon partenaire dans une compagnie appelée BeyMark . Mark avait un bon ami à HK, Eddie Maher, et ils voulaient faire un film ensemble et avaient besoin de quelqu’un pour écrire le script et produire le film. Gary Daniels (vu dans City Hunter avec Jackie Chan) devait en être la star. Je suis parti à Milan pour commencer à en vendre les droits et lancer le film. Je suis parti après à HK pour écrire le script. C’était une production très difficile, je ne veux pas rentrer dans tous les détails mais si Mark est très fort en kung fu et Eddie est un bon businessman, je ne crois pas qu’ils soient faits pour faire des films ! Et le fait qu’ils n’en aient jamais produits d’autres après tend à le confirmer !

C’était très frustrant, je proposais telle ou telle idée et ils disaient toujours " non, nous allons le faire à notre façon ". Finalement ils se retrouvèrent à sec au tiers du film. J’ai proposé qu’on fasse une bande annonce et qu’on aille au marché du film pour réunir plus d’argent en utilisant le nom de Gary et ainsi finir le film. Et ce qui s’est passé c'est qu’un Américain s'est manifesté, un gars très intelligent appelé Robert Vince, et a acheté la production. Il a monté une nouvelle bande annonce et est allé au marché du film. Il a vendu le film et a rassemblé 2,3 millions de dollars US, ce qui était le genre de somme qu’on pouvait réunir à l’époque sur le nom Gary Daniels. Vince s’était fait tellement d’argent qu’il n’avais plus besoin d’utiliser le métrage filmé à HK existant et si bien qu’il l'a retiré entièrement et il a utilisé mon script pour tourner le film au Canada. Je pense d’ailleurs que c’est un des meilleur film de Gary. Cary Tagawa était le méchant et Julia Nickson-Soul l’enjeu amoureux.

 
HKCM: Donc on ne peut plus vraiment dire qu’il s’agisse d’un film hongkongais ?
BL : Non, en effet. Le titre fut même changé en White Tiger . Au final les seules personnes qui se retrouvent au générique du film et qui y avaient travaillés depuis le début furent moi en tant que scénariste et Gary. C’est assez amusant ce qui s’est passé après. Je me suis disputé avec Mark et Eddy et je suis partis en Chine pour tourner Circus Kid avec Donnie (Yen). Et après ça j’ai fait d’autres choses, mais j’essayais toujours de rentrer dans l’industrie cinématographique. Je suis allé au marché du film aux USA et alors que je visitais le salon j'ai vu un poster pour Tiger Storm . Je vais voir le gars qui s’en occupe et lui dit " vous savez c’est moi qui ai écrit ce film et je n’ai jamais été payé " et lui " ok, voilà votre chèque " ! Donc j’étais bien content d’être venu ! Et je crois que j’ai été un des seuls sur ce projet à l’origine à avoir été payé, avec Gary bien sûr, mais il était innocent dans l’histoire donc il méritait d’être payé. Mais ce film pour moi c’est la fin d’une grande amitié. Avant on était une vraie bande d’amis : Moi, Winston Ellis, Eddie, Mark et quelques autres personnes. Après ça on a tous pris des directions différentes, moi j’ai continué mon chemin et eux sont partis vers d’autres horizons.
 

HKCM : Il y a de grandes différences entre le scénario que vous écrivez et le résultat à l’écran…
BL : Oui, à qui le dites vous ! Je ne suis content d’aucun des projets sur lesquels j’ai travaillé et j’essaye encore et encore…
 

HKCM : Il y avait beaucoup de différences en ce qui concerne Ballistic Kiss  ?
BL : Oh… beaucoup ! Je vous laisserai voir le script de Ballistic Kiss, énorme ! Je veux dire, les films sont le fruit d’une collaboration, je pense juste qu'aucun des films que j’ai fait n’a plus de 40 % de ce que je voulais y mettre. Et les gens sur Internet sont très critiques et je suis complètement d’accord avec eux. Vous savez il y a deux réponses possibles. Abandonner ou continuer encore plus fort. Suffisamment de gens ont lu mes scripts et ont pensé, " Ce gars est capable ", à Media Asia, à EMG, en Amérique ou ailleurs. Je continue à penser qu’il y a du potentiel à Hong Kong alors ça va. Je pense que le script original de Highbinders / The Medallion est bon. C'est encore un bon film mais pas ce que je pensais qu’il serait. Sur Ballistic Kiss , Donnie a tourné le film qu’il voulait faire. Et il y a des films comme Gen Y Cops où c’était vraiment dur à faire, mais au final c’est un film assez fun.
 
