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Critiques Express

Kung Fu Master    (2009)
Un produit Jackie Chan
Ce n’est pas un hasard s’il a fallu attendre Snake In The Eagle’s Shadow pour que Jackie Chan devienne une star. D’abord imposé comme simple clone de Bruce Lee, il revendique lui-même avoir eu besoin de s’éloigner de ce modèle pour exister. L’acteur va même jusqu’à déclarer qu’il s’est créer une identité d’anti Bruce Lee construisant son personnage comme l’opposé du petit dragon. La Kung Fu Comedy était donc le genre idéal pour se différencier de celui qui s’est imposé dans des films sérieux et souvent brutaux. Dans les années 80, quand les spectateurs se sont lassés du kung fu, Chan a adapté son genre au contexte plus moderne des polars urbains, comme l’illustre de façon spectaculaire l’une de ses plus grandes réussites, Police Story. Tout en mélangeant les styles, il s’est imposé comme une star plutôt qu’un interprète. En effet d’un film à l’autre, il a construit son personnage de Jackie Chan.

D’abord connu comme une sorte de clown casse-cou, il n’a eu de cesse de devenir une sorte de modèle, et surtout d’élaborer une personne d’image abordable et naturelle, qu’on pourrait presque considérer comme un membre de la famille. A ce titre, Gorgeous est un festival de séquences destinées à montrer à quel point Jackie Chan est un être sain qui boit du jus d’orange parce que c’est bon pour la santé et qui travaille dans le recyclage parce qu’il est soucieux de l’avenir de la planète. Outre ces messages simplistes, on pourra regretter que cette peinture idyllique paraisse tellement fausse. Et les nombreuses dérives publiques de Chan confirment que même lui ne se sent plus à l’aise face à cette image. Il a d’ailleurs cherché à s’en écarter à de multiples reprises, en particulier ces dernières années.

Mais la plupart des essais pour s’échapper de son rôle témoignent d’envies opposées. Myth reste l’exemple le plus flagrant, plus que l’acteur y interprète deux rôles, l’un comique, et l’autre sérieux. Ce grand écart ambitieux ne se révèle pas tout à fait convaincant, et il est intéressant de noter que c’est finalement le Jackie comique qui l’emporte alors que la version sérieuse finit par n’être qu’une illusion. Comme si, sans se l’avouer, la star était lucide sur le fait qu’elle s’est elle-même emprisonnée à jamais dans cette image de gentil garçon. Pourtant, ses efforts répétés pour casser cette réputation continuent encore et toujours. Mais au-delà des défauts d’un film comme Shinjuku Incident qui ne permettent pas de prendre ces efforts au sérieux, on constate que Chan continue d’entretenir cette image qu’il cherche pourtant à casser.

Comme s’il avait peur de perdre son public. Comme s’il ne savait pas comment vivre en dehors de son personnage (alors que ses frasques privées ne laissent aucun doute sur la superficialité de ce rôle). Looking For Jackie (retitré Kung Fu Master en France) s’inscrit totalement dans cette logique. Il s’agit d’une petite production qui fait suite à The Disciple, émission de télé-réalité dont le but était de trouver un successeur à la star. L’heureux élu devait être capable de prouesses physiques mais aussi faire preuve de charisme et de talents dramatiques. Ce film est donc l’occasion de mettre en valeur les capacités du jeune Zhang Yishan.

Directement pour la télévision
L’élément frappant dès les premières images est le manque de moyens alloués au projet. Comme si Chan n’y croyait pas vraiment. On l’a en effet vu plus généreux sur d’autres productions de débutants, comme lorsque Stephen Fung Tak Lun passa à la réalisation pour Enter The Phoenix. Ici, pas de beaux travellings ni de photographie travaillée. Juste une petite caméra DV portée à l’épaule, et surtout maniée avec autant de dextérité que pour un épisode d’une série télévisée. Et encore, certaines Séries, comme Wing Chun, bénéficient de budgets bien plus conséquents et d’une équipe artistique bien plus compétente. Car dans cette scène introductive, tout témoigne d’un amateurisme peu encourageant. La chorégraphie est molle et répétitive, le montage approximatif multiplie les gros plans et les faux raccords, et les interprètes bougent sans aucune conviction. On pourrait presque croire que l’équipe tente de parodier les films de kung fu des années 70, notamment par l’utilisation de plans inversés, mais les autres affrontements seront chorégraphiés et filmés avec le même manque de rigueur. Jackie Chan lui-même semble ne pas avoir envie de se prêter au jeu tant ses mouvements sont factices. Et dès que l’action se complique un peu, c’est une doublure qui prend le relais.

