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L’ascension de Johnnie To
L’Histoire de Johnnie To : To par To 2/2 - Page 13
Infos
Auteur(s) : Marie Jost
Date : 28/2/2011
Type(s) : Analyse
Reflexion
Information
 
 Liens du texte  
Personnes :
Sammi Cheng Sau Man
Cecilia Cheung Pak Chi
Stephen Chow Sing Chi
Louis Koo Tin Lok
Andy Lau Tak Wah
Lau Ching Wan
Anita Mui Yim Fong
Johnnie To Kei Fung
Wai Ka Fai
Daniel Wu Yin Cho
Films :
Election 1
Love On A Diet
Mad Detective
Le Moine fou
The Mission
Needing You
PTU
Judo Throw Down
Vengeance
Studios :
Milkyway Image (HK) Ltd.
Lexique :
T.V.B.
 
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 Notes  
A propos de l’auteur : Marie Jost a un doctorat en Histoire de l'Art de l'Université de Caroline du Nord, à Chapel Hill. Jost est fan de films de Hong Kong, une admiratrice de Leslie Cheung, de flamenco et de world music. Elle demeure à Chapel Hill, Caroline du Nord, aux États Unis, et se demande s’il est bien sage d’apprendre le cantonais en autodidacte.


Johnnie To a participé à deux entretiens très poussés entre 2008 et 2010. Dans ces deux cas il n'était pas là pour la promotion d'un film lors d'un festival, et dans chacun de ces longs entretiens on trouve une synthèse de sa carrière jusqu'à maintenant.

En 2008 To fut interviewé en cantonais par HKCinemagic (1). To était à Paris pour assister à la plus importante rétrospective consacrée à sa carrière à la Cinémathèque Française, du 5 Mars au 11 Avril 2008. Des films représentatifs de la carrière de Johnnie To, tous styles confondus, furent projetés, et pour certaines d'entre eux pour la première fois hors d'Asie.

 

Johnnie To discutant avec les journalistes à Paris, Mars 2008.
Photo © David-Olivier Vidouze pour HKCinemagic.com. Autres Images ici.

 
L'autre entretien majeur revenant sur la carrière de To est celui donné par Johnnie To pour la chaîne d'information CNN, dans le cadre d'un programme Talk Asia, hebdomadaire d'interviews produit à Hong Kong. Ces 22 minutes et demie d'entretien sont maintenant accessibles à tous dans les archives du site internet de l'émission (2).

Des images de To pendant l'entretien sont montrées alternativement avec des extraits de ses films, qui sont utilisées pour introduire les thèmes des questions ou illustrer les propos du réalisateur, et on a même quelques images documentaires de la cité fortifiée de Kowloon où To a passé son enfance. Cet entretien se présente sous la forme d'une rétrospective de la carrière artistique de Johnnie To, bien que la discussion se focalise plus sur certains films spécifiques que dans l'entretien donné à HKCinemagic. Dans ces deux entretiens, les intervieweurs font preuve d'une grande connaissance du cinéma de Hong Kong et de la carrière de Johnnie To, ce qui donne l'opportunité à ce dernier de s'étendre longuement sur certains sujets qu'il n'aborde que de manière limitée dans ses entretiens précédents.

La seule autre interview qui s'approche de ces deux là en termes de profondeur et de longueur est celle donnée à Stephen Teo fin 2004. Mais Teo se focalisait sur certains sujets en vue de l'écriture de son analyse, et avait donc tendance à formuler ses questions en fonction des pistes qu'il comptait explorer. Le prisme théorique à travers lequel Teo voit le travail de To apparaît même parfois contradictoire avec les déclarations de Johnnie To sur ses films, ce qui amène des moments dans l'entretien où Teo et To parlent chacun leur tour sans vraiment échanger. Dans les deux entretiens dont nous parlons ici, ce problème est largement évité, et les entretiens sont conduits d'une manière qui amène To à parler longuement de sujets qui lui sont chers, ainsi qu'à commenter à sa façon certains sujets qui intéressent les intervieweurs.

