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Détective Dee - Le Mystère de la flamme fantôme    (2010)
On peut essayer d’objectiver l’art, et en l’occurrence le cinéma autant qu’on le voudra, en décernant notamment des récompenses prestigieuses, ou encore en attribuant les termes « culte », ou « chef d’œuvre », mais les sensations que l’on ressent lorsqu’on découvre un film sont aussi uniques qu’intimes, et les arguments les plus élaborés ne suffiront jamais à cacher la subjectivité de nos avis. C’est cette façon personnelle d’aborder le cinéma qui donne son sens à la discussion, à l’échange, et qui donne vie à nos passions. C’est pour cette raison que l’évocation d’un nouveau projet de Tsui Hark provoque immanquablement des frissons d’excitation chez certains, quand d’autres s’attarderont plus sur le sujet de l’œuvre que sur les noms qui l’entourent. Or, quand on aborde Detective Dee and The Phantom Flame, il semble regrettable de faire l’impasse sur le riche héritage de cette adaptation, tant les personnes liées à cette production sont d’horizons différents. Un métissage à l’image du réalisateur, dont les origines et les voyages mêlent le Vietnam, les États-Unis d’Amérique et bien sûr l’ex colonie britannique. Cet aspect cosmopolite de l’artiste n’est certainement pas étranger à la réputation de metteur en scène le plus créatif de Hong Kong. En effet, on peut supposer que la volonté de bousculer les genres et de dynamiter les conventions chère à Tsui Hark est liée à ces différentes expériences, qui l’éloignent d’une vision purement traditionnelle de la Chine, même s’il clame constamment son amour pour cette culture. S’étant essayer à presque tous les genres, le réalisateur a connu de grands succès, mais aussi des échecs difficiles, et après avoir connu une renommée qui lui a permis d’être surnommé « le Steven Spielberg de Hong Kong », l’artiste a eu du mal à retrouver son public, comme en témoigne l’accueil de Missing et All About Women. Les fans attendaient donc avec impatience le grand retour de celui qui avait relancé le genre du kung fu pian avec sa prestigieuse saga des Once Upon A Time In China. Et c’est en adaptant une fois encore les exploits d’une figure mythique de l’histoire chinoise que Tsui Hark entend reconquérir son public. Detective Dee, plus connu sous le nom de Juge Ti en France, est ainsi un personnage littéraire inspiré de Di Renjie, haut fonctionnaire sous la dynastie des Tang, ayant vécu de 530 à 600 après JC. Outre ses fonctions de magistrats, il devint, sur la fin de sa carrière, ministre pour l’impératrice Wu. Si le personnage est connu en occident, c’est avant tout grâce à Robert H Van Gulik, diplomate hollandais spécialisé dans la culture chinoise. L’intérêt de ces écrits est de faire découvrir le fonctionnement de la justice chinoise de l’époque, avec un souci de réalisme inouï, tout en rendant la lecture ludique grâce à des enquêtes dans lesquelles les qualités de détective du héros illustrent un esprit brillant. Van Gulik n’est pas le seul auteur a s’être réapproprié le personnage, puisqu’en 2004, Frederic Lenormand romancier maintes fois récompensé, publie Les Nouvelles Enquêtes Du Juge Ti, dans la pure tradition des romans précédents. Si Di Renjie n’a pas le potentiel spectaculaire d’un Wong Fei-Hong, ses qualités les plus prisées étant d’ordre intellectuel, certaines histoires mettent en avant son courage et ses qualités de combattant. A la fin des années 60, le héros a vu ses enquêtes adaptées pour la télévision britannique, sans qu’aucun acteur asiatique ne soit impliqué dans le tournage. Enfin en 1974, le réalisateur Jérémy Paul Kagan a mis en scène un téléfilm, Judge Dee And The Monastery Murders, avec des figures connues comme Mako ou James Hong, et le métisse Kigh Diegh dans le rôle titre.