HKCM : Sur Gen Y Cops vous avez écrit les dialogues en anglais c’est ça ?
BL : Non, ça c’était Gen X Cops. Sur Gen Y Cops j’ai co écrit le script. L’histoire venait du réalisateur et un des scénariste, Felix Chong. C’est un scénariste très talentueux, il vient juste de remporter une récompense pour Infernal Affairs (aux HK Film Awards de 2003). Ils avaient déjà trouvés une histoire, et alors une compagnie Américaine est arrivée pour coproduire le film et a demandé que ce que soit, au moins, à moitié en Anglais. Alors je suis arrivé et j’ai commencé, en quelque sorte, à écrire des scènes pour des gens comme Maggie Q, Edison Chen… A la fin, certaines choses étaient de moi, d’autres ne l’étaient pas, et j’ai obtenu le titre de co-scénariste sur la version Américaine. Nous avons eu une grosse dispute à HK à cause de ça. Mon argument était que le script est ce que les gens disent et font dans la scène et le film était à 70 % en anglais, et sur ces 70 %, tout excepté une scène, celle dont tout le monde parle, a été écrit par moi.

La scène que je n’ai pas écrite est celle sur les docks, une scène vraiment mauvaise où Edison et Richard (Suen) étaient plus ou moins en train d’improviser. J’avais juste commencer sur le film et je suis arrivé pour essayer d’aider sur cette scène mais c’était tellement mauvais que vous ne pouviez rien faire. C’était un tournage difficile, en une nuit, faire toute la fusillade et compagnie avec le Jumbo (le restaurant) en arrière fond. Il y a une bonne scène que j’ai écrit, et quasiment réalisé aussi, qui a lieu dans l’hôpital. Celle qui commence avec le plan de steadycam. Celle-ci vient presque d’un autre film, et je trouvais Paul (Rudd) et Maggie (Q) très bon dedans. Paul a été interviewé dans le magasine The Face à Londres, et ils lui ont demandé quel était son dialogue préféré dans un de ses films, et il a cité la réplique qui vient de cette scène : "  Roxanne Barr Arnold sera présidente des USA avant que vous deux, sales punks, ne voyez la lumière du jour.  "


Gen Y Cops

l'action made in hong kong

HKCM : Vous avez vu beaucoup de scènes d’actions au cours de votre vie…
BL : Oh, certainement de trop !
 
HKCM : Cela vous donne surement une idée précise sur la façon dont une scène d’action doit être tournée. Pouvez-vous partager avec nous vos impressions quand vous avez été impliqué dans le tournage de ce type de scènes ?
BL : La plupart des gens… Ça change un peu maintenant, mais ils n’ont pas idée de ce que ça demande. Ce que les gens ne réalisent pas c’est combien de fois vous devez faire le même mouvement avec la vitesse, la puissance et la précision encore, encore et encore. Vous voyez le film, vous voyez un plan : " C’est juste un coups de pied, je peux le faire ! ". Mais quand vous le faites vous devez frapper 40 fois ! Ca peut même ne pas être de votre faute : L’éclairage est mauvais, le son… Ca nécessite de l’endurance, du timing… Je pense qu'à mon époque, j’étais un artiste martial décent mais je n’ai jamais pensé être un grand combattant dans les films. Je n’ai jamais eu le timing. Les vrais arts martiaux travaillent dans un rythme différent de leur adversaire. Les arts martiaux de cinéma sont, eux, dans le même rythme que leur partenaire. Vous avez besoin de timing, si vous ratez le rythme, vous ne serez plus synchronisé avec vos partenaires et ils vont se demander ce qu’il faut faire.
 
