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The Blade : l’esthétique du fragment dans le cinéma de genre
Le cycle vain de la violence 1/1 - Page 1
Infos
Auteur(s) : Laurent Henry
Date : 1/9/1999
Type(s) : Critique
Analyse
 
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Personnes :
Tsui Hark
Films :
L' Epée de la vengeance
Lexique :
Auberge
Wu Xia Pian
 
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Comme tout wu xia pian qui se respecte, The Blade met en scène des sabreurs en quête de justice ou de vengeance, des héros luttant contre leurs ennemis, une jeune femme attendant son champion, et bien évidemment des combats à l'arme blanche. Et pourtant l'univers du film s'apparente à un chaos permanent fait de bruits et de fureurs. En recourant à une esthétique déréglée et déroutante, Tsui Hark feint d'ignorer les codes de représentation que le genre a instaurés. D'où la nécessité de réinventer une manière de raconter, de trouver un point de vue pour appréhender un environnement considéré comme vierge. Pour y parvenir le réalisateur éprouve trois possibilités susceptibles de permettre une réappropriation du réel : par la violence, par les mots, par la caméra.

Le cycle vain de la violence

Les personnages de The Blade doivent affronter un environnement extrêmement difficile. La pauvreté gangrène une société où, en l'absence d'autorité, des hordes de bandits martyrisent des populations sans défense. Face à cet univers hostile, dans lequel il faut s'efforcer de survivre, la violence apparaît comme le moyen le plus approprié pour répondre aux agressions ou pour obtenir ce que l'on veut, de telle sorte que l'ensemble des relations humaines est largement conditionné par cette dernière. Pour s'approprier le bien d'autrui, certains n'hésitent pas à recourir au vol. Pour régler leurs différends, les hommes décrits dans le film s'en remettent le plus souvent aux armes, comme Tête d'Acier quand il veut venger la mort du moine ou Dig On quand il veut venger celle de son père. Même les relations hommes-femmes sont soumises à cette logique, Tête d'acier n'hésitant pas à kidnapper et à violer la femme qu'il prétend aimer.

Mais la violence est également source de plaisir. Au rire des hommes en voyant le chien du pré-générique se faire piéger, au chef des bandits tirant goulûment la langue avant d'attaquer, en passant par le cri de jouissance poussé par Tête d'Acier lorsqu'il tue un sabreur dans une auberge, de nombreuses situations du film montrent que le geste violent s'accompagne d'un plaisir sadique pour celui qui l'exécute. Moyen d'action qui procure en plus des sensations agréables, la violence apparaît dès lors comme une possibilité séduisante pour imposer sa volonté au monde extérieur.

La violence est-elle pour autant une solution efficace ? Lorsqu'une jeune femme se fait attaquer en pleine rue, un moine vient lui porter secours. De par son statut ce personnage représente une autorité spirituelle et morale. Son geste altruiste témoigne d'un esprit héroïque. Tous les ingrédients sont en place pour que s'instaure le schéma classique dans lequel la violence permet d'imposer le bien contre le mal. Cette idéologie guerrière est néanmoins remise en question avec la mort du moine, lors d'une embuscade, dont il est victime peu après son acte de bravoure. Sa mort condamne la possibilité d'un ordre moral et héroïque instauré par la force.

L'inverse n'est pas vrai non plus. L'homme sans foi ni loi ne s'en sort pas nécessairement mieux. Tsui Hark se refuse à mettre en œuvre une quelconque logique. La victoire dépend essentiellement des circonstances. Comme l'explique Fei Lung, le combattant le plus rapide est le plus fort et donc il sera victorieux. Néanmoins la traîtrise, comme dans le cas du moine, permet de venir à bout d'un adversaire a priori plus fort. En l'absence de règles établies, tous les combattants présentés dans The Blade connaissent à un moment ou à un autre la défaite. Dig On ne pourra rien contre une horde de brigand venue mettre à sac la mansarde où il a trouvé refuge. Plus tard il leur infligera à son tour une correction. Fei Lung finira par trouver plus rapide que lui.

En outre aucun des personnages n'est en mesure de maîtriser complètement sa violence. D'une part parce que l'acte violent se déroule dans un contexte de soudaineté et de rapidité qui conduit même les meilleurs combattants à commettre des erreurs. Ainsi Dig On tuera la prostituée par inadvertance et Fei Lung mourra par un coup porté par sa propre arme. D'autre part parce que l'acte violent a toujours des conséquences imprévisibles, entraînant son initiateur dans un cycle qui le dépasse et où il risque de subir des représailles de ceux qu'il a vaincus, comme Fei Lung tué par le fils d'un des hommes qu'il a assassinés.

Dans ces conditions, la violence n'est pas porteuse de sens, elle ne permet pas de concevoir un ordre qu'il soit bon ou mauvais. Loin de régler les problèmes des hommes, elle les perpétue sans offrir aucune perspective de progrès matériel ou moral. La violence appelle la violence, les personnages de The Blade la subissent comme une fatalité indépassable. Ils ne sont en mesure que de la perpétuer, une attitude destructrice qui pousse d'ailleurs la jeune fille à remettre en question la légitimité d'une telle existence. « Pourquoi existions-nous ? », se demande t-elle suite au carnage final. La victoire de Dig On se mue alors en échec, il n'a fait que reproduire le schéma de la vengeance. Tsui Hark ne condamne pas tant la violence d'un point de vue morale que pour son incapacité à inscrire l'humanité dans une logique de progrès ou tout au moins d'évolution. De ce fait elle renforce le caractère chaotique du film puisqu'elle n'offre pas de signification aux combats et aux luttes qui s'y déroulent. Elle ne peut donc pas être adoptée comme un point de vue organisateur.

 
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