Contrairement aux œuvres précédentes, le côté classique des enquêtes du juge Ti telles qu’on les connaît et la plongée dans l’administration judiciaire de la Chine des Tang ne sont pas les centres d’intérêt du réalisateur, qui va se débarrasser du contexte en l’espace de quelques secondes, grâce à des inscriptions accompagnant les premiers plans nous confrontant à un mélange de décors réels et d’effets spéciaux compensant un budget certainement insuffisant pour satisfaire l’ambition d’un metteur en scène comme Tsui Hark. Ce procédé n’est pas utilisé à outrance, et si le public n’est jamais dupe, le résultat est bien assez satisfaisant pour qu’on se laisse immerger dans cette époque lointaine à l’atmosphère de légende. Les décors réels sont très réussis et mis en valeur par des drapeaux aux couleurs chatoyantes. Les costumes sont d’une élégance et d’un raffinement qui contrastent avec l’esthétique criarde des wu xia pian de Zhang Yimou. Les différences de ton entre les travaux des deux réalisateurs vont d’ailleurs se faire de plus en plus évidentes au fur et à mesure du récit. Un constat important, tant Hero, House Of Flying Daggers et Curse Of The Golden Flower se sont imposés comme les modèles à imiter de la majorité des wu xia ayant inondé les écrans ces dernières années. Pourtant, on s’étonne dans un premier temps, de découvrir la caméra de Tsui Hark se permettre des mouvements amples et posés, lui qui nous avait habitués depuis Time And Tide en particulier, des montages frénétiques. Ici, il s’accorde une mise en image qui peut paraître plus classique, mais aussi et surtout, plus ample. Un parti-pris qui s’inscrit parfaitement dans l’ambiance plus traditionnelle du récit, et illustre le retour aux sources, tout en mettant en valeur le gigantisme de la cité et la grandeur de constructions dignes de la tour de Babel. L’ensemble devient vite vertigineux, et on comprend aisément pourquoi les distributeurs français, pour qui le nom de Tsui Hark reste vendeur, comme en témoigne la sortie de Seven Swords dans nos salles, ont fait le choix de diffuser ce Detective Dee And The Phantom Flame. Et pour s’assurer que tout le monde peut suivre son récit justement, le metteur en scène a la bonne idée d’introduire un général étranger, qui n’apparaîtra d’ailleurs plus jamais dans l’histoire, ce qui permet aux personnages chinois d’expliquer le contexte sans que cela ne semble gratuit. Devant une telle avalanche d’informations et de peintures mémorables, on a l’impression d’assister à un spectacle constant, et la sensation que Tsui Hark n’a que peu d’intérêt pour la réalité historique semble largement se confirmer. Pourtant, au détour de deux plans spectaculaires, on assiste tout de même à un passage à tabac qui illustre les méthodes brutales des représentants de l’ordre, rappelant la réalité violente des romans du Juge Ti. On constatera par la suite que cette scène est davantage un leurre qu’une description des mœurs de l’époque. C’est d’autant plus regrettable que les occasions de s’appesantir de façon ludique sur le système judiciaire de l’époque sont nombreuses durant cette première demi-heure qu’on ne voit pas passer. Et c’est bien là le talent du réalisateur : sans choisir la facilité d’enchaîner les scènes d’action spectaculaires, il parvient à nous immerger dans son récit au point que les minutes semblent des secondes.