La défense des valeurs morales
Il est intéressant de noter que Kung Fu Master a été annoncé comme étant destiné à un public jeune afin de défendre certaines valeurs morales. Le travail (pour le parti), l’obéissance (envers la famille qui est elle-même obéissante envers le parti) et l’honnêteté (le parti doit tout savoir sur votre vie). Le paradoxe d’une telle ambition est de voir que la star, âgée de près de soixante ans, continue de véhiculer le mensonge selon lequel elle n’utilise jamais de doublure. Chan a longtemps construit sa réputation autour de l’idée selon laquelle non seulement il n’était jamais doublé, tout en ajoutant qu’il était le seul à tout faire lui-même, comme on peut l’entendre l’affirmer dans le documentaire Jackie Chan : My Story. Or, dès le début des années quatre vingt, il lui arrivait régulièrement d’utiliser des doublures, phénomène qui s’est bien sûr amplifié avec le poids des ans. Ces dernières années, il avait cessé de prétendre qu’il était un surhomme effectuant toutes ses cascades lui-même.

Dans Kung Fu Master, ce n’est pas lui qui aborde le sujet, mais le jeune héros. Cette déclaration aurait été l’occasion pour la star de s’amender en rétablissant la vérité et en expliquant que tout être humain peut se blesser, ressentir de la fatigue ou même de la peur. Au lieu de ça, tout en étant doublé, Chan, qui en tant que producteur connaît le propos du film, se moque d’un public auquel il prétend inculquer des valeurs. Mais, comme l’illustre la boutade sur les relations très étroites qu’entretient la star avec le gouvernement chinois (comment oublier ses interventions politiques des plus maladroites), on a réellement l’impression que Kung Fu Master est un film de propagande destiné à montrer à la jeunesse chinoise que les anciens ont toujours raison et qu’il ne faut jamais sortir du droit chemin.

Une écriture désolante

Néanmoins, les moyens employés pour faire évoluer le protagoniste sont des plus simplistes. Même en sachant que l’ensemble est destiné aux enfants, l’histoire est d’une incohérence incroyable. Le personnage de la jeune femme travaillant dans la police ne peut provoquer que le rire. Qu’il s’agisse de cette scène où elle invite un adolescent en fugue à dormir chez elle plutôt que de le raccompagner dans sa famille, ou bien de ses nombreuses interventions en civil pour arrêter un gang de kidnappeurs SEULE, il est impossible de prendre ce personnage au sérieux. Bien sûr, elle représente l’idéal policier tel que Chan le défend tant dans ses films qu’en tant que personnage public.

Elle est courageuse, intrépide, travailleuse et sportive. Mais elle n’a rien d’humain et ne bénéficie d’aucun travail d’écriture. Difficile dans ces conditions de se sentir investi. Le montage nous assène en effet des gros plans au ralenti sur les visages en pleurs accompagnés d’une musique grandiloquente pour nous faire comprendre le drame humain auquel nous sommes en train d’assister. Pourtant, sans une écriture rigoureuse, à défaut d’être exceptionnelle, le spectateur ne peut pas se laisser convaincre par de tels effets. Et ce n’est pas la voix off qui nous explique régulièrement les événements auxquels ont vient d’assister qui va remporter davantage l’adhésion.

Une drôle de promotion
Ces éléments obligent à s’interroger sur le sens du film du début à la fin. Difficile en effet de constater les qualités de Zhang Yishan quand la réalisation est bâclée et que le scénario est aussi mauvais. Le futur successeur est censé être aussi bon comédien que combattant. Finalement, ce sont davantage ses talents dramatiques qui sont mis en valeur puisque l’action n’est disséminée qu’avec parcimonie. Et de ce point de vue, on a bien du mal à comprendre ce qui a permis au jeune homme de s’illustrer davantage que ses concurrents. Ne manifestant pas le moindre charisme, il est plutôt inexpressif et s’exprime avec une voix monocorde. Il n’attire pas non plus particulièrement la sympathie.

Il ne parvient à être touchant que dans une scène, celle où il rencontre son idole. Malheureusement, l’intensité de ce passage est amoindrie par la mauvaise foi du discours moralisateur. Sur le plan athlétique, le jeune homme effectue quelques acrobaties sympathiques. Malheureusement, la mise en scène est particulièrement peu inspirée et ne permet pas de profiter pleinement de ces mouvements. Les combats en eux-mêmes ne présentent pas trop d’intérêt. Les figures martiales sont approximatives et s’enchaînent sans fluidité, et les mouvements sont mous et peu convaincants. Bien sûr, Kung Fu Master est plus une comédie d’aventures qu’un film d’action, mais quelque soit le genre, il est difficile d’adhérer à un produit bâclé et malhonnête.

Même en essayant d’être indulgent et de trouver des qualités, Kung Fu Master est un mauvais film, mal écrit, mal réalisé et mal monté. Pour un produit qui prétend inculquer des valeurs morales, il se construit sur plusieurs mensonges, paradoxe difficilement acceptable. Car Chan ne se contente pas de mentir sur son utilisation de doublures. En effet, même si on se doute qu’il ne sera pas présent pendant tout le film, le fait qu’il n’apparaisse pas plus de cinq minutes a de quoi déstabiliser et même décevoir les fans qui auront dépensé de l’argent pour assister à ses prouesses. A ne conseiller donc qu’à ceux qui veulent la collection complète des contributions cinématographiques de leur idole, en sachant que même eux risquent d’avoir du mal à trouver des éléments positifs.

Léonard Aigoin 7/21/2011 - haut

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