 

“Johnnie To: Shooting Asia,” CNN Talk Asia

 

Dans l'entretien de 2008 pour HKCinemagic, To déclare qu'il voit la rétrospective parisienne comme marquant la fin d'une phase de sa carrière et le début d'une autre. Il décrit l'année 1995 de la même façon, comme un important tournant dans sa carrière. Cette année a marqué la fin du To réalisateur de films entièrement commerciaux qui ne servaient que d'écrins pour leurs interprètes stars, et qui étaient souvent plus sous le contrôle de ces mêmes stars que de leur réalisateur. Après une très mauvaise expérience de travail avec Stephen Chow sur le film Mad Monk, To a même envisagé de quitter le métier. Il ne réalisa aucun film pendant une année entière, ce qui pour un réalisateur aussi prolifique que Johnnie To, a du sembler une éternité. En 1996, il revint cependant dans le milieu avec une détermination nouvelle à ne réaliser que des films lui tenant à coeur. Pour atteindre cet objectif, To et Wai Ka-fai créent alors la Milkyway Image, Ltd. et planifient non seulement de revitaliser la carrière de To, mais aussi l'industrie du cinéma de Hong Kong toute entière, qui à l'époque était au bord du gouffre.

On peut se demander toutefois si cette description de la carrière post-1996 de Johnnie To est entièrement véridique. Si l'on regarde sa filmographie et que l'on se rappelle de ses interviews données entre 2000 et la sortie de PTU en 2003, il nous faut bien constater que dans cette période Johnnie To a réalisé neuf films commerciaux, véritables véhicules pour stars telles que Cecilia Cheung, Anita Mui, Sammi Cheng, et surtoutAndy Lau, présent dans cinq de ces neuf films. To affirme clairement dans plusieurs interviews que ces films sont ouvertement commerciaux destinés à ramener le public hongkongais vers les salles obscures de la ville pour regarder des films produits à Hong Kong. Ces films ont aussi été conçus pour rapporter de l'argent qui permettait d'établir fermement la nouvelle compagnie 100 Years of Film, créée en 2000 alors que Milkyway Image avait frôlé la faillite en 1999. To, même en 2008, admet qu'il fait des films pour le public hongkongais, des films marqués localement, qu'un public étranger ne peut pleinement comprendre. Toutefois, il semble surtout que c'est ce genre de films qui rapporte le plus d'argent.

Dans des interviews plus anciennes To assume clairement cette double stratégie. Ces films ouvertement commerciaux avec de grosses stars sont formatés pour ramener des fonds, qui serviront alors à financer des projets plus personnels qui ne seront pas des grands succès, mais satisferont le besoin de Johnnie To de faire aussi des films personnels, pas nécessairement commerciaux. Lorsque To a cessé de faire ces films pour l'argent et est devenu connu en Occident uniquement pour ses films plus personnels, ses films policiers, il a cessé aussi de s'étendre sur ses réalisations commerciales, bien que l'on sente qu'il n'en a pas spécialement honte (certains de ces films, sont d'ailleurs à la fois des succès publics et critiques à Hong Kong). Johnnie To révèle dans l'entretien avec HKCinemagic qu'il faut parfois faire des choses que l'on n'aime pas faire, comme si les compromis que représentent ce type de films ne collent pas très bien à son image maintenant qu'il est reconnu comme un auteur par nombre de critiques occidentaux (mais il faut signaler ici que To travaille actuellement sur deux films ouvertement commerciaux, ciblant clairement le marché de la Chine continentale, ainsi qu'un troisième en pré-production qui reprend le duo gagnant Sammi Cheng - Andy Lau, stars de la comédie romantique des années 2000).

Il est intéressant d'examiner la façon dont To raconte comment il est entré dans le monde du cinéma, sa première rencontre avec le grand écran lors de son enfance et les réalisateurs qui l'ont influencé à travers les années. Dans l'interview de 2008 pour HKCinemagic, To décrit son arrivée dans le cinéma comme un « accident ». Comme il le raconte dans ses interviews plus anciennes, il hésitait entre quatre métiers lorsqu'il était jeune : officier de police, joueur de football, employé d'une compagnie téléphonique ou livreur à la TVB (une des plus grandes chaînes de télevision de Hong Kong). Il a finalement choisi la TVB car ils étaient les premiers à le rappeler et à lui offrir un travail.

