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On The Wrong Track    (1983)
Réalisateur de films comme Dragon From Russia ou Iceman Cometh, Clarence Fok est un représentant emblématique du cinéma commercial à la HK où rythme et action sont privilégiés à la cohérence du script. Il suffit de jeter un coup d’œil à l’épileptique Black Panther Warriors pour s’en convaincre. Stowaway, un des derniers films de son auteur, apparaissait dans ce contexte comme une expérience isolée et à contre courant. Mais la ressortie des premières œuvres de Fok apporte un nouvel éclairage sur sa carrière. Car, avant de faire dans l’hyper commercial, le jeune réalisateur signait des longs métrages portés sur le réalisme social, des films estampillés « Nouvelle Vague » en somme. C’est en tout cas l’impression laissée à la vision d’On The Wrong Track.

On retrouve dans le film de Clarence Fok, une bonne partie des thématiques qui fondent le cinéma de la nouvelle vague Hong Kongaise. Essentiellement urbain, le mouvement aime à décrire l’ex-colonie comme une mégalopole faite de petites ruelles sales et sombres, de camps de réfugiés où s’entassent les petites gens et de hauts buildings inaccessibles au commun des mortels (voir le plan d’ouverture de Hong Kong, Hong Kong). La vision de HK que propose On The Wrong Track est du même tonneau. Fok se concentre sur les cités HLM, les écoles mal entretenues ou des terrains vagues transformés en lieux d’affrontement… Un ensemble de lieux où évolue une certaine jeunesse désoeuvrée de la ville. Le miracle économique Hong Kongais semble bien loin pour ces personnages… Mais surtout, le réalisateur nous montre une ville agressive, où toutes les relations humaines sont basées sur le conflit. Dès le début du métrage, Ah Dee et sa bande s’opposent à un couple de jeunes riches qui les renvoient à leur misère. Par la suite, les jeunes gens ne cesseront de s’opposer à toutes sortes de personnes, les incontournables figures de l’autorité bien sûr (policiers, principal de l’école) mais aussi les Hong Kongais moyens, de la directrice de supermarché au simple passant. L’impression qui en ressort est étouffante, comme si la ville était une cocotte minute sur le point d’exploser. Hong Kong ressemble à une ville fourmi où les habitants ne peuvent plus se supporter et où seule la violence (économique essentiellement) règne.
Etait-ce vraiment le cas en cette année 82 ? Partiellement. L’ex-colonie avait vécu des heures bien plus sombres dans les années 60, entre les émeutes politiques et les très difficiles conditions de vie dont souffrait une bonne partie de la population. Au début des années 80, Hong Kong souffre des contre coups de son miracle économique avec d’un coté les nouvelles classes moyennes et de l’autre tous les laissés pour compte du système. Ajoutons à cela, la tarte à la crème critique qu’est l’annonce de la rétrocession et cette vision si noire de HK se trouve ainsi en phase avec (une partie de) la réalité. L’autre raison de cette tendance cinématographique socialement critique vient de la personnalité et du vécu même des membres de la nouvelle vague. Eduqués à l’étranger, ils reviennent dans la perle de l’Asie avec une sensation de décalage. Ils ne sont plus tout à fait familiers avec l’environnement de la ville et leur éloignement temporaire leur permet une vision plus large des problèmes qui l’agitent. Ajoutez à cela une volonté d’engagement social hérité de leurs passages dans les écoles de cinéma d’Europe ou des USA et vous obtenez un cocktail détonant, aboutissant à un des mouvements les plus intéressants de l’histoire du cinéma de HK.

Autre thème très apprécié par la nouvelle vague : La famille ou plus précisément sa désintégration. Dans On The Wrong Track, les tendances délinquantes de Paul et De sont clairement le résultat de l’absence de mère en plus de l’attitude extrêmement autoritaire de leur père. La posture de Fok est pourtant paradoxale. La mise en avant des problèmes liés à la dislocation de la cellule familiale démontre une volonté sociale, l’ambition de pointer du doigt certaines défaillances de la société. Mais la vision de Fok est finalement très conservatrice. Tout ce que le réalisateur semble proposer, c’est un retour à une famille unie, à une famille traditionnelle. La relation qui s’engage entre Paul et la jeune réfugiée, cimentée autour de son bébé, tient donc lieu de lueur d’espoir. Aussi bien pour le personnage de Paul qui apprend la responsabilité et découvre la douceur d’une femme que pour la société Hong Kongaise dans son ensemble. Une position tout à fait dans la tradition des mentalités locales, fondamentalement conservatrices. D’autres œuvres à ambitions sociales de l’ex-colonie Britannique exprimeront ce type de vision (School On Fire pour citer une des plus célèbres).

