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Critiques Express

The Killer    (1989)
Si le retour de John Woo à Hong Kong a suscité un enthousiasme très important auprès de ses fans, ce n’est pas uniquement à cause de la qualité de son dyptique Red Cliff. Ce n’est pas non plus seulement parce que ses films à Hollywood ont pu décevoir. Non, si le réalisateur a été accueilli comme le fils prodigue de retour au pays, c’est surtout parce qu’il a presque créé un genre à lui tout seul à travers une poignée de films dont The Killer constitue le point culminant. Alors qu’on aurait pu penser que A Better Tomorrow n’était qu’un accident de parcours dans une carrière vouée à l’échec (Alfred Cheung ayant tout de même réussi à réaliser la perle noire On The Run entre deux comédies d’action anecdotiques, sans jamais réitérer l’exploit), Woo a réussi à prouver qu’il possédait une vision unique, et que l’héritage de Chang Cheh n’était pas perdu, et ce à plusieurs reprises, puisqu’il réalisa par la suite le très poignant et très personnel A Bullet In The Head. Mais parmi cette accumulation de mélopolars ultra-violents, The Killer a une place à part, à l’image du Jeff incarné par Chow Yun Fat, véritable marginal échappé d’une autre époque. Si on retrouve des thématiques communes à la majorité des films de l’artiste John Woo (et non plus de l’artisan condamné à mettre en scène des comédies) et un ton très particulier, The Killer s’illustre par un symbolisme très appuyé, comme en témoignent les nombreuses références aux religions, et à la spiritualité en général.

Ce n’est pas un hasard si les scènes d’ouverture et de clôture se déroulent dans la même église, créant un écho entre les prières du tueur et son destin funeste. Car même si on pourrait résumer l’intrigue en quelques lignes, le scénario bénéficie d’une écriture très précise, qui trouve tout son sens dans des trouvailles visuelles qui rendent la mise en scène encore très moderne. L’œuvre de Woo repose ainsi entièrement sur la dualité. Les protagonistes sont par exemple séparés par leur rôle vis-à-vis de la loi, mais aussi réuni par leur idée de l’honneur et de l’amitié. La chorégraphie des scènes d’action est virevoltante et spectaculaire, mais s’appuie aussi sur une violence à la sècheresse aussi brutale que réaliste, et le montage alterne systématiquement des effets opposés. Ainsi, la caméra est presque constamment en mouvement, mais n’exclut pas l’immobilité, comme pour souligner la rigidité d’un dialogue de sourds. De même, les travellings peuvent être lents avant de céder au dynamisme le plus efficace. Les passages mettant en valeur Chow Yun Fat sont très significatifs à ce titre, comme sa sortie de l’église, dans un ralenti rappelant les héros chevaleresques de Chang Cheh, alors que sa tenue et son attitude lui confèrent une présence très moderne. En digne élève de l’ogre, John Woo s’emploie ainsi à donner une ampleur aux techniques du maître que ce dernier lui-même n’a que rarement atteinte. La transposition des thèmes des wu xia pian classiques dans le genre du polar s’appuie ainsi sur un sens indéniable du cadre, allié à une maîtrise du montage redoutable, pour un résultat aussi violent que mélancolique. L’une des grandes forces du réalisateur est en effet d’alterner les éléments lyriques et la banalité du quotidien. Comme lors de cette scène, dont la transition passe par la musique, qui voit Jeff devant un paysage magnifique et totalement dénué de toute trace de civilisation, exprimant à la fois sa solitude et sa mise à l’écart du monde moderne, juste avant un plan qui voit Kenneth Tsang effectuer une action aussi banale et quotidienne que jeter des sacs poubelles. Cette recherche d’une cohérence dans le passage d’une scène à une autre, qu’il soit fait par le lien d’une thématique, ou d’une simple musique, confère un véritable sentiment d’unité à l’ensemble, et permet au récit de se dérouler dans une continuité parfaite. Ce qui n’avait rien d’aisé au vu du nombre de scènes. Car le réalisateur fait le choix de découper son histoire en des scènes très courtes, ou l’essentiel passe plus par l’image que le discours, et où tout superflu semble exclu.