Comparons maintenant cette réponse avec celle de l'entretien de 2010 pour CNN. To cite les quatre mêmes choix possibles de carrière, ainsi que le fait que TVB l'ait appelé en premier. Mais plutôt que d'un « accident », To décrit cette fois-ci cette péripétie comme un acte du « destin ». Il établit clairement que c'est le destin qui a déterminé que sa carrière se ferait dans l'industrie cinématographique et que, s'il avait la possibilité de revenir à ce choix initial, il choisirait de devenir réalisateur.

La description que donne Johnnie To de son premier contact avec le cinéma, et la liste des réalisateurs et films qui l'ont influencé varient aussi au gré des interviews. Il est clair que, selon ses dires dans de nombreuses interviews, Johnnie To a été exposé très jeune au cinéma. Ce qui est moins clair par contre, ce sont les circonstances exactes de cette exposition. Dans l'interview de HKCinemagic, To raconte que son père travaillait dans un entrepôt derrière une salle de cinéma et qu'il regardait des films derrière l'écran. Dans son entretien de 2004 avec Stephen Teo, To déclare que son père travaillait comme concierge au cinéma Prince's Cinema (Tung Lok) de Mongkok, et qu'enfant, il regardait les films depuis les coulisses, ceci jusqu'à ce que son père démissionne et que la famille déménage dans une autre partie de la ville (3).

Lors de l'interview de 2010 pour Talk Asia, To parle du métier de son père comme commis d'inventaire dans une salle de cinéma. Il est difficile de trouver de la cohérence dans le parcours de M. To père, qui passe de concierge à employé dans un entrepôt derrière le cinéma, puis à commis d'inventaire dans le cinéma lui-même. On peut simplement imaginer que Johnnie To étant désormais, en 2008, plus conscient de son rayonnement à l'international, il a souhaité passer sous silence l'emploi de son père comme concierge. On ne peut guère plaider le malentendu dans la traduction lors de l'entretien de Stephen Teo, étant donné qu'il a lui même posé les questions en cantonais et effectué la traduction en anglais.

On constate un phénomène similaire lorsqu'on se penche sur la description que donne To de ses influences cinématographiques depuis son enfance. Dans ses premières interviews, lorsque To parle de réalisateurs et de films, il cite principalement des genres américains comme le western ou le polar, et des réalisateurs américains comme Sam Peckimpah, Martin Scorcese et Francis Ford Coppola, aux côtés de films ou réalisateurs locaux anonymes. Il se reconnaît ensuite une dette envers Akira Kurosawa dans ces anciens entretiens. Dans l'interview par HKCinemagic de 2008, To raconte qu'il est devenu un cinéphile assidu à un moment donné après son expérience de jeune enfant spectateur derrière l'écran. La liste de ses influences s'est étendue, et, en plus des films américains et locaux toujours cités, il ajoute maintenant des films européens, et une plus grande variété de genres, tels que le film noir, le péplum italien et les films policiers français avec Alain Delon.

Rejoignant dans les rangs Akira Kurosawa et Sam Peckimpah, on trouve maintenant Sergio Leone et Jean Pierre Melville (dans cet entretien To reconnaît qu'il a du voir plusieurs films de Melville car il allait voir tous les films avec Alain Delon, qui était son acteur préféré, avant de connaître le nom du réalisateur). Alors que sa célebrité en Occident augmente, To fait attention à citer de plus en plus de réalisateurs occidentaux, particulièrement des Européens, dans son catalogue d'influences, des noms qui sont presque totalement absents des interviews d'avant 2007. C'est aussi à cette période que To cherchait à mettre en place une co-production internationale réunissant des partenaires hongkongais, européens et américains, un projet qui donnera naissance plus tard au film Vengeance, et To espérait à l'époque convaincre Alain Delon d'en être l'interprète principal.