HKCM: Comment vous êtes vous retrouvé à combattre Donnie dans Circus Kids  ?
BL : Nous avons rencontré le producteur. Il voulait un occidental dans le film, mais je pense pas que ça faisait une grande différence. Donnie est tellement rapide. Ca a rendu les choses plus difficiles pour moi certainement, mais je suis heureux d’avoir combattu avec Donnie parce que c’est un honneur. Même si j’avais une doublure et lui aussi et que nous n’avons pas pu vraiment montrer nos styles de combats, Donnie vous procure un peu le même type de sensations que ce qu’ont dû ressentir les gars qui affrontaient Bruce Lee. Ce qui est idiot c’est que, on aurait pu faire un combat ou j’aurais fait davantage, mais ce qu’ils me demandaient de faire… Vous me voyez faire des choses, mais ce n’est manifestement pas un style du sud (Kung Fu), mais ils s’en fichaient.

J’aurais pu faire certaines choses avec mes mains, mais ils estimaient que ce n’était pas bon. Ils voulaient plus de ces mouvements du nord, et moi je disais " Pourquoi je ne ferais pas des trucs plus puissants, ou plus de techniques de mains ? ". Il se trouve que c’est mon fort ! Je crois que le chorégraphe était en quelque sorte en train de s’amuser avec moi, à mes dépens. " Il ne peut pas le faire, on va le doubler, la doublure fera ça… ". Si il avait fait quelque chose comme jambes du nord contre poing du sud, j’aurais été le poing du sud et je suis sûr que j’aurais pu le faire. Dans le combat vous me voyez faire ce mouvement (Bey fait un mouvement de Hung Gar avec ses mains) mais on a jamais vraiment eu la marge pour faire ça. Et dans le série Fist of Fury ils voulaient que je sois un boxer. Donc je n’ai jamais vraiment pu montrer ce qu’est le Hung Gar comme Mark (Houghton) a pu le faire. Et Mark est bien meilleur que moi, mais j’aurais quand même bien aimé pouvoir le faire !

 

HKCM : Vous avez bon espoir de pouvoir le faire dans le futur ?
BL : Je ne suis vraiment pas intéressé par les rôles avec des combats. C’est beaucoup de travail difficile ! Je me suis blessé sur les films que j’ai fait avant. J’ai fait un peu d’action sur Twins Effect mais vous savez que ce n’est pas ma spécialité. Je suis bien meilleur derrière les caméras. Je continue de m’entraîner aux arts martiaux pour le plaisir, et entraîner mes enfants etc. Je suis encore capable de donner un coups de pied au dessus de votre tête sans échauffement, ce que beaucoup de gens de 41 ans ne pourraient pas faire ! Je continue à m’entraîner dans ma vie, pas pour les films. Je laisse les autres faire ça… Scott Adkins, d’Angleterre, devrait être je pense la nouvelle révélation dans les arts martiaux. Il est génial ! On l’a utilisé sur The Medallion et il est vraiment bon. Il a un combat avec Jackie et il est dans le film de Jet Li, Danny The Dog. C’est le genre de personne qui boycotte Hong Kong en ce moment mais dans les années 80 il y serait venu. Il a un gros accent régional anglais mais bon, personne n’est parfait !

Sammo Hung et Bey Logan

HKCM : Vous pensez qu’il va continuer à travailler à HK ?
BL : Eh bien il a fait Black Mask 2en Thaïlande
 
HKCM: Je suis pas sur que Black Mask 2 sera un gros succès et l’aidera beaucoup…
BL : Je ne devrais pas vous donner de réponse précise la dessus mais je n’ai pas vraiment aimé le film.
 

