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Critiques Express

The Flying Dagger    (1969)
La même année que "Le Retour de l’Hirondelle d’Or", Chang Cheh fait à nouveau tourner Cheng Pei-pei et Lo Lieh, mais sans Jimmy Wang Yu. Un film méconnu et peu commenté de l’Ogre de la Shaw Brothers, "The Flying Dagger" est pourtant l’un des meilleurs films des années 60 du réalisateur, et prolonge les thèmes du "Retour de l’Hirondelle d’Or", et délesté de Jimmy Wang Yu, les détracteurs de l’acteur pourront le trouver supérieur.

Le film commence par une des meilleures introductions qu’a filmée Chang Cheh : "The Flying Dagger" s’ouvre en noir et blanc sur un couple tendrement enlacé dans un cadre bucolique. Pendant quelques secondes, le spectateur habitué aux œuvres de l’Ogre doute même qu’il s’agisse d’un de ses films, car même si le couple est partiellement dénudé, c’est la tendresse qu’il émane d’eux, quand soudain apparaît un homme clairement vicelard, qui a probablement assisté en voyeur aux ébats du couple, et tue l’homme pour s’adjuger de la femme. Là il n’y a plus de doute, nous sommes bien chez Chang Cheh ! Il viole également la femme, avant de la tuer avec une dague. Cheng Pei-pei apparaît en justicière, et tue l’odieux violeur. Ensuite, comme dans la scène du combat final de Chi Kuan-chun du moyen "Le Monastère de Shaolin", on passe du noir et blanc par un fondu en gerbe de sang rouge, qui annonce le passage du film en couleurs.
L’homme qu’a tué Cheng Pei-pei est le fils d’un puissant chef de clan, expert au maniement de couteaux et de dagues. Ce dernier crie vengeance et poursuit la famille de l’héroïne, en massacrant au passage leurs alliés. Le père est blessé et la famille trouve refuse chez un honnête aubergiste qui les cache. En même temps, apparaît un autre épéiste joué par Lo Lieh, qui manie également les couteaux sans faire partie du clan adverse, et va les aider à sa façon.

Comme dans "Le Retour de l’Hirondelle d’Or", Chang Cheh s’intéresse moins à la star féminine du wu xia pian qu’au personnage de loup solitaire joué par Lo Lieh, qui est une variation plus humaine et subtile du personnage de Jimmy Wang Yu. Toutes les scènes où il rend la justice (comme celle où l’un des clients de l’aubergiste avait perdu au jeu face à un tricheur, ou quand il sauve une femme et son enfant), il est introduit par le même thème musical que celui des scènes où Jimmy Wang Yu apparaissait en blanc pour semer la mort. C’est un thème qu’on entend également dans d’autres films de Chang Cheh, mais qu’on associe d’abord au personnage de Silver Roc. La différence tient à la personnalité cinématographique des deux acteurs : au lieu du jeu froid et hautain de Jimmy Wang Yu, Lo Lieh est plus expressif, détaché, et ironique. Jimmy Wang Yu jouait certes un justicier mais extrémiste et adepte de méthodes expéditives ; le Yang Qing solitaire joué par Lo Lieh considère les combats comme un spectacle, et rend la justice à la tête du client, ou selon sa bonne humeur. Du moins, c’est la façade qu’il arbore.
Par le biais de ce personnage individualiste décrit sans valeurs, sans idéal, sans accroche ni clanique, ni familiale, le réalisateur a l’occasion de le confronter au clan de Cheng Pei-pei, qui est l’archétype de la famille soudée, pétrie de justice, de grandes valeurs et de piété filiale, et de perpétrer sa subversion des valeurs confucéennes (on sent que le réalisateur prend clairement le parti de l‘individualiste), mais également du genre wu xia.

Une scène excellente l’illustre très bien, c’est celle de la première rencontre entre Lo Lieh et Cheng Pei-pei : celle-ci se débat contre plusieurs adversaires dans un bois, et plusieurs femmes apeurées fuyaient la scène. Lo Lieh qui se trouvait sur le chemin, leur demande les raisons de leur fuite, et réussit à persuader l’une d’entre elles d’assister au show avec lui : la femme qui trouve ces morts horribles et injuste qu‘une femme soit attaquée par plusieurs hommes, lui demande d’aider Cheng Pei Pei (alors même qu’elle se débrouillait très bien), ce qu’il fait en lançant des cailloux à la tête des hommes, ce qui irrite l’épéiste féminine considérant son attitude comme condescendante envers elle. Cheng Pei Pei le prendra d’autant plus en grippe quelques scènes suivantes, quand son petit frère a été capturé par le clan adverse, il s’avère que le seul espoir de la famille est Lo Lieh, qui acceptera de les aider si elle lui promet de coucher avec lui. La situation étant désespérée, elle finira par accepter.