Le rythme est donc très élevé, non seulement parce que les scènes d’action sont nombreuses et s’enchaînent avec maestria, mais aussi parce que l’intrigue suit son cours avec efficacité. Si Woo parvient à en dire autant en si peu de temps, c’est parce qu’il multiplie les événements au sein d’une même séquence, en employant à plusieurs reprises le montage alterné, sans qu’on ne perde jamais le fil de l’histoire, chaque élément ayant un but bien précis. C’est dans ce genre de séquence que la richesse du montage s’exprime, comme lors des scènes de suspense, dans lesquelles Woo alterne ralentis et passages en vitesse réelle, afin de produire un contraste redoutable entre l’esthétique des ballets funestes et la violence réaliste. Certains passages sont même d’une brutalité surprenante, comme la poursuite entre Danny Lee et Tommy Wong qui n’est pas sans rappeler, tant par son dynamisme que par son atmosphère sonore le cinéma de Michael Mann et certaines de ses productions comme la série télévisée Miami Vice. L’action reste d’ailleurs constamment percutante grâce à ce mélange maitrisé de chorégraphie et d’ultra-violence, réglé avec minutie par un Tony Ching Siu Tung très inspiré. Malgré le grand nombre d’affrontements, aucun ne se ressemble, tant le cadre est toujours exploité avec beaucoup d’ingéniosité. Mais si les fusillades sont inoubliables, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont homériques. C’est surtout parce qu’elles symbolisent l’état d’esprit des personnages et illustrent les thématiques de l’histoire. Si les métaphores comme la colombe éteignant une bougie pour évoquer la mort brutale ont vieilli, comme certains éclairages et certaines utilisations trop appuyées du ralenti, d’autres passages, comme l’échange verbal entre Dumbo et Mickey approfondissent de façon très intéressante la psychologie des personnages et permettent de comprendre leur relation sans se perdre en long discours. La scène du portrait robot est également un modèle d’écriture, décrivant avec beaucoup d’émotion ce qui fait un véritable héros Chang Chehien et en conséquence un véritable héros wooïen. Les amitiés viriles, l’honneur perdu, ne sont pas de simples mots, mais constituent une véritable façon de vivre, aussi obsolète soit-elle.

Le contraste entre le tueur déchu, perdu, et le héros tout de blanc vêtu est d’ailleurs saisissant, et leur amitié donne plus de force encore aux thèmes du film. Le mimétisme entre le tueur et le policier est également très intéressant : dans les deux cas, une religion sert de cadre. Guan Yu guette les agissements des forces de l’ordre d’un regard sévère lorsque Danny Lee se prend pour Jeff, et ce dernier cherche constamment le regard de la vierge. Véritable étranger dans un monde qui n’est plus le sien, dans une époque trop moderne pour vénérer l’honneur et l’amitié, il doit subir des opérations de fortune dignes des temps anciens, durant lesquelles sa détermination s’exprime avec puissance. Car même si l’attitude décontractée de Chow Yun Fat laisse souvent penser qu’il a du recul sur sa situation, Jeff reste un être torturé, qui n’a sa place nulle part. La scène qui le voit seul repensant à une petite fille blessée donne l’impression qu’il fond littéralement, comme s’il n’était plus qu’une façade n’attendant que de disparaître. Il y a un véritable aspect fantomatique chez ce tueur qui semble constamment en dehors du monde, et pourtant, il en comprend les règles, puisqu’il anticipe par exemple la trahison de son ami. Finalement, par son courage et sa sincérité, il amènera ses amis à reconsidérer leurs croyances, et à s’extraire de ce monde violent. Lorsque frappé à mort par les sbires de Shing Fui On, Paul Chu Kong remet sa cravate, on pense immédiatement à la réaction incroyable d’un Alexander Fu Sheng mourant dans Disciples Of Shaolin qui nettoyait ses chaussures. Cette sensation de ne jamais être là où se trouve le reste du monde culminera lors du baroud d’honneur de Jeff, qui ne trouvera pas la main qu’il cherchait, et finira seul, loin du but qu’il s’était fixé.

Une confrontation amère à la brutale réalité, qui renforce la sensation de boucle créée par le lieu commun des scènes d’ouverture et de fermeture. De même, l’utilisation de la musique entendue après l’aveuglement de Jenny pendant la poursuite de Shing Fui On annonce le funeste et inévitable dénouement, achevant d’assommer le spectateur par le contraste violent entre le romantisme wooïen d’une autre époque et la cruauté toute moderne d’un monde de tueurs. Afin de donner à ce climax la force qu’il mérite, Woo se permet un dernier montage alterné sous forme d’hommage à la mise à mort de Ti Lung dans Vengeance ! pour un résultat qui achève de faire de The Killer plus qu’un simple mélopolar. Si certains éléments de la mise en scène paraissent vieillis, c’est parce qu’ils étaient déjà en décalage avec ce qui se faisait à l’époque, et c’est ce qui fait de The Killer une œuvre moderne, car intemporelle, au message universel.
Léonard Aigoin 12/2/2010 - haut

The Killer    (1989)
D'après l'aveu de John Woo lui-même, son film le plus réussi. Toute sa mythologie y est présente (les derniers chevalier et le code moral, l'amitié, la rédemption ) et la symbiose entre ses thèmes et les scènes d'action y est parfaite. Un CHEF D'OEUVRE. !
David-Olivier Vidouze  - haut

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