Dans l'entretien de Talk Asia en 2010, le sujet des influences cinématographiques de Johnnie To n'est pas abordé. Dans cette interview, il minimise sa stature internationale en disant qu'il ne souhaite pas devenir un réalisateur superstar ou un grand nom. Il est juste un homme passionné par les films et qui aime en faire plus que tout autre chose. Notablement, c'est dans cet entretien que To introduit l'idée de la main du destin et de l'inévitabilité de sa carrière de réalisateur.

Dans l'interview pour CNN, quand on demande à To pourquoi les gens ont tendance à voir The Mission comme son chef d'oeuvre, il répond de manière surprenante : « Je ne me suis jamais posé la question. Je ne m'attendais pas vraiment à ça. » Il pointe ensuite du doigt les difficultés matérielles lors de la création de ce film : peu de temps, peu d'argent, et même peu de pellicule (et donc pas de possibilité de faire beaucoup de prises). Il décrit le film comme un travail de réalisation par réflexe, une création tellement frénétique qu'il n'y avait jamais le temps de se poser et de réflechir calmement aux différents éléments du tournage. Au lieu de cela, les décisions devaient être prises à la volée, en se reposant uniquement sur l'instinct et l'expérience accumulée. C'est peut-être le moyen pour To de dire, implicitement, que seul un réalisateur extrêmement talentueux pourrait réaliser un chef d'oeuvre dans de telles conditions. Ce qui relativise, d'une certaine manière, l'extrême modestie dont To a fait preuve au début de l'entretien, lorsqu'il déclare ne pas vouloir être un grand nom ou être vu comme un réalisateur star. De manière détournée, il confirme la vision des critiques qui décrivent The Mission comme un « tour de force » en termes de réalisation, en expliquant les circonstances du tournage, ce qui implique que seul un maître réalisateur pouvait réaliser un chef d'œuvre reconnu dans de telles conditions.

On évoque avec To dans l'entretien de CNN l'éventualité de faire des films à Hollywood. Sa réponse marque un changement avec ses précédentes déclarations dans d'anciens entretiens. Alors qu'avant il insistait sur le fait qu'il était un réalisateur de Hong Kong, que Hong Kong était son sujet et qu'il ne comprenait réellement que Hong Kong et ses habitants, il admet dans cet entretien pour CNN que Hollywood est un rêve pour lui, qu'il ira y travailler un jour, que ce n'est plus qu'une question de temps. Il a aussi bien cerné les avantages potentiels de « faire un film de Johnnie To » à Hollywood. En tant que réalisateur, il compte vraiment retirer quelque chose de l'expérience du travail à Hollywood. Il veut faire quelque chose qu'il ne pourrait pas faire ailleurs que là-bas. Il apparaît clairement que les offres provenant d'Hollywood deviennent de plus en plus attractives du fait de sa présence internationale grandissante depuis 2005. Vengeance a peut-être fonctionné comme un catalyseur pour des offres plus sérieuses et alléchantes provenant d'Hollywood, qui correspondent mieux aux conditions souhaitées par Johnnie To, et qui l'auraient fait changé d'avis sur l'idée de faire un film dans la Mecque du cinéma commercial international.

Il est cependant intéressant de noter que durant l'année 2010, To a travaillé sur deux productions, l'une tournée à Hong Kong, l'autre à Pékin, et non à Hollywood. La première est une comédie du nouvel an avec deux interprètes champions du box-office, Louis Koo et Daniel Wu, a priori calibrée pour le public de Hong Kong et de la Chine continentale, et qui ressemble fortement à de précédentes oeuvres commerciales de To comme Needing You et Love on a Diet. Un autre film, avec Lau Ching Wan, est aussi actuellement en cours de production, et semble plutôt faire partie de la catégorie films personnels, comme Throw Down, Election, Mad Detective, etc. Bizarrement, peu de choses semblent avoir changé depuis les escapades internationales des années 2000-2010, mis à part le fait que To semble se concentrer sur le marché de la Chine continentale plus que jamais auparavant. Seul le temps nous apprendra si Hollywood viendra le chercher avec une offre suffisamment intéressante pour le faire venir dans la Cité des Anges, ou si son intérêt pour le marché chinois l'amènera aux même compromis artistiques auxquels la grande majorité des réalisateurs de Hong Kong attirés par ce vaste marché a dû se plier.