Les fans de Cheng Pei-pei ont été irrités par la manière dont le réalisateur a ramené l’Héroïne de la Shaw Brothers au rang d’objet de désir (sexuel), ou d’aide-soignante (de son père, plus tard de Lo Lieh). Dans les véhicules de Ho Meng-hua ou Lo Wei, ce serait Cheng Pei Pei qui aurait sauvé son frère, son père, éclaté les méchants, etc. Même dans le meurtre du violeur du début, Cheng Pei Pei ne le tue pas grâce à ses compétences ou sa supériorité martiales, mais par la chance et la ruse (elle tombe à côté du cadavre de la fille violée et prend le couteau qui l’a tuée pour battre l’homme).
Cependant, comme il a été dit plus haut, "The Flying Dagger" est une variation subtile du "Retour de l’Hirondelle d’Or", et permet d’opposer des valeurs que le réalisateur jugeait obsolètes.
On s’apercevra progressivement que le côté frimeur et détaché de Lo Lieh est certes la conséquence de son expérience de la vie, qui l’a rendu sceptique face aux Grandes Valeurs, mais surtout cache une intégrité foncière. Une scène donnait un indice en ce sens : il prétend n’aider que par caprice et que la tête de Yeung Chi-hing ne lui revenait pas, mais alors que ce dernier était encerclé par plusieurs autres bandits, il lui prête deux couteaux pour qu’il se défende, car à ce moment là, c’était un vieil homme sans défense qui allait se faire tuer, même si c’est un fourbe. Cette honnêteté ne lui servira à rien, car quand il sauvera le petit garçon, et sera désarmé, il sera gravement blessé par l’homme qu’il avait aidé.

Le personnage féminin choqué par la proposition indécente de Lo Lieh permet au réalisateur de critiquer son puritanisme, et plus tard, son incapacité à rejeter son conditionnement social. Dans ses wu xia qui la mettait en valeur, l’actrice jouait des personnages très classiques de guerrières courageuses, fidèles au Père, au Clan, à la Famille, à ses amis, etc, et clairement connotées comme étant chastes. En la confrontant brutalement à la sexualité masculine par la scène d’ouverture (qui dut être traumatisante pour le personnage, ce qui explique son attitude postérieure), et plus tard par les avances de Lo Lieh, le réalisateur ébranle la figure féminine du wu xia old school dans ce film, comme il le faisait précédemment dans "Le Retour de l’Hirondelle d’Or".

Si le personnage féminin est "décevant" (pour les fans de l’actrice), ce n’est pas tant parce qu’elle ne fait pas étalage de ses aptitudes martiales ou qu’elle est reléguée à des rôles féminins, mais parce qu’elle est fondamentalement hypocrite et puritaine, en refoulant ses sentiments et sa sexualité. Lo Lieh a sauvé son frère, et elle le sauvera plus tard, quand il aura réussi à s’échapper, mortellement blessé, ce qui rend sa dette caduque. Mais sa famille, d’abord décrite comme noble et pleine de bons sentiments, est totalement réfractaire à une quelconque union entre la fille et le sauveur, car ce dernier est une sorte de vagabond, et lui propose de l'argent pour s'en débarrasser. La fille est soumise à son clan, et sera réellement tentée de s’en soustraire, pendant la courte période où elle le soigne. D’ailleurs, on s’aperçoit que c’est en grand blessé qu’elle préfère Lo Lieh (ironiquement, il avait reçu quatre dagues dans chacun de ses membres, ce qui le rendait symboliquement impotent) : il ne représente pas une menace sexuelle. Mais une fois soigné, elle se cachera derrière des idéaux de piété filiale pour fuir le sauveur de sa famille, et sera incapable de rejeter les lois de son clan.

En conclusion, Chang Cheh a vraiment soigné la psychologie de ses personnages pour nous livrer une œuvre complémentaire au "Retour de l’Hirondelle d’Or" passionnante dans l’opposition du masculin et du féminin, mais ce soin apporté aux caractères se ressent au niveau chorégraphique. Le binôme Lau Kar Leung/Tang Chia ne nous gratifie pas vraiment de joutes martiales spectaculaires ; il est vrai que le choix de dagues comme arme principale n’y aide pas, car elle ne permet que des plans du type personnage lançant un couteau/cascadeur qui s’écoule en le recevant, même s’ils sont mélangés avec des scènes à l’épée.
Anne Saïdi 7/27/2008 - haut

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 7/27/2008 Anne Saïdi

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