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Critiques Express

La Vengeance de l'aigle    (1978)
Lorsqu’il met en scène Avenging Eagle, Suen Chung est surtout célèbre pour ses nombreux polars réalisés pour le compte de la Shaw Brothers. The Bloody Escape, Sexy Killer ou Big Bad Sis comptent parmi ses succès et son soudain virage vers les films d’arts martiaux (The Kung Fu Instructor, The Deadly Breaking Sword, etc.) – même s’il ne délaissera jamais ses premiers amours - est d’autant plus étonnant.
Loin de l’handicaper, sa relative ingénuité dans un genre alors encore dominé par les figures tutélaires maison Chang Cheh et Liu Chia Liang, lui permet d’imposer un style nouveau et de faire preuve d’une fraîcheur propre à renouveler le film d’arts martiaux. Structure narrative alternant flash-back et présent, nous livrant ainsi peu à peu les clés du récit, ralentis et même arrêts sur image, soulignant la rudesse des coups et la violence des affrontements, chevaliers possédant chacun une arme spéciale et un accoutrement qui les caractérisent psychologiquement (dans un esprit bande dessinée identique à celui des Five Deadly Venoms réalisé la même année par le mentor de Suen Chung, Chang Cheh) sont les meilleurs exemples de ce renouveau.

Avenging Eagle s’ouvre sur un paysage désertique rappelant l’esprit du personnage qui y erre blessé, porté par un cheval ensanglanté (les plans sur les sabots du cheval recouverts de sang semblent tout droits sortis d’un western italien). Chi Ming Cheng, incarné par le vétéran Ti Lung, apparaît aux yeux du spectateur comme le héros du film et celui-ci soupire d’aise lorsqu’il est sauvé par un jeune et fringant épéiste, Cho Yi Fan (Fu Sheng). Mais ne voilà-t-il pas que le miraculé, au lieu de remercier son bienfaiteur, lui vole son destrier et l’abandonne sous un soleil de plomb… Notre construction dramatique s’effondre alors et nous nous retrouvons perdus, toutes convictions envolées, béats devant l’écran. Une fois encore, l’emprunt au western italien est flagrant : les héros ne sont plus ce qu’ils étaient et arborent maintenant des profils psychologiques cyniques et cruels. Sergio Leone et son homme sans nom ont laissé des traces indélébiles.
Cho Yin Fan s’en sortira bien évidemment (Fu Sheng ne peut pas mourir dès la première bobine !) et dévoilera lui aussi, petit à petit, sa part d’ombre. Il n’est pas le naïf et gentil chevalier qu’il paraît être et n’agit pas sans but.
Une fois leurs différends réglés, Chi Ming Cheng et Cho Yin Fan allieront leurs forces pour tenter de défaire le père adoptif de l’épéiste errant, Yueh Hsi Hung (Ku Feng). Ce tyran, à la tête d’une armée de treize bandits (les « aigles »), élève des enfants comme on élève des chiens de combat, pour en faire des armes toutes à lui dévouées.

Le scénario de Avenging Eagle est passionnant car outre son côté « film de super héros » (on pourrait en transposer l’histoire dans le monde des comics américains), il repose sur des concepts culturels chinois millénaires. En effet, la relation qui lie Chi Ming Cheng à Yueh Hsi Hung est encore plus forte que celle qui unit deux époux ou même un père à son fils : il s’agit du lien sacré élève / maître (le célèbre « sifu »). Pour trouver trace de cette relation dans la culture occidentale, il faudrait peut-être remonter aux romans courtois du Moyen Age où un Lancelot, plutôt que de fauter avec Guenièvre, femme de son roi, préférait partir en quête du Saint Graal. Si nous nous replongeons dans Chrétien de Troyes avec un sourire au coin des lèvres, la sacralité du lien maître / élève (ou plus généralement aîné / jeune) est encore fortement répandue aujourd’hui dans la population chinoise. Le pouvoir de cette relation dans l’inconscient du héros est tel qu’il se trouve obligé de commettre l’irréparable : il assassine de sang froid une jeune femme qui lui a sauvé la vie peu de temps auparavant, tout en lui jurant de se faire tuer des mains de son époux… Cette scène, shakespearienne en diable, est magnifique et sûrement l’une des plus belles de toute la filmographie de Ti Lung.

Mais Suen Chung ne fait pas que s’appuyer sur la maîtrise scénaristique d’un Ni Kuang, rompu à l’art d’adapter le réputé inadaptable Jin Yong. Il s’octroie également les services du brillant Tong Gaai, l’homme de la situation pour régler les chorégraphies martiales d’Avenging Eagle. En effet, le célèbre chorégraphe est un passionné des armes et il s’est appliqué, dans chacune de ses meilleures contributions, à utiliser les plus originales et les plus cinégéniques. Il s’est surpassé cette fois-ci et a donné à chacun des aigles une arme en rapport direct avec son profil psychologique, du mystérieux Cho Yi Fan qui cache des hachettes dans la semelle de ses chaussures, aux griffes acérées de l’aigle Ku Feng, capable de déchiqueter jusqu’à ses petits… (c’est d’ailleurs un de ses plus beaux rôles de méchant !)
Ti Lung et Fu Sheng sont des combattants magnifiques dans Avenging Eagle et, propre des plus grandes réussites, ils laissent les autres acteurs martiaux s’exprimer et briller eux aussi. Et lorsqu’on regarde attentivement le casting, on peut aisément s’imaginer le niveau d’excellence du spectacle !

Avenging Eagle, même s’il comporte quelques faiblesses (dont un montage assez déconcertant par moments), est une des plus grandes réussites de la dernière période de la Shaw Brothers. Avec la mort des films d’arts martiaux « old school », Suen Chung n’eut que peu l’occasion de nous montrer quel grand metteur en scène il pouvait être. Il retrouvera Ti Lung dix ans plus tard à l’occasion de l’honnête polar City War, son avant-dernier film.
David-Olivier Vidouze 5/23/2005 - haut

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