Ces longs entretiens récents illustrent les variations autour de « l'Histoire de Johnnie To » telle qu'elle est est racontée par le réalisateur lui-même dans ses interviews lors de la décennie écoulée. Les éléments de base de ses origines en tant que réalisateur, restent constants depuis ses premières interviews. Mais dans l'entretien pour CNN de 2010, To introduit l'idée de l'inévitabilité de son métier artistique en l'attribuant au destin.

 

Johnnie To par Laurent Koffel.
© Laurent Koffel from http://www.laurentkoffel.com, avec sa permission

 

To se sert adroitement des interviews pour communiquer avec divers publics sur ce qui est important pour lui en tant que réalisateur à un moment donné. Certains éléments de base restent les mêmes à chaque entretien, quelque soit le public ou le moment de sa carrière, mais il reste un maître conteur, capable d'habiller les détails de ses réponses et de leur donner une emphase particulière pour atteindre des objectifs professionnels. Dans ses entretiens accordés pour un public principalement d'Amérique du Nord, il cite une large majorité de films et réalisateurs hollywoodiens. Lorsqu'il commence à être régulièrement projeté dans les festivals européens, et que les rétrospectives majeures de son œuvre y fleurissent, To mentionne plus fréquemment des films et réalisateurs européens.

Lorsque To courtisait Alain Delon dans l'optique d'un remake du Cercle Rouge, il mentionnait les noms Alain Delon et Jean-Pierre Melville fréquemment dans ses interviews. Mais lorsque Delon s'est retiré du projet et que Vengeance a remplacé Le Cercle Rouge, il n'était plus question d'influences cinéphiliques dans les interviews de To en 2010. De la même façon, les propos de To sur Hollywood ont évolué significativement avec le temps : dans ses premiers entretiens, Hollywood n'est pas un endroit où il souhaite travailler. Il insiste au contraire sur ses origines hongkongaises, sa compréhension de Hong Kong et de ses habitants, et l'impossibilité qu'il aurait de faire les films qu'il veut à Hollywood. Cependant, après l'échec du Cercle Rouge et une fois Vengeance achevé, Hollywood devient une destination attirante, où le réalisateur compte bien se rendre dans un futur indéterminé.

D'une certaine manière, To essaie de dire au public concerné par chaque interview ce que ce public particulier attend de lui. Il a le scénario de sa propre histoire en tête, comme lorsqu'il tourne un film. To est célèbre à Hong Kong pour sa manière de tourner sans scénario écrit, disant qu'il a tout en tête, comme un storyboard interne, qui inclurait le placement des lumières et des caméras, le découpage des séquences, les acteurs, etc. Il est capable d'adapter ce script interne si nécessaire aux exigences de tournage, maîtrisant à chaque instant le pourquoi et le comment du plan en cours de tournage.

 

Logo de la Milkyway Image

CONCLUSION

L'Histoire de Johnnie To que To crée à travers ses entretiens, n'est peut-être pas si différente d'un film de Johnnie To. Tout comme ses scénarios évoluent pendant le tournage jusqu'à ce que le dernier plan soit dans la boîte, l'Histoire de Johnnie To, telle qu'on la voit dans ses interviews, continue à évoluer autant que sa carrière de réalisateur évolue. Le chapitre final de cette histoire fascinante n'est pas encore écrit.

notes

(1) Van-Thuan Ly, Arnaud Lanuque et David-Olivier Vidouze, “Le Dernier Homme: Interview Johnnie To” (Mars 2008), Hong Kong Cinemagic, en français
(2) “Johnnie To: Shooting Asia,” CNN Talk Asia, 12 février 2010, interview program, vidéo,
(3) Teo, Director in Action, 215.

 
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