Dernier sujet emblématique présent dans On The Wrong Track : l’émigration. Un sujet qui ne date pas de la rétrocession. Nombres d’œuvres des années 50 traitaient du sujet mais d’une manière inversée à la problématique des années 80. Le cinéma d’alors traitait de Chinois déracinés, obligés de partir dans une colonie Britannique pour s’en sortir et dont le but restait de rejoindre, le plus tôt possible, la mère patrie. 30 ans après, une authentique population locale (non plus Chinoise, non pas Anglaise mais Hongkongaise) s’est développée et leurs interrogations sont différentes. D’un cinéma fait par et pour des émigrés, l’industrie du film développe des préoccupations locales, spécifiques au microcosme qu’est Hong Kong. Les émigrés prennent alors une nouvelle forme. La nouvelle vague les décrira comme des personnages tragiques mais, bien vite, ils serviront d’antagonistes (ces sales étrangers qui viennent mettre à feu et à sang notre belle ville) ou d’objets de risée (« Ces Chinois Continentaux, tous des péquenots ! »).
On The Wrong Track n’aborde ce sujet que par le petit bout de la lorgnette, à travers le personnage de Prudence Lau. La jeune fille est assez peu développée (on ne saura rien de son passé, de ses ambitions…) mais il est tout de même plaisant de voir une émigrée Vietnamienne montrée comme une personne normale et non comme une terroriste ou une prostituée.

Un ensemble de thèmes intéressants mais, comme on a pu le voir, traités maladroitement. Un cas de figure qui s’applique également à la description des personnages. Le manque de finesse de certains d’entres eux (comme King Kong ou la fiancée de Yueh Hua) n’est pas foncièrement dommageable, leur importance scénaristique étant limité. Ils ne servent qu’à éclairer certains aspects de la personnalité des personnages principaux.
Il s’agit donc surtout d’Ah Dee et Paul. Le premier est celui qui exhibe l’attitude la plus agressive durant tout le métrage : Il est de facto le leader de la petite bande de jeunes rebelles, en constante opposition avec son père et sans remords sur ses actions délinquantes. L’attitude autoritaire de son père est désignée par Fok comme la raison de la personnalité contestatrice d’Ah Dee. Pourtant, le réalisateur ne va pas jusqu’au bout de son idée et Yueh Hua manifeste une certaine préférence pour Ah Dee (voir la séquence où il en prend soin un matin sans s’inquiéter de son autre fils) qui semble en opposition avec leurs attitudes respectives. La psychologie d’Ah Dee en devient floue, indistincte… On ne voit pas exactement où le jeune garçon veut en venir. Si Fok souhaitait exprimer une certaine rage contestatrice, en écho avec la colère d’une partie de la jeunesse locale, alors il aurait du faire d’Ah Dee plus qu’un petit vandale qui se contente de brûler une voiture ou de piller un supermarché (Tsui Hark l’avait fait bien mieux pour son Don't Play With Fire).
Paul, personnage encore plus complexe que son frère, souffre également des mêmes défauts de caractérisation. Celui-ci démontre une attitude plus responsable que son cadet. Bien qu’il participe à quelques larcins en réaction à l’autoritarisme de son père et sous l’influence de son frère, il est conscient de la portée de ses actes. Paul est un adolescent qui se cherche en explorant les diverses voies qui lui sont offertes. La première partie du métrage met bien le doigt sur cet aspect du personnage, relayé par un Andy Lau encore débutant et dont les limites de jeu servent adéquatement le personnage. Malheureusement, la deuxième partie d’On The Wrong Track nous fait perdre le personnage. Alors que celui-ci se montrait hésitant, Paul embrasse totalement la voie de la délinquance mais sans que l’on sache pourquoi. Après [spoiler] avoir vu son cadet mourir suite à ses agissements criminels [fin spoilers] et avoir une femme à s’occuper, on pourrait pourtant croire que le personnage se montrerait responsable. Absolument pas. Imitant James Dean dans la Fureur de Vivre (inspiration affichée par un poster dans la chambre des deux frères), le jeune homme se met à participer à des courses illégales et exhibe une attitude de petit caïd. Une absence de transition entre ces deux aspects de la personnalité de Paul qui endommage le film de Fok étant donné l’importance du personnage.

Le réalisateur fait par contre preuve d’une meilleure maîtrise en ce qui concerne sa mise en scène. Il parvient à créer une ambiance pesante lors des scènes nocturnes (moment favori pour les actions du gang) et exploite efficacement les divers lieux de tournages (la galerie commerciale de la fin). Les scènes d’action sous sa houlette font également preuve d’une belle énergie sans avoir recours à des chorégraphies Kung Fu inappropriés en l’espèce. La musique, tendance un peu rock, s’accorde également bien à l’esprit d’On The Wrong Track.

Œuvre typique de la nouvelle vague, le long métrage de Clarence Fok n’est certainement pas ce que le mouvement a donné de mieux. Mais il a suffisamment de qualités artistiques propres et apporte d’intéressantes éclairages sur la carrière de son auteur ainsi que sur les différents aspects de la nouvelle vague pour mériter une vision.
Arnaud Lanuque 12/8/2005 - haut

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 12/8/2005 Arnaud Lan...

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