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Critiques Express

Les Nuits rouges du bourreau de jade    (2010)
Le cinéma de Hong Kong a connu plusieurs vagues de succès en France, grâce à des acteurs à la renommée internationale comme Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li. Mais si les productions de l’ex-colonie ont eu droit à une publicité plus importante selon les années, ce n’est pas uniquement grâce à ces stars, c’est aussi grâce au travail de journalistes passionnés, de cinéphiles qui ont cherché à communiquer leur passion au plus grand nombre. Julien Carbon et Laurent Courtiaud ont fait partie de ce petit groupe qui a fait confiance au potentiel d’attraction de ce cinéma à part. Journalistes de formation, ils ont longtemps œuvré à la diffusion de cette production, via leur propre fanzine, puis en participant à l’aventure du magazine« HK », aux côtés d’un autre réalisateur cinéphile, Christophe Gans, qui a largement eu l’occasion de prouver son amour du genre dans Crying Freeman et Le Pacte Des Loups.

Notre duo d’amis va quant-à lui s’illustrer avec le scénario du surprenant Running Out Of Time de Johnnie To. Installés à Hong Kong, les deux hommes vont non seulement continuer de prêter leur plume à certains réalisateurs, dont Tsui Hark, mais aussi assister aux tournages et apprendre de grands noms comme Wong Kar-Wai. Ce n’était donc qu’une question de temps avant qu’ils ne se décident à passer eux-mêmes à la mise en scène, et c’est la création de leur propre société de production aux côtés de la réalisatrice Kit Wong qui va leur permettre de franchir cette étape avec Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade.

On dit souvent que ce qui caractérise le cinéma de Hong Kong c’est son mélange de genres, et la folie de son spectacle. La première réalisation du duo fait penser, dans un premier temps, à un mélange de leurs différentes passions, sensation qu’on retrouve dans beaucoup de films mis en scène par des réalisateurs qui sont passés de cinéphiles à artistes. Le défi lorsqu’on vit une telle évolution de carrière est donc de réussir à conserver une identité personnelle. Cette ambition semble encore plus complexe dans le cadre d’une co-production, puisqu’on peut imaginer que les contraintes sont parfois importantes. C’est évident à la vue des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade, quand les différents acteurs s’expriment tous dans une langue différente. Les dialogues s’échangent donc en français, en cantonais, et même en taiwanais. Plus surprenant, les personnages se comprennent sans que cela ne choque réellement. Ce parti-pris, justifié par la co-production française qui impose que la moitié des dialogues soient en français, s’inscrit en effet bien dans le récit.

Le casting est très éclectique, et pas seulement parce que des acteurs français se sont glissés au milieu des interprètes asiatiques. Ainsi, les jeunes Maria Chan et Stephen Wong viennent donner la réplique à des vétérans. Mais ils restent finalement plutôt en retrait, comme si leur véritable rôle n’était autre que de donner plus de relief à la véritable attraction, l’habituée des catégories trois Carrie Ng. Il serait bien sûr réducteur de résumer sa carrière à ce genre à part qui a connu ses heures de gloire dans les années 90. Actrice versatile, elle s’illustre notamment par quelques prestations dramatiques mémorables qui lui permettent de ne pas s’enfermer totalement dans un registre. Néanmoins, il est évident que sa présence dans des œuvres comme Naked Killer lui confère une image forte qui n’est pas étrangère au choix des réalisateurs.

Présentée dès les premières scènes comme une dominatrice, elle écrase l’ensemble du casting par une prestation aussi terrifiante qu’envoûtante. Une dualité à l’image du film, qui s’appuie sur un fétichisme violent tout en évitant la complaisance malsaine. La première scène de torture peut paraître un peu gratuite avec sa couche de latex rappelant la prison de carbone de Han Solo dans L’Empire Contre-Attaque, mais elle est très représentative de l’ambiguïté de ce personnage. Entre séduction, domination et violence, on s’étonne également de sa relation avec son amant, dont les fondements sont pour le moins mystérieux. Carrie Ng entoure son personnage d’une aura forte grâce à un jeu bien plus subtil que ce qu’on pourrait croire, ce qui contribue à la rendre plus mémorable.

On a donc la sensation que la direction d’acteurs est plutôt rigoureuse. Outre le jeu restreint de Carrie Ng, qu’on a vue plus expansive dans certaines catégories trois, on peut constater que Frédérique Bel s’inscrit dans l’héritage très français du film noir, arborant un trench coat qui n’est pas sans rappeler celui d’Alain Delon dans Le Samouraï, tout en adoptant une attitude de femme forte à contre-emploi. On s’attend bien sûr à une véritable dualité entre l’actrice française et l’icône hongkongaise. Mais contre toute attente, le personnage de Catherine n’a rien d’une héroïne à laquelle on va s’attacher. Le duo de réalisateurs a en effet fait le choix de dépeindre une galerie de protagonistes aux actes plutôt répréhensibles. Dans ce monde presque surréaliste, personne n’est innocent. Ce parti-pris est intéressant mais aussi déstabilisant. On en vient parfois à se demander si Courtiaud et Carbon ne prennent pas plaisir à faire souffrir leur actrice.