asiatisation du cinéma occidental ou occidentalisation du cinéma HK ?
HKCM : Quand vous voyez l’intérêt croissant pour les films de HK et le nombre toujours plus important de fans dans le monde, est ce que vous ressentez une certaine fierté à en être en partie responsable par le biais de vos travaux dans les magasines, livres, DVD ou dans l’industrie ?
BL : Si vous me demandiez " Quelle est la principale motivation de votre vie ? Est ce l’argent, la gloire… ? ". Je dirais que c'est de communiquer avec les gens. Que ce soit en écrivant un film, en faisant un livre, un article dans un magasine, vous parlez ou en faisant le commentaire d’un DVD. C’est communiquer avec les gens, partager mes ambitions, mes idées, mes connaissances et mon expérience, quelqu’ils soient. J’adore faire ça. En ce qui concerne les fans de films de HK, je ne suis pas un de ceux qui disent " Oh, tout ces autres gens ne font que copier la mode… ". Ce qui est sûr, c’est que j’étais là au tout début, mais ça n’a pas vraiment d’importance. Ça n’a pas d’importance quand vous rejoignez le groupe, tout ce qui compte c’est ce que vous faites aujourd’hui. Et si vous faites des choses qui vous plaisent aujourd’hui, alors c’est tout ce qui importe. Ric Meyers était déjà dedans bien avant nous, et parfois je sens en lui un certain ressentiment. Il devrait être en train de produire des films, ou écrire des films ou encore autre chose, parce qu’il était là le premier. Ça n’a pas d’importance quand il était là, ce qui importe c’est ce qu’il peut faire maintenant, aujourd’hui. Tout le monde à un rôle à jouer. Je suis très fier du fait que j’ai jouer un rôle dans la communication du cinéma de Hong Kong dans le monde, mais je suis encore plus fier du fait que j’ai réussi à faire partie de l’industrie.
 

HKCM : Vous pensez que c’est quelque chose qui peut être changé ? Parce que l’industrie a toujours agi comme ça...
BL : Je l’espère. Je me bats pour ça. Il y a deux niveaux de fabrication de films. Vous pouvez toujours faire des films pour le marché local. C’est le chemin facile parce que le marché local est très tolérant. Vous pouvez faire des films aussi bon que Infernal Affairs ou faire des films aussi pauvres que… Vous savez, je ne veux pas citer de titres, mais comme certaines productions fauchés locales, comme certains films de Wong Jing. Et ils font encore de l’argent parce que c’est en cantonais, il y a des stars locales, les gens trouvent ça marrant… C’est pas cher et marrant. Ils adorent ça, très bien ! Il doit y avoir ce genre de productions. C’est un peu comme des productions Roger Corman ou des films de Franchise, mais vous devez aussi faire de plus gros films parce que le marché extérieur est important. Et je pense qu’aujourd’hui les gros films que nous avons essayé de faire (à Hong Kong), c’est un peu comme essayer de construire une Ferrari dans un garage de stock car. Les films de Hong Kong sont comme des voitures de stock car, un film de niveau international est une Ferrari. Un film d’action Hollywoodien est une Ferrari et est construit dans un autre garage. Ce que nous avons essayé de faire c’est de construire une Ferrari en utilisant la méthode de construction d’une stock car. Et vous ne pouvez pas faire ça ! Alors vous regardez les films qui ont été produits depuis quelques années comme The Medallion, The Touch, Extreme Challenge, Black Mask 2 … Tous ces films sont manifestement filmés en Anglais, créés pour concurrencer les films Américains, mais ne peuvent pas vraiment rivaliser avec les standards Américains.
 
HKCM : Vous pensez que l’industrie est prête à faire un changement aussi profond ?
BL : Je pense que ça vient. Les gens acceptent que vous deviez prendre du temps pour développer les scripts. Vous prenez une idée pour un film, vous la développez, développez, développez, avant d’entrer en production. Un de nos techniciens des effets spéciaux très intelligent sur The Medallion avait un T-shirt qui disait " Résolvez vos problèmes le en pré  ". N’attendez pas de résoudre le problème en post . Résolvez le en pré-production veut dire résoudre les problèmes avant le tournage. Vous avez les script prêt, les acteurs prêts, tout au point, et vous savez ce que vous avez à faire. Vous avez un planning, vous vous en tenez au planning et vous tournez le film. C’est ce qu’ils ont fait sur Infernal Affairs . C’est pour ça que Infernal Affairs est si bien, pour moi c’est dû en grande partie à ça. L’histoire est tellement bien racontée. Même quand ils ajoutent un élément extérieur. Il y a cette chanteuse Taiwanaise, Elva Hsiu (Hsiao Ya), et évidemment ils allaient filmer la scène en mandarin, mais ils l’ont fait de manière intelligente et cette petite scène ne veut pas dire grand chose mais ils l’ont mis dans le film de façon intelligente et l’ont conservé dans la structure du scénario. Je les admire vraiment pour avoir fait ce film et je pense que c’est un bon signe. Quand quelque chose marche les gens se mettent à le copier.
 