A ce titre, l’ivresse du rythme rappelle largement les adaptations de Gu Long que Chu Yuan réalisait pour la Shaw Brothers dans les années 70. D’ailleurs, le traitement même du récit, qui mélange les inspirations surnaturelles et une vision plus classique de l’énigme policière, rappelle la collaboration des deux hommes. Certains décors, comme celui du bazar, s’inscrivent directement dans ce même héritage, le dit décor rappelant par exemple la fameuse ile de Legend Of The Bat, en moins psychédélique. Un constat qui n’a rien d’étonnant quand on sait que le metteur en scène rêve depuis des années de réaliser un remake de Death Duel. On imagine ainsi sans mal le Ti Lung de l’époque se glisser dans la peau d’un juge Ti aussi charismatique qu’arrogant. Andy Lau se révèle le successeur parfait de l’acteur, et irradie tout autant de charisme. Plus surprenant encore, il parvient à exprimer la sagesse et l’esprit brillant du juge, tout en y mêlant une désinvolture et une fougue tout à fait bienvenue. Les dialogues sont d’ailleurs très travaillées et permettent des échanges savoureux, notamment lorsque le héros débat avec la controversée impératrice Wu campée par une Carina Lau a la présence remarquable. Car comme évoqué en introduction, Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame est un film à noms. Outre les personnages historiques, le casting est constellé d’étoiles dont la réunion est des plus lumineuses sous la caméra d’un Tsui Hark qui de toute évidence prend autant de plaisir que nous a faire se rencontrer des stars indémodables comme Andy ou Carina, mais aussi de vieilles figures on ne peut plus sympathiques comme les inénarrables Richard Ng et Teddy Robin Kwan, aux côtés de jeunes acteurs énergiques loin des starlettes fades omniprésentes dans les films de Hong Kong. Si le ton est plutôt sérieux, et va même s’aggraver tout au long du récit, l’humour n’est pas absent. Un humour subtil et cynique, ponctué de scènes invraisemblables comme un combat/interrogatoire aussi bref que fulgurant entre le juge Ti et le ministre Pei. Cette folie communicative rappelle avec flamboyance l’esprit des wu xia pian des années 90, grâce à l’enthousiasme du réalisateur et au travail réjouissant de Sammo Hung. Ce dernier évite l’écart de la quasi-totalité des chorégraphes de wu xia pian actuels qui semblent calquer leur travail sur les combats réglés par Tony Ching Siu-Tung pour Zhang Yimou. Au lieu des ballets aussi esthétisants que mous, le duo nous offre donc des affrontements spectaculaires et virevoltants, nous épargnants les ralentis devenus indissociables du genre. Il ne faut bien sûr pas s’attendre à de longs affrontements très techniques où les figures traditionnelles de kung fu s’enchaînent dans des plans complexes. Les échanges sont généralement brefs, et l’utilisation des câbles est systématique. La variété est au rendez-vous, et le nombre important de scènes d’action donne beaucoup de souffle à un rythme maitrisé. Le final, très ambitieux, est d’une grande inventivité et tire parti de tous les moyens à la disposition de l’équipe pour offrir aux spectateurs un spectacle dense, complexe, mais toujours accessible. Les combats représentent d’ailleurs une bouffée d’air frais dans une production globalement aseptisée, et Tsui Hark fait régner un vent de folie qui nous rassure sur sa capacité à se révolter contre une industrie moribonde, au moins du point de vue artistique.

Paradoxalement, c’est ce côté délirant et réjouissant qui empêche Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame d’être autre chose qu’un très bon divertissement. Le traitement de l’intrigue n’est pas dénué d’intérêt. Hark parvient notamment à retranscrire de façon immersive le sentiment de danger permanent et l’atmosphère de paranoïa intense dans laquelle vivent les personnages. Le récit en lui-même se suit sans mal, et la narration est limpide. Mais on peine trop à retrouver l’essence du Juge Ti. Si dans la première partie son assurance donne constamment l’impression qu’il connaît plus d’éléments que les autres personnages, il ne démontre finalement que trop rarement ses qualités d’enquêteur, s’illustrant bien plus dans les scènes d’action. Ses premières déductions sont d’ailleurs tellement simplistes qu’on appréhende la résolution de l’intrigue. Par la suite, il se montrera plus fin, mais la deuxième partie du film constitue davantage une grande course poursuite ponctuée de coups de théâtre et de trahisons qu’un véritable travail d’investigation. Et quand enfin Ti nous rappelle son titre, c’est pour dévoiler les tiroirs d’une conspiration amusante, mais qui fait davantage penser au plan d’un criminel échappée de la série TV Monk avec Tony Shaloub, que d’un vaste complot politique. Cette déception est malgré tout plus ou moins compensée par le traitement nuancé des personnages. Tsui Hark évite ainsi de se montrer trop manichéen et nous présente des protagonistes très humains, dont l’évolution tout au long de l’histoire est aussi manifeste que crédible, en particulier dans le cas du juge Ti. Et même si son destin est plus fantaisiste que la réalité historique, on prend beaucoup de plaisir à s’immerger dans un pan de l’histoire de la Chine, même si on en apprendra finalement peu sur le sujet.

En inscrivant son récit dans une atmosphère de légende, Tsui Hark signe un divertissement aussi léger que réjouissant, à la réalisation maîtrisé, et au rendu visuel magnifique. Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame ne semble pas aussi inoubliable que d’autres œuvres de l’artiste, mais il reste un témoignage très réussi de sa créativité, dont la réussite est le résultat du travail d’une équipe investie !
Léonard Aigoin 3/8/2011 - haut

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 3/8/2011 Léonard Aig...

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