Et il faut bien avouer qu’on attend plus d’assister à sa prochaine souffrance qu’à une éventuelle victoire. Il faut dire que le duo privilégie le personnage de Carrie Ng à celui de Frédérique Bel. Ce choix est intéressant, mais on aurait souhaité qu’il soit davantage revendiqué. En effet, la dualité dont il était question plus tôt, et qui semble lier les deux principaux protagonistes n’existe finalement pas vraiment, ce qui donne l’impression de ne pas assister au spectacle prévu. Certaines scènes, entièrement bâties sur cette supposée opposition sont pourtant mémorables, et laissaient augurer un affrontement passionnant. On pense notamment à un jeu de piste de chaussures en pleine rue qui devient un duel digne des meilleurs westerns grâce à une montée en tension prenante et un montage très efficace. Ce jeu du chat et de la souris donne également lieu à une scène de sniper intéressante. Mais l’héroïne française n’est jamais à la hauteur de son adversaire chinoise. Elle subit les événements sans jamais représenter une menace d’envergure, et ne parvient pas à s’imposer comme un double convaincant. La dernière partie du film met la difficulté de ce parti-pris en exergue, rappelant le final du Heroic Ones de Chang Cheh. On comprend que les contraintes de la co-production n’ont pas permis de faire de Carrie Ng le véritable rôle principal, mais on le regrette également en songeant au potentiel plus important encore de ce personnage.

Néanmoins, à l’image des fameuses scènes de torture, dont le rythme est très travaillé, on peut estimer que même si le rôle de l’arnaqueuse française aurait aisément pu être réduit, il permet de savourer davantage encore les apparitions de la dominatrice chinoise. Comme si Carbon et Courtiaud avaient décidé de faire souffrir le spectateur en même temps qu’ils lui procurent du plaisir. La mise en abîme est de toutes manières un élément primordial de leur cinéma, comme le montrent les scènes d’opéra. Ces passages, réglés par l’acteur et maître d’opéra Law Kar-Ying, sont en phase avec le récit, et confirment que son centre d’intérêt est bien le personnage de Carrie Ng. Mais outre leur intérêt narratif, on peut apprécier leur puissance émotionnelle, à l’image de la dernière représentation, très forte, dont l’impact rappelle autant le Vengeance ! de Chang Cheh que le Mulholland Drive de David Lynch. Une référence pas si innocente qu’on pourrait le croire, tant le récit baigne dans une aura mystérieuse, presque à la limite du surnaturelle. En faisant le choix de ne pas surcharger l’intrigue d’explications, et en exploitant l’image forte de l’opéra, les réalisateurs donnent un aspect de légende à une histoire dont certains éléments sont pourtant très ancrés dans une certaine réalité. La bande originale, comme la plupart des éléments du film, est complexe, mélangeant les sonorités, mais toujours avec beaucoup de succès. On s’étonnera d’entendre quelques mélodies électroniques rappelant la partition de Vangelis pour Blade Runner, lors d’une scène s’appuyant sur l’image, l’apparence et l’identité, donnant beaucoup de pertinence à ce qui peut faire penser à un hommage musical.

Mais plus que l’histoire, plus que la musique, ou même que l’ambiance, c’est vraiment le travail visuel qui fait des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade une œuvre personnelle, qui dépasse le simple mélange d’influences ou de citations. Dès le premier plan, on constate que le travail sur la photographie est d’une minutie incroyable, transcendant un budget qu’on devine modeste, pour présenter des images très belles. L’utilisation du rouge paraît être en phase avec les thèmes du film et sa violence, et rappelle l’une des meilleures répliques de C’est Arrivé Près De Chez Vous, à savoir l’inoubliable tirade de Benoît Poelvoorde sur la couleur rouge et ce qu’elle représente. Mais surtout, chaque cadrage est étudié comme une véritable peinture, dans laquelle la place de chaque objet, chaque personne a un sens, doit avoir un attrait visuel. De ce point de vue, on retrouve un sens de l’esthétique très proche du cinéma japonais et même du manga. On a ainsi parfois l’impression de reconnaître certaines influences ou inspirations, mais Carbon et Courtiaud parviennent à créer leur propre univers, comme en témoigne leur façon de filmer Hong Kong.

Là encore, le risque de céder à la citation était facile, en particulier en réutilisant certains décors ayant servi à des réalisateurs de l’ex-colonie (on pense notamment au restaurant de PTU). Mais là où Johnnie To, les frères Mak, ou plus récemment Edmond Pang peignent une ville aux ruelles exiguës, surpeuplée et à la vie presque étouffante, le duo français donne beaucoup de densité à ses paysages. Les prises de vue sont très différentes de ce qu’on a l’habitude de voir, et sans donner l’impression d’être une visite touristique, leur plongée dans Hong Kong donne vie à l’amour qu’un expatrié peut ressentir pour sa terre d’adoption.

Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade n’est pas un film de Hong Kong. c’est un film sur Hong Kong, sur son cinéma, sur ses acteurs, et sur ce qui fait que la ville nous passionne. Elle devient un moteur narratif autant qu’un véritable personnage, et permet aux réalisateurs de développer un univers personnel au fil d’un récit dont les enjeux sont un peu biaisés par certains contraintes de production, mais qui témoignent d’un potentiel qui donne envie de suivre leurs prochains projets. La violence, esthétique mais brutale, ne sera pas du goût de tout le monde, mais ne verse pas dans la complaisance malsaine. Un premier film prometteur.
Léonard Aigoin 4/22/2011 - haut

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 4/22/2011 Léonard Ai...

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