HKCM : Comment voyez-vous Infernal Affairs pour un film l'ex-colonie ? Plus local ou à vocation Internationale ?
BL : C’est une curiosité. C’est un film de Hong Kong produit en utilisant des techniques occidentales et ça marche très bien. Infernal Affairs a été produit de manière beaucoup plus discipliné, à la Hollywood et les droits du remake ont été vendus à Brad Pitt dans la plus grosse vente d’un film de Hong Kong. Ceci signifie quelque chose pour les gens ! Aujourd’hui il y a cette impression que l’industrie reprend son souffle et je suis heureux d’en faire partie. Je pense que j’avais raison de faire de mon mieux, de persévérer, d’amener mon talent quelqu’il soit, d’essayer de faire de meilleurs films. Je pense qu’il y a deux réponses possible par rapport aux gens qui vous critiquent : S’énerver contre eux ou bien continuer d’essayer de faire mieux. Ma réponse à toutes critiques est d’essayer de faire mieux. Vous savez il y a beaucoup de gens sur Internet qui me critiquent et essayent plus ou moins d'inventer des choses. J’imagine que beaucoup d’entre eux vivent dans le sous sol de leurs parents, vivant une vie assez horrible, pas de petite amie, allez savoir… Je pense que certains d’entres eux sont tout simplement jaloux ! "Bey vit à Hong Kong, Bey est amie avec Jackie et Donnie, il passe du temps avec Maggie Q, sort avec des actrices et des mannequins…". Une super vie ! Sur The Medallion j’étais payé pour vivre en Thaïlande des semaines entières… Ils veulent tous vivre ma vie ! " Vous venez vivre ma vie et je viens vivre la votre ". Ils seraient tous ici dans l’instant ! Je pense que parfois le cheminement est meilleur que la destination. Je pense que les films que j’ai fait ne sont pas si bons, mais le cheminement de ma vie a été fantastique, et j’ai toujours fait du mieux que je pouvais.
 

HKCM : Il semblerait que vous ayez rejoint l’industrie au bon moment. Je ne suis pas sûr qu’elle aurait été aussi prête à changer dans les années 80 et aussi s'ouvrir aux occidentaux...
BL : Il y en avait quelques un derrière les caméras pendant les années 80 : Andre Morgan à Golden Harvest et Roy (Horan à Seasonal). En fait je ne pense pas que je sois venu au bon moment. Je pense que c’était beaucoup plus amusant de vivre à HK dans les années 80. Ce qui est étrange c’est que, maintenant, alors que je suis dans ma quarantaine, je me retrouve à jouer de nouveau, ce qui, je pensais, n’arriverait plus. J’ai joué à peu près 8 vampires dans Twins Effect, que j’ai aussi produit. J’étais toujours sur le plateau alors Donnie me disait " Hé, Bey, mets un costume parce qu’on a besoin d’un autre vampire ! " et moi " Encore ?! ". Et j’ai fait une journée sur le dernier Wong Jing Colour of The Truth pour jouer un champion d’échec, et je suis dans Infernal Affairs 2 en tant que chef de la police, et j’ai tourné une scène pour le film de Wong Kar Wai 2046, enfin Dante Lam m’a demandé de venir jouer un rôle dans Hit Team 2. Alors c’est un peu comme si ma vie prenait une nouvelle voie en tant qu’acteur. C'est Hong Kong !
 

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