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Critiques Express

Profiles Of Pleasure    (1988)
Il fut un temps où le cinéma Cantonais était une industrie toute entière basée sur ses actrices ultra glamours, Josephine Siao et Connie Chan en tête. Mais cette période ne dura qu’un temps. En quelques années, la Shaw Brothers et tout particulièrement Chang Cheh mettent les hommes sur le devant de la scène pour ne jamais la quitter. De Bruce Lee à Andy Lau, ce seront dorénavant les hommes qui seront au cœur du système et feront l’essentiel de ce cinéma. Il existe cependant toujours quelques réalisateurs passionnés par les histoires de femmes à la personnalité forte et Tony Au est de ceux là.
Bien qu’il n’ait réalisé qu’une poignée de films, Au s’est toujours consacré à traiter d’histoires de femmes avec autant de subtilité que possible. Ses bonnes intentions n’ont pas toujours réussi à se matérialiser à l’écran (cf : I’m Sorry) mais sa démarche demeure louable au sein d’une industrie faisant la part belle à l’action et aux comédies bourrines. Sur bien des points, Profiles Of Pleasure représente l’apothéose de la démarche de Au.

Des films traitant de la prostitution, le cinéma de HK en a produit en quantité. Mais Profiles Of Pleasure se distingue d’entrée de jeu de la concurrence par son visuel extrêmement travaillé. Au, qui s’est également chargé de la direction artistique, a soigné la reconstitution dans le moindre détail, conférant une belle crédibilité visuelle à son œuvre. Avec le concours de son équipe technique (le directeur photo, Bill Wong, en tête), le metteur en scène compose des séquences d’un esthétisme sans faille et à l’identité chinoise affirmée : Les couleurs sont chatoyantes et harmonieuses, les costumes traditionnels élégants, les intérieurs organisés avec goût… Une réussite visuelle que n’aurait pas renié le grand maître du genre dans les années 70, le vénérable Li Han Hsiang.

Ce visuel de haut niveau est au service d’un scénario ambitieux cherchant à combiner petites histoires sentimentales et grands moments historiques. Pas moins de trois scénaristes s’y sont frottés, essayant d’adapter une célèbre nouvelle des années 30 « Tracing the Flower Business in Hong Kong’s West End » écrite par Lawrence Lau.
La période décrite par Profiles Of Pleasure, c’est donc le milieu des années 30. Les autorités Britanniques décident de régler le problème de la prostitution en l’interdisant une bonne fois pour toutes ou tout du moins, ces manifestations les plus évidentes (maisons closes, racolage). Le film de Au illustre bien les différents points de vue qui ce sont opposés durant cette période troublée. D’un côté, on a la conception chinoise traditionnelle (représentée par les personnages de Paul Chun et Adam Cheng) qui voit dans les maisons closes un instrument de régulation social, un lieu utile à la société et plus protecteur pour les prostituées elles-mêmes. En face, deux visions militent pour l’interdiction. La première est purement politique. Elle est défendue par le représentant direct de l’administration coloniale pour qui Hong Kong ne doit pas avoir de législation différente du Royaume Uni. Les spécificités culturelles locales n’ont aucune importance. La seconde vision est, elle, foncièrement féministe. La prostitution n’étant qu’un moyen d’oppression des Hommes sur les Femmes, c’est une pratique rétrograde qui doit être abolie.
Profiles Of Pleasure se concentrant essentiellement sur des prostituées ou des clients de la Floral Ode House, il est logique que ce soit la vision conservatrice qui soit privilégiée. Il faut d’ailleurs reconnaître que, rétrospectivement, cette façon de voir avait quelques fondements et il n’est pas certain que les pratiques contemporaines (noyautage des triades, importance des souteneurs) ayant suivi l’interdiction de 1935 aient été une amélioration pour les prostituées. Le film de Au a le mérite de bien rendre compte de ces différentes approches liées à la prostitution dans les années 30. En cela, Profiles Of Pleasure est une réussite originale au sein d’une industrie qui n’a généralement que peu à faire des considérations historiques.

Cependant, le cœur du film réside dans ses personnages évoluant dans une configuration de carré amoureux. La situation est riche en possibilités dramatiques, entre les aspirations légitimes à une vie normale des prostituées, la déception de l’épouse face à l’intérêt qu’a son mari pour les pensionnaires de la Floral Ode House… Mais les scénaristes choisissent un chemin en totale opposition à ces nombreuses opportunités dramatiques. Que Cheng se satisfasse de sa situation, c’est plutôt compréhensible, il a à sa disposition rien de moins que 3 femmes superbes sans avoir le moindre compte à rendre. Pourtant son éducation Britannique, sa mission coloniale et son mariage heureux auraient pu être autant d’éléments justifiant un doute de sa part. Mais le personnage est décrit comme un Chinois traditionnel avant tout. C’est exactement ce type d’orientation scénaristique qui limite la portée émotionnelle de Profile of Pleasures. Les conflits moraux nombreux sont étouffés dans l’œuf par ces choix conscients des scénaristes. On retrouve ce même type de potentialités manquées chez Chin Chin (elle est la favorite de Cheng mais se contente de rester une simple prostituée fidélisée pour lui), Yuk Kiu (qui a tout pour obtenir une vie normale mais encore une fois accepte son sort sans grand combat) et Lily (épouse occidentalisée qui accepte pourtant quasiment sans broncher le comportement de son époux). A cause de cela, Profiles Of Pleasure manque de chaleur, de sentiments forts et manque son objectif principal : L’émotion.
Une comparaison intéressante mériterait d’être faite avec le film de Kinji Fukasaku, Geisha House. Les deux œuvres traitent de périodes équivalentes et ont le même type de postures non moralistes (c'est-à-dire ne condamnant pas en soi la prostitution). Si le film de Au a l’avantage sur le visuel, l’œuvre de Fukasaku gagne sur le plan de l’émotion. Le réalisateur Japonais n’hésitant pas à faire s’exprimer ses personnages ouvertement, laissant libre cours à leurs émotions les plus fortes. Profile of Pleasure en choisissant la carte de l’élégance, du non dit et du conformisme (ce dernier point étant certainement le plus dommageable) annihile ses potentialités dramatiques. Le film de Au en sort froid, bel objet dénué de vie.

Grâce à son casting ultra glamouresque et ses indéniables qualités visuelles, Profiles Of Pleasure rencontrera un honnête succès commercial, un des plus importants de la carrière de Au. Le film sera également nominé pour plusieurs récompenses aux Hong Kong Movie Awards. Malgré son manque d’implication émotionnel, ce relatif succès est plutôt justifié tant le film est soigné et d’une approche originale par rapport au tout venant de la production commerciale de l’industrie cinématographique Hong Kongaise. Il préfigure cependant le lent déclin artistique que Au connaîtra en tant que réalisateur.
Arnaud Lanuque 5/12/2007 - haut

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 5/12/2007 Arnaud Lan...

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